Senil., 1. V, ep. 4. (T. II, p. 796 sqq
4. Les traités de médecine au moyen âge ne se font pas scrupule de conseiller au médecin les moyens du plus impudent charlatanisme, pour se faire valoir. Cf. A. W. E. Th. Henschel, Janus, t. Ier, p. 307 sqq. — Daremberg, Voyage médico-litt. en Anglet.,^. 14.
5. Senil., 1. XIII , ep. 8. — Cf. Ibid., 1. XIV, ep. 16. — L. XII, ep. 1 et 2. — L. III, ep. 4.
charlatanisme lui fit méconnaître quel service l'école médicale, malgré ses ridicules, rendait à l'esprit humain, en fondant la science laïque et rationnelle. Toutes les fois que l'Italie a voulu réagir contre la superstition populaire, elle est tombée dans une sorte de matérialisme âpre, roide, exclusif. Averroès et les Arabes n'étaient à cette époque pour les libres penseurs du nord de l'Italie qu'un mot de passe. On ne pouvait aspirer au titre de philosophe ingénieux à moins de jurer par Averroès. Pétrarque lui-même nous raconte à ce sujet de curieuses anecdotes1. Il reçut un jour dans sa bibliothèque à Venise la visite d'un de ces averroïstes, qui, selon la coutume des modernes philosophes , pensent n'avoir rien fait, s'ils n'aboient contre le Christ et sa doctrine surnaturelle. Pétrarque ayant osé dans la conversation citer quelque parole de saint Paul, cet homme fronça le sourcil avec dédain2. « Garde pour toi, lui dit-il, des. docteurs de cette espèce. Pour moi, f ai mon maître, et je sais à qui je crois 3. » Pétrarque essaya de défendre l'apôtre. L'averroïste se prit à rire : u Allons, dit-il ? reste bon chrétien ; pour moi je ne crois pas un mot de toutes ces fables. Ton Paul, ton Augustin, et tous ces gens dont tu fais tant de cas n'étaient que des bavards. Ah! si tu étais capable de lire Averroès!... Tu verrais combien il est supérieur à tous ces drôles4! »
1. Seuil., 1. V, ep. 3 (t. II, p. 796). — Cf. Tiraboschi, t. V, p. 190 etsuiv. (Éclit. Modène.)
2. Ule spumans rabie, et contemptus supercilio frontem turpans : Tuos (inquit) et Ecclesiœ doctorculos tibi babe....
3. Ces mots, cités par dérision de la IIe épître à Timotbée (I, 12), s'appliquaient à Averroès.
A. Ad hœc ille nauseabundus risit : « Et tu (inquit) esto Cbristianus bonus; ego horum omnium nihil credo. Et Paulus et Augustinus tuus, hique omnes alii quos prœdicas, loquacissimi homines fuere. Utinam tu
Pétrarque eut peine à retenir sa colère ; il prit l'averroïste par le manteau, en le priant de ne plus revenir. Une autre fois, Pétrarque s'étant permis de citer saint Augustin à un de ces esprits forts : « Quel dommage, reprit celui-ci , qu'un si grand génie se soit laissé prendre à des fables aussi puériles \ Mais j'ai de toi meilleure espérance, et un jour sans doute tu seras des nôtres. »
Il paraît en effet que pendant quelque temps Pétrarque fut en butte aux obsessions des averroïstes2. Son traité De sui ipsius et multorum ignorantia3, n'est que le récit des conversations qu'il eut à Venise avec quatre averroïstes de ses amis, qui mirent tout en œuvre pour l'attirer à leur parti. Pétrarque raconte d'abord les efforts qu'ils tentaient auprès de lui , soit individuellement , soit réunis , et le dépit qu'ils éprouvaient en le voyant prendre au sérieux sa religion et citer Moïse et saint Paul comme des autorités. Finalement, ils tinrent conseil pour savoir si ce n'était pas perdre sa peine que de chercher à le convertir, et se résumèrent en l'appelant un bon homme sans littérature : Brevem diffinitivam hanc tulere sententiam, scilicet me sine litteris virum bonum. Un manuscrit de la bibliothèque de SS. Jean et Paul a fourni les noms de ces quatre averroïstes; c'étaient, dit-on, Léonard Dandolo, Thomas Talento, Zacharie Contarini , tous trois de Venise, et maître Guido da Bagnolo , de
Averroim pati posses, ut videres quanto ille tuis his nugatoribus major sit. » Exarsi fateor, et vix manum ab illo impuro et blasphemo ore con-
tinui