Hist. litt. de la Fr., t. XXI, p
3. Le chroniqueur chrétien , continuateur de Guillaume de Tyr, ne cache pas sa prédilection pour Saladin , et lui donne raison en toute circonstance.
de jouer avec les dogmes les plus redoutables ? L'orthodoxie elle-même prenait les nuances incertaines des époques travaillées par le doute. Guillaume de Champeaux , Gilbert de La Porrée, Pierre Lombard sont des auxiliaires suspects, qu'on n'accepte qu'après les avoir préalablement condamnés. Mais rien de tout cela ne pouvait s'appeler incrédulité. Ce sont des disputes de théologiens, de purs exercices de logique, très-dangereux assurément , car on n'irrite pas impunément cette fibre délicate de la croyance, et il est difficile de prendre ensuite au sérieux le dogme qu'on a ainsi manié, tourmenté.
C'est donc le siècle de saint Louis , ce siècle qu'on voudrait nous représenter comme l'idéal de la civilisation chrétienne, qui signale au moyen âge le réveil de lincrédulité. Des ouvrages qui, de nos jours , reproduiraient la licence et le mépris des choses saintes qu'affectent Rutebeuf , les romans de la Rose et du Renard , seraient à peine tolérés. Est-ce bien un poëte du xine siècle que l'on croit entendre dans ces vers :
Non dubito superos falsos adducere testes , Nil audet magnum qui putat esse Deos * ?
Quel est le docteur qui oserait aujourd'hui, enSorbonne, agiter les Impossibilia de Siger2? et que penser d'un biccle où l'on voit une bonne et franche nature , comme celle de Joinville , venir presque nous faire la confidence de ses tentations d'incrédulité3?
1 . Gela de Vital de Blois [Bibl. de l'École des chartes , IIe série, t. IV, p. uOO). Ce distique manque dans l'édition du cardinal Mai ( Classici aitctores, t. V.) Dans une pièce des Carmina Burana , du xme siècle, je lis de même : A'on semper utile est Diis credere. {Bibl. des liter. 7'ereins, Suiltgard, 1847, p. 58.)