‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 159 sur 235 · Cesare Balbo, Vita di Dante (Torino, 1839), p · texte numérisé non relu

Cesare Balbo, Vita di Dante (Torino, 1839), p

2. Voir à ce sujet une belle page de M. Villemain , Tableau de la littérature au moyen âge, Xe leçon.

avait séduit le moyen âge, la réhabilitation , en un mot, de tout ce que le christianisme avait trop absolument flétri du nom de monde et de vanités mondaines. Supérieur à Charlemagne lui-même par l'élévation avec laquelle il avait compris cet idéal , il vint se briser contre un obstacle invincible, les institutions religieuses de son siècle. On ne comprendra jamais tout ce qu'il y eut de colère dans le cœur de cet homme, quand de son palais de Capoue , entouré des merveilles qu'il avait créées, il voyait son œuvre arrêtée à quelques lieues de là par un évêque et des moines mendiants. Or, les Arabes, que Frédéric comptait en grand nombre parmi ses sujets des Deux-Siciles, répondaient bien mieux à ses vues. Il pouvait dire comme Philippe Auguste : « Heureux Saladin, qui n'avait point de pape! » Son insatiable curiosité, son esprit analytique , ses connaissances vraiment surprenantes devaient le rapprocher de cette race ingénieuse , qui représentait à ses yeux la liberté de penser, la science rationnelle. Il aimait les villes arabes de Lucera, de Foggia, avec leurs mosquées, leurs écoles, leurs bazars , et jusqu'à leurs sérails. Ce fut assurément un étrange spectacle que celui de cette croisade , où l'on vit l'union la plus cordiale régner entre l'empereur et le chef des infidèles, au grand dépit de leurs armées fanatiques * Le scandale fut au comble lors de la visite de Frédéric à Jérusalem. Il ne parut dans ce lieu , le plus saint de la chrétienté, que pour se moquer ouvertement du christianisme; le desservant de la mosquée d'Omar qui l'accompagnait raconte les plaisanteries par lesquelles cet étrange pèlerin marqua sa visite aux saints lieux. Il passait son temps à deviser de mathématiques et de philosophie avec les savants musulmans , et adressa au sultan des problèmes fort difficiles sur ces différentes

sciences : le sultan , de son coté , envoya en présent à l'empereur une sphère artificielle qui représentait les mouvements des cieux et des planètes *. Voilà ce qui se passait en Egypte , vingt ans avant que Louis IX rêvât une croisade dans un siècle déjà gagné par l'incrédulité. La cour de Frédéric , et plus tard celle de Manfred , devinrent ainsi un centre actif d'arabisme et d'indifférence religieuse. Le cardinal Ubaldini , ami de Frédéric, professait ouvertement le matérialisme 2. L'orthodoxie de Michel Scot et de Pierre des Vignes était fort soupçonnée. Les gens de mauvais aloi affluaient à cette cour. On y voyait des eunuques , un harem , des astrologues de Bagdad avec de longues robes et de grandes barbes3 , et des juifs richement pensionnés par l'empereur pour traduire les ouvrages de science arabe *. Tout cela se transformait dans la croyance populaire en relations coupables avec Astaroth et Belzébub :

Amisit astrologos et magos et vates , Beelzebub et Astharoth, proprios pénates f Tenebrarum consulens per quos potestates , Spreverat Ecclesiam et mundi magnâtes ;

dit le poëte guelfe qui célèbre la victoire de Parme en 12488.

Telle est sans doute l'origine de la tradition qui fait vivre les fils d'Averroès à la cour de Frédéric , tradition

1. Bibl. des Croisades, chroniques arabes par M. Reinaud, p. -426, 431 et suiv. — De Raumer, Geschichte der Hohenstaufen , t. III, 7eS Buch, S" und 6eS Haupstuck.

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