Jeta SS. Junii, t. V, p
roès qui a fait le Grand Commentaire, l'interprète par excellence du philosophe, respecté même de ceux qui le combattent; de l'autre, c'est l'Averroès du Campo Santo, le blasphémateur des religions, le père des incrédules. Il peut d'abord sembler étrange qu'à une époque de foi absolue, ces deux rôles ne se soient pas exclus l'un l'autre, et qu'un même homme ait pu être à la fois le maître classique des écoles catholiques et le précurseur de l'Antéchrist. Mais en général le moyen âge ne se faisait aucun scrupule de demander des leçons de philosophie à ceux que sa foi l'obligeait de damner. La profonde séparation que Ton établissait entre la philosophie et la révélation, laissait croire que des païens avaient pu surpasser les chrétiens en lumières naturelles. L'historien ne doit pas être plus surpris de voir des évêques, peutêtre même un pape, sortir de l'école de Tolède, que l'archéologue ne l'est , quand il trouve dans les trésors du moyen âge des ornements ecclésiastiques faits d'étoffes arabes et couverts de sentences du Coran.
C'est surtout au xive siècle que l'autorité du Commentaire devint absolue et incontestée. Au xuie siècle, Averroès reste encore dans l'opinion au-dessous d'Avicenne. Humbert de Prulli, en 4 291, énumérant les commentateurs qu'il a mis à profit pour son exposition de la Métaphysique, ne le place qu'au quatrième rang *, Durant le xive et le xve siècle, au contraire, Averroès est le commentateur par excellence, le seul que l'on copie, le seul que l'on cite. Pétrarque le regarde comme le premier, le seul peut-être qui ait commenté les œuvres complètes d'un auteur ancien2. Patrizzi l'envisage comme