Journal asiat., février 18-48, p
3. Comment, de Cœlo cl Mundo , f. 176. — Munck, 1. c, p. 158. — Conde, llla parte, cap. xliii. — Léon l'Africain, dans son Histoire, de l' Afrique, 1. II, p. 60 , attribue la fondation de ces établissements à Iakoub Almansour.
tous les pays. Ce fut à Ibn-Tofaïl qu'Ibn-Roschd dut l'honneur d'avoir part aux faveurs de l'émir. L'historien Abd-el-Wahid avait recueilli, de la bouche même d'un des disciples d'Ibn-Roschd, le récit de sa première présentation, tel que le commentateur avait coutume de le rapporter \
« Lorsque j'entrai chez l'émir des croyants, disait-il, je le trouvai seul avec Ibn-Tofaïl. Celui-ci commença à faire mon éloge, et à vanter ma noblesse et l'ancienneté de ma famille. Il tomba même dans quelque exagération à cet égard, et dit des choses que j'ignorais complètement. Après quelques questions banales , l'émir ouvrit ainsi la conversation : « Quelle est l'opinion des philo- « sophes sur le ciel ? Est-ce une substance éternelle ou « un accident nouveau? » Je fus saisi de crainte et tout interdit ; je cherchai un prétexte pour m'excuser de répondre, et l'émir ne put connaître pour cette fois tout mon savoir en philosophie. Mais sur quelques mots que lui dit Ibn-Tofaïl, et que je n'entendis pas, il comprit mon trouble et se tourna vers Ibn-Tofaïl , qui commença à discourir sur la question que l'émir m'avait faite. Il rapporta tout ce qu' Aristote , Platon et les autres philosophes ont dit à ce sujet , et exposa en outre l'argumentation des théologiens musulmans contre les philosophes, avec une puissance de mémoire telle que je n'en ai jamais vu de semblable dans les savants qui s'occupent de ces recherches. L'émir cependant sut si bien me mettre à l'aise, qu'il m'amena à parler à mon tour, et à dire ce que je pensais sur ce sujet. Lorsque je me fus retiré, il me fît gratifier d'une somme d'argent, d'une pelisse d'honneur d'un grand prix, et d'une monture. »
1. Édit. Dozy, p. 174-175. — Cf. Léon l'Africain, art. d'Ibn-Tofaïl, p. 280.
S'il faut en croire le même historien, ce fut d'après le vœu exprimé par Iousouf, et sur les instances d'Ibn- Tofaïl, qu'Ibn-Roschd entreprit ses commentaires d'Aristote. « Un jour, disait Ibn-Roschd, Ibn-Tofaïl me fit appeler et me dit : rc J'ai entendu aujourd'hui l'émir des (( croyants se plaindre de l'obscurité d'Àristote et de ses « traducteurs : Plût à Dieu, disait-il , qu'il se rencon- « Irât quelqu'un qui voulût commenter ces livres et en « expliquer clairement le sens , pour les rendre accès- « sibles aux hommes] Tu as en abondance tout ce qu'il « faut pour un tel travail, entreprends-le. Connaissant « ta haute intelligence, ta pénétrante lucidité et ta « puissante application à la science, j'espère que tu (( y suffiras. La seule chose qui m'empêche de m'en (( charger , c'est l'âge où tu me vois arrivé , joint à « mes nombreuses occupations au service de l'émir. » Dès lors, ajoutait Ibn-Roschd , je tournai tous mes soins vers l'œuvre qu'Ibn-Tofaïl m'avait recommandée, et voilà ce qui m'a porté à commenter Aristote. » C'est sans doute à Ibn-Roschd qu'Ibn-Tofaïl fait allusion dans ce passage de son roman philosophique : c< Tous les philosophes qui ont suivi Ibn-Bâcîja sont restés bien audessous de lui. Quant à ceux de nos contemporains qui lui ont succédé , ils sont encore en voie de se former, et n'ont point atteint la perfection, si bien qu'on ne peut encore juger de leur mérite *. »
Ibn-Roschd ne cessa de jouir, sous le règne de Iousouf , de la faveur la plus constante , et d'occuper les places les plus élevées. En 565 (1 169), il remplit à Séville les fonctions de kadhi2. Dans un passage de son