Phys., 1. II, f. 27 (édit
conserve après la mort; et il cherche à s'arrêter sur la voie du panthéisme , en mettant le monde dans la catégorie du possible. Cette distinction du possible et du nécessaire est le fond de la théorie d'Ibn-Sina , et la base sur laquelle il cherche à établir la personnalité divine. Ibn- Roschd ajoute toutefois que, suivant d'autres, Ibn-Sina n'admettait l'existence d'aucune substance séparée, et que sa vraie opinion sur Dieu et l'éternité du monde, devait être cherchée dans la Philosophie orientale, où il
identifiait Dieu avec l'univers
C'est surtout contre Ibn-Sina que Gazali dirigea sa Destruction des philosophes. Gazali est , sans contredit, l'esprit le plus original de l'école arabe. Il nous a laissé, dans un curieux livre2, ses confessions philosophiques, et le récit de son voyage à travers les différents systèmes de son temps. Aucun système ne l'ayant satisfait, il conclut au scepticisme; le scepticisme n'ayant pu le retenir, il se précipite dans l'ascétisme , et cherche dans les danses mystiques des soufis l'étourdissement de sa pensée. Là il s'arrête dans la mort et l'anéantissement. Ceux qui, après avoir philosophé, embrassent le mysticisme en désespoir de cause, sont d'ordinaire les ennemis les plus intolérants de la philosophie. Gazali, devenu soufi, entreprit de prouver l'impuissance radicale de la raison , et , par une manœuvre qui a toujours séduit les esprits plus ardents que sages, de fonder la religion sur le scepticisme. Il déploya dans
1 . Destr. Destr., disput. X, sub fin. — Ibn-Tofaïl, P/»7. autodid. proœm. — Roger Bacon a connu l'existence de cette Philosophie orientale , et la donne aussi comme l'expression de la dernière pensée d'Avicenne [Opus Majus,-p. 46, édit. Jebb).
2. Publié par M. Schmœlders, dans son Essai sur les écoles philos . chez les arabes. M. de Pallia en avait donné l'analyse [Mém. de l'Acad. des Sciences morales et politiques , savants étrangers , t. Ier, p. 165 et suiv.).
cette lutte une perspicacité d'esprit vraiment étonnante. C'est surtout par la critique du principe de causalité qu'il ouvrit son attaque contre le rationalisme. Hume n'a rien dit de plus. Nous ne percevons que la simultanéité, jamais la causalité. La causalité n'est autre chose que la volonté de Dieu faisant que deux choses se suivent ordinairement. Les lois de la nature ne sont pas, ou n'expriment qu'un fait habituel; Dieu seul est immuable. C'était, on le voit, la négation de toute science. Gazali fut un de ces esprits bizarres qui n'embrassent la religion que comme une manière de narguer la raison. Des bruits défavorables coururent, du reste, sur la droiture de ses sentiments. Ibn-Roschd prétend qu'il attaqua la philosophie pour complaire aux théologiens, et écarter les soupçons qui s'étaient élevés contre son orthodoxie1. Moïse de Narbonne assure qu'il avait composé pour ses amis un petit écrit secret où il donnait la solution des objections qu'il avait présentées au public comme insolubles2. Ibn-Tofaïl relève ses perpétuelles contradictions, et prouve avec évidence qu'il avait composé des ouvrages ésotériques, où il professait des doctrines fort différentes de celles qu'il jetait au vulgaire. « Accepte ce que tu vois, disait-il, et laisse là ce que tu as entendu; lorsque le soleil se lève, il te dispense de contempler Saturne3. »
Gazali exerça une influence décisive sur la philosophie arabe. Ses attaques produisirent l'effet ordinaire des contradictions, et introduisirent dans l'opinion des adversaires une précision jusque-là inconnue. Ibn-Bâdja (Avempace) fut le premier qui s'efforça de" réhabiliter