‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 225 sur 235 · Hist. crit. phil, t. IV, p. 472, 482, sqq · texte numérisé non relu

Hist. crit. phil, t. IV, p. 472, 482, sqq

3. Amphit. Exercit. IV? p. 17. Duce Averroe, in cujus verba jurare Joannes Bacconius ? averroistarum princeps , meritissinius olim prseceptor, coegerat.

4. Ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que cet énorme anachronisme a été accepté de confiance par presque tous ceux qui ont parlé de Vanini. M. Cousin [Fragments de phil. cartésienne , p. 20) pense que Vanini veut dire seulement que dans sa jeunesse il avait beaucoup étudié les écrits de Bacon. Mais les mensonges de cette espèce sont fréquents dans Vanini. On aurait tort de prendre comme des détails autobiographiques tout ce qu'il dit de sa propre personne , soit dans ses Dialogues^ soit dans son Amphithéâtre. C'était un tour reçu à cette époque de raconter comme étant arrivées à soi-même les anecdotes dont on voulait égayer son livre. Ainsi font Cardan, Cœlius Calcagnini, Montaigne lui-même.

Vanîni naquit en 1585. Vanini n'avait même pas lu avec beaucoup d'attention les livres de son divin précepteur, comme il l'appelle ; car loin d'en conclure qu'en vertu de la métempsycose Averroès avait dû passer dans le corps de Pomponat, il y aurait trouvé à chaque page la réfutation d'Âverroès. Vanini n'y regardait pas de si près. Cet esprit bizarre se prenait à tout ce qui pouvait servir ses fanfaronnades d'impiété. Dans le 30e de ses dialogues, il raconte qu'un jour prêchant sur cette question : Pourquoi l'homme a été créé de Dieu ? il la résolut par cette fameuse échelle d? Averroès, en vertu de laquelle il doit y avoir une sorte de gradation du plus humble de tous les êtres a l'être le plus relevé, qui est Dieu ou la matière première \ A Gènes, Vanini voulut aussi enseigner selon ces principes ; mais, dit son biographe, on n'y était point prévenu en faveur d'Averroès, et il fut obligé de partir2. Ses auteurs favoris, disait-il, étaient Aristote, Averroès, Cardan, Pomponat3, et à l'exemple de son prétendu maître, Jean Bacon, il ne mettait d'autre livre qu' Averroès entre les mains de ses élèves \ Evidemment F Averroès dont il est ici question n'est pas le grand commentateur , mais l'auteur imaginaire auquel on attribuait des ouvrages impies et d'une facile lecture. Vanini connaissait pourtant le Grand Commentaire. Il réfute avec une sévérité affectée les théories

1 . Materia prima, secundum averroistas, sola poteniia, actus punis, solus Deus. (Dial. XXX.)

2. La vie et les sentiments de Lucilio Vanini, par David Durand (Rotterdam, 1717) , p. 47.

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