‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 56 sur 235 · III, Phys. , f · texte numérisé non relu

III, Phys. , f

ni le repos le mouvement. Le mouvement est éternel et continu; car tout mouvement a sa cause dans un mouvement précédent1. Le temps d'ailleurs n'existe que par le mouvement. Nous ne mesurons le temps que par les changements d'état que nous observons en nous-mêmes. Si le mouvement de l'univers s'arrêtait , nous cesserions de mesurer le temps, c'est-à-dire que nous perdrions le sentiment de la vie successive et de l'être. On ne mesure le temps durant le sommeil que par les mouvements de l'imagination; quand le sommeil est très-profond, et que le mouvement de l'imagination s'éteint entièrement, la conscience du temps disparaît. Le mouvement seul constitue un avant et un après dans la durée. Ainsi sans le mouvement il n'y aurait aucune évolution successive, c'est-à-dire que rien ne serait2.

De là il résulte que le moteur n'agit pas librement , comme le prétendent les Motecallemîn. Ibn-Sina, qui leur a fait tant de concessions, a imaginé, pour leur complaire , sa classification du possible et du nécessaire. Il met le monde dans la catégorie du possible , et suppose qu'il aurait pu être autrement qu'il n'est. Mais comment appeler possible ce dont la cause est nécessaire et éternelle ? La liberté suppose nouveauté ; or Dieu n'a pas de raison d'être nouveau3. Le monde n'aurait pu être ni plus grand ni plus petit qu'il n'est ; car le caprice seul

1. VIII, Phys., f. 155-157. — De Cœlo, f. 197.— Epitome Metaph., tract. IV, f. 398. — ■ De Subst. Orbis , cap. iv, f. 324 v°. — Cf. Arist., Metaph. A, p. 246 (édit. Brandis).

2. IV, Pliys., f. 82 v° et sqq. — Ce passage est l'un des plus ingénieux d'Ibn-Roschd. Il y développe sur le sommeil des vues absolument semblables à celle de Dugald-Stewart.

3. « Impossibile est quod actio nova fiât per voluntatem antiquam. » (VIII, Phys. , f. 159.) Cf. Destr. Deslr. disput. I, f. 21 , et pars ait. , disp.I, f.333 v°.

aurait déterminé telle mesure plutôt que telle autre1. Le hasard n'est cause efficiente que rarement et par accident. Cependant on serait beaucoup plus recevable à attribuer au hasard les événements d'ici-bas que tout l'ordre des corps célestes ; aussi Aristote traite-t-il plus sévèrement Démocrite et ceux qui soutiennent le premier sentiment que les partisans du second2. Dieu , par conséquent, ne connaît que les lois générales de l'univers; il s'occupe de l'espèce et non de l'individu3; car s'il connaissait le particulier, il y aurait innovation perpétuelle dans son être. D'ailleurs, si Dieu gouvernait tout immédiatement, le mal de l'univers serait son œuvre ; ou bien il faudrait lui attribuer le pouvoir de réaliser l'impossible, ce qui serait admettre le principe des sophistes4. La seule opinion révérencieuse envers Dieu est donc celle qui réduit sa providence à n'être que la raison générale des choses. Dans cette hypothèse , tout ce qu'il y a de bien dans le monde lui est imputable , puisqu'il l'a voulu ; le mal , au contraire , n'est pas son œuvre, mais la conséquence fatale de la matière contrariant ses desseins s.

Jusqu'ici Ibn-Roschd ne me semble qu'un interprète fidèle et intelligent de la pensée d'Àristote, exprimée surtout au Ier et au VHP livre de la Physique et au XIIe de la Métaphysique. L'être, pour Aristote, étant composé

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