Anton. Sirmundus, De Immortalitatc animœ, p
écrivit le livre des Trois Imposteurs, Chacun faisait Averroès interprète de son doute et de son incrédulité. Il ne croyait pas à l'Eucharistie, disaient les uns ; il ne croyait pas au diable, disait un autre *; il ne croyait pas à l'enfer, soutenait un troisième. Averroès devint ainsi le bouc émissaire sur lequel chacun déchargea sa pensée incrédule , le chien enragé qui , poussé par une fureur exécrable, ne cessait d aboyer contre le Christ et contre la foi catholique 2.
A quelle époque rapporter la formation de cette singulière légende ? On n'en trouve aucune trace bien caractérisée ni dans Albert ni dans saint Thomas. Au contraire, Gilles de Rome, Raymond Lulle, Duns Scot, Nicolas Eymeric, les peintures d'Orcagna, de Traini, deGaddi, nous représentent déjà Averroès comme le maître de l'incrédulité. Duns Scot l'appelle sans cesse Me maieclictus Averroès* . L'épithète & impossible, qu' Averroès, selon la légende, appliquait au christianisme, se trouve déjà mentionnée dans Raymond Lulle comme un des blasphèmes des averroïstes \ Il est donc probable que la plupart de ces récits prirent naissance vers l'an 1300. Pétrarque avait certainement en vue les apophthegmes impies qu'on attribuait au philosophe arabe , quand il parle de l'intention qu'il avait eue de le réfuter, en rassemblant de tous côtés ses blasphèmes*. Gerson ne le désigne que par ces mots : le maudit, Xaboyeur enragé,