‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 24 sur 235 · P. 97 (eclit · texte numérisé non relu

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tient à la légende, et témoigne beaucoup moins ce qu'il fut que l'opinion qu'on s'était formée de lui. Ni par ses études , ni par son caractère, Ibn-Roschd ne sort du type commun du savant musulman. Il sait ce que les autres savent : la médecine, c'est-à-dire Galien ; la philosophie, c'est-à-dire Aristote ; l'astronomie , c'est-à-dire l'Almageste. Comme tout bon musulman, il y joint la jurisprudence (droit canon), et comme tout Arabe distingué, la poésie. La poésie n'était plus à cette époque, chez les Arabes, qu'une ingénieuse combinaison de syllabes : on ne doit donc pas être surpris de k voir cultivée par des esprits aussi peu poétiques qu'Ibn-Sina et Ibn-Roschd. Léon l'Africain nous apprend qu'Ibn-Roschd avait composé plusieurs pièces de poésie morales et galantes, qu'il brûla dans sa vieillesse1. Léon nous en a conservé un fragment qui pourrait en effet faire supposer qu'à quelques égards la sagesse ne fut , chez Ibn-Roschd , que le fruit des années. La paraphrase de la Poétique d'Aristote atteste chez son auteur une grande connaissance de la littérature arabe, surtout de la poésie anté-islamique , la vraie et grande poésie arabe. Les citations d'Antara , d'Imroulkaïs, d'Ascha, d'Abou-Témam , de Nabega, de Motenabbi , du Kitâb-el-Agdni (recueil des anciennes chansons arabes)2, s'y retrouvent à chaque page. Cette paraphrase accuse , d'un autre coté , l'ignorance la plus complète de la littérature grecque, et on devait s'y attendre. Les Arabes n'ont connu de la Grèce que les philosophes et les auteurs scientifiques. Pas un seul des écri-

\. Apucl Fabricium, Bibl. gr., t. XIII, p. 287.

2. Ainsi à la page 54 (édit. 1481), il cite les vers que le poète Asclia chante à la foire d'Ocadh, en l'honneur de son hôte Mohallak (voy. Caussin de Perceval, Essai sur l'hist, des Arabes avant [''islam., t. II, p. 400),

vains vraiment caractéristiques du génie grec n'est venu jusqu'à eux, et l'on peut affirmer d'ailleurs qu'ils eussent été bien incapables de les apprécier. La logique, l'astronomie, les mathématiques, et jusqu'à un certain point la médecine, sont de tous les pays, UOrganon d'Àristote a été accepté par les races les plus diverses comme le code de l'entendement. Au contraire, Homère, Pindare, Sophocle , Platon même , sembleraient fort insipides aux peuples de race sémitique , à peu près comme la Bible paraît aux Chinois un livre d'une souveraine immoralité. Quoi qu'il en soit, les bévues d'Ibn-Roschd , en fait de littérature grecque, sont vraiment de nature à faire sourire. S'imaginant, par exemple, que la tragédie n'est autre chose que l'art de louer, et la comédie l'art de blâmer1, il prétend trouver des tragédies et des comédies dans les panégyriques et les satires des Arabes, et même dans le Coran2 !

L'extrême légèreté avec laquelle les critiques et les historiens ont parlé de la philosophie arabe, peut seule expliquer une erreur grossière qui, depuis d'Herbelot, a été souvent répétée. « Averroès, dit d'Herbelot3, est le premier qui ait traduit Aristote de grec en arabe, avant que les juifs en eussent fait leur version; et nous n'avons eu longtemps d'autre texte d'Aristote que celui de la version latine qui fut faite sur la version arabique de ce

1. Cette singulière théorie se trouve reproduite littéralement d'après Averroès , dans le prologue du commentaire de Benvenuto d'Imola sur la Divine Comédie.

2. L'élégie n'est pas moins curieusement définie : « Species vero « poetrise quœ elegia nominalur non est nisi incitatio ad actus cohituales, « quos amoris nomine obtegunt et décorant. Ideoque oportet ut a talibus « carminibus abstrabantur filii, instruantur et exerccantur in carminibus « quœ ad actus fortitudinis et largitatis incitent. »

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