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A. Quum a me primis philosophiœ sa cris initiaretur, nullius juravit in verba magistri, scd Averrois libros a me ohlatos avide excepit, et in eis perlegendis adeo profecit ut balbutientium scholasticorum ineptias confutare sit aggressus. [Amplùth., p. 350.)
averroïstes de l'éternité du monde, des intelligences, de la providence, de l'unité des âmes1. Mais Vanini ne doit pas être pris au sérieux dans ses doctrines ; l'opinion qu'il réfute est presque toujours celle qu'il veut inculquer. Quelque faible qu'on puisse éprouver malgré soi pour cet esprit si flexible, si insaisissable , et en particulier pour les piquantes esquisses philosophiques qu'il a intitulées Dialogues, on ne peut nier que cette verve, cette finesse, cette malice, cette pénétration d'esprit vraiment étonnante ne recèlent le scepticisme le plus absolu , le matérialisme le plus effronté. Au lieu de la gaie et spirituelle franchise qui caractérise l'incrédulité française du xvme siècle , l'incrédulité averroïste du xvie est sombre , méprisante, hypocrite, sans dignité. On faisait des livres pour défendre les dogmes qu'on voulait attaquer. On présentait les objections dans toute leur force, en traitant de misérables et d'insensés ceux qui les faisaient ; puis on y répondait d'une manière dérisoire ou bien l'on avouait qu'il est impossible d'y répondre par la raison. Quelle prise avait l'inquisition sur un homme qui faisait l'apologie du concile de Trente, méritait l'approbation de la Sorbonne, intitulait un livre : Amphithéâtre de l'éternelle providence, divi no- magique , christiano-phjsique , astrologico-catholique , contre les anciens philosophes , les Athées , les Epicuriens , les Péripatéticiens , les Stoïciens, etc. , et terminait ses tirades les plus notoirement impies par ces mots : Ceterum sacrosanctœ Romands ecclesiœ me subjicio?
Peut-être aussi le xvie siècle, comme le xme, s'exagérait-il à dessein la malice, des averroïstes, et se plaisait-il
1. Cf. Amphïth. Exerc. i, 4, 33, 35, 36, 37, 41. — Cf Cousin, Fragments de phil. cartes,, p. 27. — X. Rousselot, OEuvres phil. de Van'ini* Notice, p. vi.
à accumuler sur quelques types d'impiété toutes les mauvaises pensées qui couraient dans l'air, et dont chacun avait à s'avouer coupable. La première fois que la pensée incrédule s'élève ainsi dans l'âme du croyant, il s'en effraye, et aime à rejeter sur le compte d'autrui ses propres tentations. Les Trois Imposteurs revenaient, comme un cauchemar, épouvanter la conscience. « Le quolibet que le monde a été séduit par trois pipeurs, dit La Monnoie, continuellement rebattu par les libertins, aura donné l'occasion à quelqu'un d'entre eux de dire qu'il y avait bien là de quoi exercer son esprit, et que ce serait un beau sujet de livre1. » Puis, tous les partis, catholiques, protestants, etc., se le sont jeté comme une injure. Bodin , faisant argumenter les uns contre les autres les partisans des diverses religions, ne donne l'avantage à aucune : les malintentionnés croyaient même remarquer que les chrétiens avaient presque toujours le dessous dans son livre, et que les réponses n'étaient jamais aussi fortes que les objections2. Postel prétendait que la religion parfaite serait composée en proportions égales de christianisme, de judaïsme et de mahométisme. Quant à Vanini , ce méchant belistre , ce chercheur de repues franches, cet enragé ', le plus endiablé vilain qui fut jamais (Garasse), avait donné, disait-on, une nouvelle édition
1. 31enagiana, t. IV, p. 283 et suiv. La perpétuelle préoccupation de ce livre a dû néanmoins engager à l'écrire après coup, et amorcer les libraires. En effet, au xvme siècle, on trouve quelques misérables écrits sous ce titre ; un, entre autres, antidaté de 1598 , un autre où se mêle le nom de Spinosa. Cf. Brunet, Man. du libr., t. IV, p. 512 et 520 (quatrième édit.), et la belle invective de Voltaire (épît. cxi, éd. Beucbotj.
2. Colloquium heptaplomeres de abdltis rertnn subt'dium arcanis. Cet ouvrage n'a jamais été imprimé, mais les copies en sont fort répandues. Le n° 621 de Saint-Germain a servi à Huet pour la réfutation qu'il en a faite dans sa Démonstration évangélique.
de ce livre exécrable \ Le mot que tous les témoins oculaires lui prêtent en marchant au supplice , qu'il meurt en philosophe* , semble même une réminiscence d'Averroès : Moriatur anima mea morte philos ophorum.
§ xvn.
En général , l'averroïsme proprement dit, c'est-à-dire l'étude du Grand Commentaire, se répandit peu hors de l'Italie. Patrizzi donne pour trait caractéristique des écoles de France et d'Espagne, qu'on y explique le texte pur d'Aristote sans commentaires3. Des Italiens nomades, François Vimercati par exemple4, en apportent seuls quelque bruit de ce côté des monts. Jean Bruyerin Champier (en 1537 ), atteste la vogue passagère qu'obtinrent ces maîtres étrangers avec leur livre nouveau : Postquam ex Italia terra in Gallias nostras philosophi quidam corwolarunt , magna cum laude pari ter et frequenti auditorio commentaria Averrhoi in dristotelis volumiria interprétantes* . Averroès, toutefois, ne fit jamais en France une fortune brillante. Les exemplaires de nos bibliothèques ne portent aucune trace de lecture ; les tranches en sont intactes, et toujours j'ai trouvé non coupées les feuilles qui avaient échappé au tranchant du relieur. Lyon, pourtant, présente quelque trace d'aver-
1 . a II fît revivre, dit Rosset dans son Histoire tragique, le méchant et abominable livre que l'on intitule les Trois Imposteurs , que l'on imprime à la vue et au grand scandale des chrétiens. » Quel dommage que le lieu et la date ne soient pas indiqués !