Jeta SS. Junii, t. V, p
égalé à Ferdinand le Catholique pour son zèle contre l'hérésie :
Ule reos fidei flammis ultricibus arcet,
Tuque peregrinum dogma vagumque premis.
Vos duo sufficitis gestis et voce Leones, Omnia sub Cliristi mittere régna jugo.
Cet excellent pape ne méritait certainement pas un tel éloge. Il prenait trop d'intérêt au débat pour songer à brûler les combattants, et ce fut bien moins pour le clore que pour le plaisir de le voir durer qu'il commanda une réfutation de Pomponat à son théologien de confiance, Augustin Niphus.
S vin.
Niphus avait commencé par être averroïste déterminé1. Au sortir de Fécole de Vernias , il écrivit son traité De Inteltectu et dsemonibus , qui fit scandale à Padoue. Il y soutenait l'opinion de son maître sur l'unité de l'intellect, et s'efforçait de prouver qu'il n'y a d'autres intelligences séparées que celles qui président aux mouvements des corps célestes. Les arguments de saint Thomas et d'Albert contre Averroès y étaient traités avec si peu de respect, qu'il fallut la protection du pieux et tolérant Barozzi, évoque de Padoue, pour arracher l'auteur a la fureur des thomistes. Barozzi l'engagea, pour apaiser l'émeute, à supprimer quelques pas*
1. Tous ceux qui ont parlé de Niphus, Nicéron, Bayle, Bruclter, Tiraboschi, etc., n'ont guère fait que reproduire la notice que Naudé a mise en tète de son édition des Opuscula moralia et politica de Niphus (Paris, 1614). La date de la mort de Niphus est fort incertaine. Naudé fait observer qu'il vivait encore en 1545, puisqu'en cette année il dédie un ouvrage à Paul III. 11 aurait pu même dire en 1519, puisque dans le titre de l'édition de son commentaire sur la Physique, datée de celte année, on lit : .... Post multas editiones per ewudem auctorem in uhïrna cjus œtate sumvia d'digentia Vecognila alque empila! a.
sages de son livre , et ce fut avec ces corrections que l'ouvrage parut en I4921.. Cette mésaventure le rendit plus sage. Il se rallia à l'orthodoxie et devint zélé catholique. Padouè, Salernc? Rome, Naples, Pise le virent successivement sous les noms de Suessanus, Eutyehius, Phiîotheus, enseigner un averroïsme mitigé. Ses commentaires sur le De Substantia orbis, sur le De Animée beatitudine, et surtout sur la Destruction de la Destruction j prirent place dans toutes les éditions à côté des textes d'Averroès , sans parier d'une foule d'opuscules qu'il faisait succéder d'année en année. Lui-même se fit éditeur d'Averroès, et en 1495-1497, parut par ses soins une édition complète, depuis souvent reproduite. Dès cette époque les libraires aimaient à joindre aux ouvrages anciens quelque recommandation illustre parmi les contemporains. Le nom de Niphus devint ainsi inséparable de celui d'Averroès. Averroès seul a compris Aristote; Niphus seul a compris Averroès :
Solus Aristotelisnodosa volumina novit
Corduba, et obscuris exprimit illa nodis. Gloria Parthenopes, Niphus bene novit utrumque,
Et nitidu m média plus facit esse die2.
Niphus tenait beaucoup d'ailleurs à ne pas se brouiller avec les théologiens. Dans son commentaire sur la Destruction de la Destruction, il affecte de se servir sans cesse de ces expressions : At nos christicolœ..,. at nos
1 . Niphus pourtant assure, dans sa préface , n'avoir rien eu à effacer qui fût contraire à la foi catholique. « Satis mihi sit, ajoute-t-il, Petrum Barotium , episcopiun Patavinum , Christianoruni nostrse selatis deeus et splendorem, et cui non minus infîde quam in philosophia tribuo, ... defensorem habuisse. »
2. Vers mis par Jérôme Paterni en tête du commentaire de Niphus sur le XIIe livre de la Métaphysique. (Venise, 1518.)
catholici . . . . Ses notes marginales sont souvent de vives ironies : Non potest intelligere Averroes quod Deus sitin omnibus : o quam ruclis1 ! — Maie intelligis, bone vir, sententiam Chris tianorum- ! A Rome, il eut beaucoup de succès ; Léon X le créa comte palatin et lui permit de prendre les armes des Médicis. Son livre De Immortalitate animée , réfutation de celui de Pomponat, parut à Venise en 1518. Niphus paraît avoir été un de ces chevaliers d'industrie littéraires si communs en Italie au vie siècle. Il savait, comme l'Italien parasite, amuser ses maîtres par ses fanfaronnades de débauche, accepter le rôle ridicule et payer son écot en bons mots. Ses traités politiques et moraux avaient de la vogue. Charles-Quint lui accorda ses bonnes grâces, et il avait l'honneur de plaire aux princesses de son temps3.
Cette légèreté de caractère ne permet pas de prendre bien au sérieux la doctrine philosophique de Niphus. Sa psychologie est au fond la psychologie thomiste, qu'il avait d'abord combattue. L'intellect, forme du corps, est susceptible de pluralité numérique ; il est créé au moment ou il est uni au sperme, et survit au corps4. Ni Aristote , ni Averroes n'ont connu la création ; cependant il ne répugne pas aux principes du péripatétisme que Dieu produise quelque chose de nouveau, non par variation de lui-même, mais par variation de la cause objective. Ce qu' Aristote rejette absolument, c'est la création
l.F. 302 (edit. 1560).