Léo Afr. apud Fabr., t. XIII, p
intérieurs, et ce fut d'après ses conseils que des milliers de chrétiens furent transportés à Salé et sur les cotes barbaresques *. Par un de ces caprices de la renommée dont on a plus d'un exemple, cet Averroès dont le nom a presque atteint, chez les Latins, la célébrité de celui d'Aristote, est distingué chez les Arabes de ses illustres ascendants par l'humble épithète de el-hajîd (le neveu). Comme son père et son grand-père, Aboulwalid Ibn- Roschd étudia d'abord la théologie selon les Ascharites, et le droit canonique selon le rite malékite. Ses biographes vantent presque autant ses connaissances en jurisprudence qu'en médecine et en philosophie. Il eut pour maître en jurisprudence Abou-Mohammed Ibn- Razek, et en médecine, Abou-Djafar Ibn-Haroun de Truxillo, dont Ibn-Abi-Oceibia a donné la biographie 2. Rien ne prouve qu'il ait reçu les leçons d'Ibn-Bâdja (Avempace), mort en 1138, bien que la similitude de doctrine, et le profond respect avec lequel il parle de ce grand homme, autorisent à le regarder comme son élève. Ïbn-Roschd vécut ainsi dans la société de tous les hommes illustres de son siècle. Par sa philosophie, il relève directement d'Ibn-Bâdja; Ibn-Tofaïl (X Abubacer des scolastiques) fut l'artisan de sa fortune, ainsi que nous le dirons bientôt. Durant toute sa vie, il se trouva dans les rapports les plus intimes avec la grande famille des Ibn-Zohr, qui résume à elle seule tout le développement scientifique de l'Espagne musulmane au xne siècle : il eut
\. Gayangos, t. II, p. 306-307. — Conde, IIIa parte, cap. xxix.— • En citant l'ouvrage de Conde, je n'entends pas attribuer à cet écrivain une autorité, qu'il ne mérite en aucune manière, comme l'a si. bien démontré M. Reinhart Dozy dans ses Recherches sur V histoire politique et littéraire de V Espagne pendant le moyen âge, t. Ier (Leyde, 1849). | 2, Ibn-Abi-Oceibia, dans Gayangos, t. Ier, append., p. xvn, xvm. — Casiri, t. II, p. 84.
pour collègue Abou-Bekr Ibn-Zohr le jeune dans les fonctions de médecin du roi, et l'amitié qui l'unissait à Abu-Merwan Ibn-Zohr (Avenzoar), l'auteur du Teisir, était si étroite que, lorsque Ibn-Roschd écrivit son Culliyyâth (généralités, ou traité sur V ensemble du corps humain), il désira que son ami écrivît un traité sur les parties , afin que leurs ouvrages réunis formassent un cours complet de médecine. Enfin il fut en relation avec le théosophe Ibn-Arabi, qui pourtant ne crut point reconnaître en lui un adepte assez sûr. Ibn-Roschd , alors kadhi à Cordoue, l'ayant prié de lui communiquer les secrets de sa science, Ibn-Arabi fut détourné par une vision divine de les lui révéler *.
La carrière publique d'Ibn-Roschd ne fut pas sans éclat. Le fanatisme, qui était l'âme de la révolution almohade, fut un moment contenu par les goûts libéraux d'Abd-el-Moumen et de Iousouf. On attribuait la chute des Almoravides aux destructions de livres qu'ils avaient ordonnées : Abd-el-Moumen défendit rigoureusement ces actes de barbarie 2. Les philosophes du siècle, Ibn- Zohr, Ibn-Bâdja , Ibn-Tofaïl et Ibn-Roschd furent en faveur à sa cour. L'an 548 de l'hégire (1 1 53), nous trouvons Ibn-Roschd à Maroc , occupé peut-être à seconder les vues d'Abd-el-Moumen dans l'érection des collèges qu'il y fondait en ce moment 3. Iousouf, successeur d'Abd-el-Moumen, fut le prince le plus lettré de son temps. Ibn-Tofaïl obtint à sa cour une très-grande influence, et en profita pour y attirer les savants de