Bayle, art. Aristote
ponsabilité des doctrines qu'il expose. A la fin de son commentaire moyen sur la Physique l$ il déclare qu'il n'a eu d'autre intention que d'énoncer le sentiment des péripatéticiens, sans dire sa propre opinion, et que son Lut a été le même que celui de Gazali : faire connaître les systèmes des philosophes, pour qu'on paisse les juger en toute connaissance de cause, et les réfuter s'il y a lieu. A la fin de sa lettre sur l'union de l'intellect séparé avec l'homme 2, il décline également la responsabilité des doctrines qui y sont contenues. Peut-être n'était-ce là qu'une précaution pour philosopher plus librement à l'ombre d'autrui. Il faut convenir au moins que ce tour est très-fréquent chez les Arabes. Ibn-Tofaïl3 fait remarquer qu'Ibn-Sina renvoie sans cesse à sa Philosophie orientale pour trouver sa propre pensée , et qu'il dit souvent dans ses commentaires des choses qu'il ne croit pas. Gazali, dans son Makacîd-al-Falasifa , expose les systèmes des philosophes avec une assurance qui pourrait faire supposer qu'il énonce sa propre opinion , et pourtant il n'a d'autre but que de préparer la réfutation qu'il en veut faire. Peut-être bien des contradictions de la philosophie antique s'expliquent-elîes de même, par la facilité avec laquelle on consentait à emprunter pour un moment le langage et les allures d'une école , sans s'y engager d'une manière absolue.