Phil. autodidact, (édit. Pococke), p
fait oublier celle du médecin. De quelque réputation qu'ait joui le Col/iget, il n'a jamais atteint l'autorité magistrale du Canon d'Avicenne. Des nombreux commentaires d'Ibn-Roscbd sur Galien, aucun n'a été traduit ni en hébreu ni en latin. En médecine du reste, comme en philosophie, Ibn-Roschd est disciple d'Aristote. Il a écrit un ouvrage ex professo pour le concilier avec Galien ; quand l'accord est impossible, Galien est toujours sacrifié. C'est d'après la doctrine du philosophe qu'il envisage le cœur comme l'organe principal et la source de toutes les fonctions de la vie animale1. Son système médical n'a du reste aucune originalité.
Comme astronome et comme jurisconsulte, Ibn-Roschd ne présente non plus aucune physionomie bien caractérisée. C'est par son Grand Commentaire qu'il est arrivé à constituer un des pôles de l'autorité philosophique : La nature interprétée par Àristote. — Jristote interprété par Averroès.
Ibn-Roschd a composé sur Aristote trois sortes de commentaires : le grand commentaire , le commentaire moyen, les analyses ou paraphrases 2.
La forme du grand commentaire appartient en propre à Ibn-Roschd. Les philosophes qui l'avaient précédé, Avicenne et Alfarabi, n'avaient employé d'autre commentaire que la paraphrase , dans le genre de celle d'Albert le Grand. On fondait le texte aristotélique dans une exposition suivie, où le texte et la glose restaient indistincts. La méthode d'Ibn-Roschd dans le Grand
1. Cf. Sprengel, Hist. de la médec. , t. II, p. 381. — Freind, Sist, médie.f p. 255 et suiv.
2. Abd-el-Wahid el-Marrekoschi nous apprend que les analyses réunies Tonnaient un volume d'environ 150 pages, tandis que les grands commentaires formaient en tout quatre volumes (p. 175, édit. Dozy).
Commentaire est toute différente. Il prend l'un après l'autre chaque paragraphe du philosophe qu'il cite in extenso, et l'explique membre par membre, en distinguant le texte par le mot kdla (il dit), équivalant aux guillemets. Les discussions théoriques sont introduites sous forme de digressions; chaque livre est divisé en sommes , subdivisées elles-mêmes en chapitres et en textes1". Ibn-Roschd a évidemment emprunté aux commentateurs du Coran ce système d'exposition littérale, distinguant parfaitement ce qui appartient à l'auteur et ce qui appartient au glossateur \
Dans le commentaire moyen, le texte de chaque paragraphe est cité seulement par ses premiers mots , puis le reste est expliqué , sans distinction de ce qui est d'Ibn- Roschd ou de ce qui est d'Aristote.
Dans la paraphrase ou analyse, Ibn-Roschd parle toujours en son propre nom. Il expose la doctrine du philosophe, ajoutant, retranchant, allant chercher dans les autres traités ce qui complète la pensée, introduisant un ordre et une méthode à sa fantaisie ; ce sont en un mot des traités sous le même titre que ceux d'Aristote. C'est surtout par les titres qu'Aristote a régné sur l'esprit humain : les étiquettes de ses livres sont restées, pendant près de deux mille ans, les divisions de la science elle-même.
Il est certain qu'Ibn-Roschd ne composa ses grands commentaires qu'après les autres 3. A la fin de son grand
i . Ces divisions furent adoptées universellement dans les écoles péri* patéticiennes de l'Italie. Cf. Patrizzi, Discuss. Pe/ ijj., t. Ier, f. 98.
2. Les commentaires de cette forme, les vrais commentaires, s'appellent scharh en arabe. Les commentaires moyens s'appellent telkhis. Les paraphrases ou abrégés sont désignées du nom de djewàmi, correspondant à summœ ou auvo^iç.
3. C'était une opinion généralement répandue à la renaissance qu'il composa ses paraphrases dans la jeunesse, ses commentaires moyens
commentaire sur la physique, achevé en 1 1 86, on lit clans les traductions hébraïques : « J'en ai fait un autre plus court dans ma jeunesse. » 1 Souvent dans ses commentaires moyens, il promet d'en écrire de plus développés. Enfin plusieurs des ouvrages d'Ibn-Roschd portent leur date dans la traduction hébraïque, et offrent ainsi les moyens de déterminer jusqu'à un certain point la série de ses travaux2.
1 1 69 : Paraphrase sur les livres des Parties et de la Génération des animaux. (Séville.)
1 1 70 : Commentaire moyen sur la Physique et sur les Analytiques Postérieurs. (Séville.)
1171 : Commentaire sur le De Cœlo et Mundo. (Séville.)
1 1 74 : Paraphrase sur la Rhétorique, la Poétique et la Métaphysique. (Cordoue.)
1 1 76 : Commentaire moyen sur l'Éthique à Nicomaque.
1178 : De Substantiel Or bis. (Maroc.)
1179 : De la Démonstration des dogmes religieux. (Séville.)
1 1 93 : Commentaire sur le De febribus de Galien.
1195 : Questions sur la logique (écrites pendant sa disgrâce) .
Nous possédons les trois espèces de commentaires sur les Seconds Analytiques, la Physique, les traités du Ciel, de l'Ame, et la Métaphysique. Sur les autres livres d'Aris-
dans l'âge mûr et ses grands commentaires dans la vieillesse. Cf. Niphus, in Pliys. Auscult., procem., Venise, 1549, et la préface de l'édition des Juntes de 1552 (f. 2 v°).
1. Pasini, Cocld. jnss. regii Taurin. Alhenœi, pars Ia, p. 52.
2. Bartolocci, Wolf, Pasini ont commis sur ces dates de très-graves erreurs, pur suite d'une conversion erronée des années de l'hégire en années de l'ère vulgaire.
tote , nous n'avons que les commentaires moyens ou les paraphrases, ou les deux à la fois. Les seuls ouvrages d'Arisîote sur lesquels il ne reste de lui aucun commentaire sont les dix livres de Y Histoire des Animaux et la Politique1. Le commentaire sur l'Histoire des Animaux a certainement existé. Ibn-Âbi-Oceibia ? Abd-el-Wahid et la liste arabe des ouvrages d'Ibn-Roschd qui se trouve dans le manuscrit 879 de l'Escurial, le mentionnent expressément2. Quant à la Politique , Ibn-Roschd nous apprend lui-même dans l'épilogue de son commentaire moyen sur l'Ethique , que la traduction arabe de cet ouvrage d'Aristote n'était pas encore connue en Espagne3. Au commencement de son commentaire sur la République de Platon , il dit expressément qu'il n'a entrepris l'explication de cet ouvrage que parce que les livres d'Aristote sur le même sujet n'étaient pas parvenus jusqu'à lui.
On a pu croire , à l'inspection des éditions latines d'Averroès, qu'il ne connaissait pas les livres XI, XIII et XIV de la Métaphysique : on ne trouve en effet dans ces éditions aucun commentaire sur les trois livres précités4. Mais M. Munck a fait observer que ces trois livres sont longuement commentés dans la traduction hébraïque du commentaire moyen5. M. Ravaisson? du
\ . Nous n'avons rien sur les Grandes Morales et les Morales à Eudème. Les Arabes réunissent d'ordinaire les Grandes Morales aux Morales à jNicomaque, qu'ils composent ainsi de douze livres (Cf. Wenrich, op, cit., p. 136).