‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 217 sur 235 · Brucker, t. IV, p · texte numérisé non relu

Brucker, t. IV, p

mara, et paraît s'être rapproché des averroïstes, auxquels le rattachaient d'ailleurs les formes scolastiques de son enseignement1.

Frédéric Pendasio de Mantoue , professeur très-renommé de son temps2, se rapproche beaucoup de la manière de Zabarella. La bibliothèque de l'université de Padoue3 possède le texte manuscrit de ses leçons, restées inédites, sur le traité de l'Ame. Peu de livres sont aussi propres à faire comprendre la méthode et les habitudes de l'enseignement de Padoue. Le texte d'Averroès y est discuté ligne par ligne, avec le soin le plus minutieux. Toutefois, en adoptant Averroès pour la base de ses leçons, Pendasio se rattache, sur la question de l'intellect, à la doctrine d'Alexandre. L'intellect se multiplie, selon le nombre des individus. Sans doute, les principes de la raison sont communs à plusieurs ; mais les images, qui sont nécessaires pour tout acte intellectuel, sont multiples et variées 4. La raison est unique et éternelle, envisagée dans l'espèce humaine qui y participe éternellement*, elle est passagère, envisagée dans tel ou tel individu3. Les averroïstes soutiennent que la pluralité

i. Brucker, t. IV, p. 208. — Tomasini, t. I«r, p. 208, sqq.

2. Naudœana, p. 105. — Bayle, art. Cremonin, note Y. • — Brucker, t. IV, p. 2il ; t. VI, p. 718. — Facciolati, pars III, p. 275, 280.

3. N° 126-4. — J'ai entre les mains la copie de deux des leçons les plus importantes, que je dois à l'obligeance du savant M. Samuel Luzzatto. — La bibliothèque communale de Ravenne possède aussi un manuscrit de ces leçons. (Se. 141, or. 5, X.)Voy. Appendice IV.

4. In seternitate in specie omnes conveniunt... Hinc fît ut cognitio quse est in hoc intellectu non sit una numéro, sed solum una specie, quia pendet a phantasmatibus quse sunt plura numéro. (Lect. 33.)

5. Sunt seterna, quia intellectus unicus est, in quo semper conservatur eadem cognitio : nam omnes homines conveniunt in cognidone primorum principiorum , omnes conveniunt ut homines sint seterni... Erit au-

numérique ne tient qu'à la matière, et que si l'intellect était multiple, il serait matériel. Nullement, répond Pendasio, l'intellect est fait pour s'unir au corps, mais il ne dépend pas du corps , « comme le soulier est fait pour s'adapter au pied, et pourtant ne dépend pas du pied1! »

Pendasio est donc un alexandriste prononcé. Cremonini, Louis Alberti2, ses disciples, comptèrent aussi parmi les défenseurs les plus décidés de l'alexandrisme. En général, tous les professeurs de Padoue du xvie siècle, dont le nom est resté dans l'histoire de la philosophie , appartiennent à cette nuance, et tout en faisant d'Averroès le texte de leurs leçons, condamnent sévèrement l'unité de l'intellect. Il serait difficile d'en nommer un seul qui , depuis le concile de Latran , ait franchement défendu sur ce point l'opinion du Commentateur. Toutefois, en voyant l'insistance que Pendasio met à réfuter à chaque page les averroïstês, on est forcé de supposer que cette opinion ralliait encore à Padoue un certain nombre de partisans.

L'extrême rareté des textes purement averroïstes me fait attacher une certaine importance à un commentaire inédit sur les douze livres de la Métaphysique, que possède la bibliothèque de Saint-Antoine de Padoue (n°424). Ce commentaire est attribué à un certain Maglster Calaber^ d'ailleurs inconnu. Le père Minciotti, auteur du catalogue des manuscrits de Saint-Antoine, pense que ce pourrait bien être Onofrio Calaber, à qui Gaetano de Tiene

tem facta et corruptibilis hœc cognitio, respecta hujus vel illius particularis. (Lect. 33.)

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