De Subst. Orbis, cap. iji — De Cœh et Mundo, f
étoile, ce corps s'arrêterait à l'instant; car la mesure de sa force est exactement proportionnée à la masse ; et s'il s'arrêtait un instant, le premier moteur ne pourrait le remettre en mouvement; il se corromprait parle repos, et avec lui tous les êtres dont l'essence est de se mouvoir1. Ce n'est donc point par sa nature intime qu'il est incorruptible et éternel, mais par l'action continuée du premier moteur, et le Prophète a pu dire avec vérité : (c Tout est corruptible, excepté Sa face2. »
Le ciel est donc, aux yeux d'Ibn-Roschd, un être vivant, composé de plusieurs orbes représentant les membres essentiels à la vie , et dans lequel le premier moteur représente le cœur, d'où la vie rayonne pour les autres membres3. Chaque orbe a son intelligence qui est sa forme, comme l'âme rationnelle est la forme de l'homme ; ces intelligences, hiérarchiquement subordonnées , constituent la chaîne des moteurs, qui propagent le mouvement de la première sphère jusqu'à nous. Le désir est le mobile auquel elles obéissent4; recherchant toujours le meilleur, elles se meuvent sans cesse, car le mouvement n'est que l'appétition du meilleur. Leur intellect est toujours en acte et s'exerce sans aucune défaillance en dehors de l'imagination et de la sensibilité5. Elles se connaissent elles-mêmes, et ont la connaissance de tout ce qui se passe dans les orbes inférieurs ; l'intelligence première a, par conséquent, la connaissance complète de tout ce qui se passe dans l'univers.
1. De Subst. Orbis, cap. vi. — De Gêner, et Corr., paraphr. f. 318.