‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 73 sur 235 · Destr. Destr,, pars ait , disp. IIIa, f · texte numérisé non relu

Destr. Destr,, pars ait , disp. IIIa, f

considéré la pensée humaine, dans son ensemble, comme une résultante de forces supérieures et comme un phénomène général de l'univers. Sans doute, dans une philosophie qui sépare aussi vaguement que la philosophie arabe Tordre psychologique de l'ordre ontologique , et qui ne dit jamais précisément si le champ de ses spéculations est dans l'homme ou hors de l'homme , une telle manière de s'exprimer n'était pas sans danger. Nous voudrions qu'Ibn-Roschd eût dit plus clairement qu'il ne l'a fait : L'unité de l'intellect ne signifie autre chose que l'universalité des principes de la raison pure et l'unité de constitution psychologique dans toute l'espèce humaine. On ne peut douter cependant que telle ne fût sa pensée, quand on l'entend répéter sans cesse que l'intellect actif ne diffère pas de la connaissance que nous avons de l'univers1, que l'immortalité de l'intellect désigne l'immortalité du genre humain2, et que si Aristote a dit que l'intellect n'est pas tantôt pensant, tantôt ne pensant pas, cela doit s'entendre relativement à l'espèce, qui ne disparaîtra jamais, et qui sur quelque point de l'univers exerce sans interruption ses facultés intellectuelles3. Une humanité vivante et permanente , tel est donc le sens de la théorie averroïstique de l'unité de l'intellect4. L'immortalité de l'intellect actif n'est ainsi autre chose que la renaissance éternelle de l'humanité, et la perpétuité de la civilisa-

1. Epist. de intell. y f. 67. Et quia intellectus noster in actu nihil aliud est quam comprehensio ordinis et rectitudinis existentis in hoc mundo..., sequitur de necessitate quod quidditas intellectus agentis hune nostrum intellectum nihil aliud est quam comprehensio haruin rerum.

Page 1