‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 76 sur 235 · De anima A. III, f · texte numérisé non relu

De anima A. III, f

clément les deux éléments du phénomène intellectuel , et d'introduire un agent cosmique dans un problème qui doit être résolu par la simple psychologie. Dresser l'homme comme une statue en face du soleil, et attendre que la vie descende pour l'animer, c'est attendre l'impossible. Tout système qui place hors de l'homme la source de la raison, se condamne à ne jamais expliquer le fait de la connaissance. La conscience seule est en contact avec elle-même; la psychologie ne doit s'adresser à aucun moteur externe pour remplir les lacunes de ses hypothèses. Ibn-Roschd du reste ne dissimule pas les difficultés de son système. Si l'intellect est unique chez tous les hommes, il est chez tous au même degré, le disciple n'a rien à apprendre du maître. Quand un homme perçoit un intelligible , tous le perçoivent en même, temps que lui ; le fait psychologique perd toute individualité. De même que dans les corps célestes, chaque espèce n'est composée que d'un seul individu, parce que chaque espèce n'ayant qu'un moteur, la pluralité y serait aussi oisive que si un pilote avait plusieurs navires sous ses ordres, ou un ouvrier plusieurs outils; cle même si plusieurs âmes n'ont qu'un moteur, il y a superfétation dans la nature. En outre, la faculté de créer les intelligibles, qui est le propre de l'intellect actif, n'est pas toujours dans le même homme au même degré ; elle naît et s'accroît avec l'intellect acquis ou l'intellect spéculatif, et c'est pour cela que Théophraste, Thémistius et d'autres encore ont identifié l'intellect spéculatif et l'intellect actif \ Ibn-Roschd répond avec raison que l'intellect actif entrant en communication avec un être relatif, doit subir les conditions de la relativité; que

i. De anima, f. 161 et suiv.

l'union de l'intellect avec l'âme individuelle n'a lieu ni par la multiplication de l'intellect, ni par l'unification des individus, mais par l'action de l'intellect sur les images sensibles, action analogue à celle de la forme sur la matière; que cette union n'est autre chose que la participation éternelle de l'humanité à un certain nombre de principes éternels comme elle. Ces principes, en se communiquant à l'être corruptible, ne participent pas de sa corruptibilité ; ils sont indépendants des individus , et aussi vrais dans les régions désertes du globe que dans celles où il y a des hommes pour les percevoir. Les types incréés de Platon sont des chimères , si on les entend à la lettre, mais n'ont rien que de véritable, si on les interprète dans le sens de la réalité objective des universaux. Ainsi l'intellect est à la fois unique et multiple. S'il était absolument unique , il s'ensuivrait que tous ne perçoivent que le même objet. S'il se multipliait avec le nombre de ceux qui savent , la communauté des intelligences serait détruite , la science serait incommunicable. Au contraire , si on maintient à la fois l'unité de l'objet et la multiplicité des sujets, toutes les objections sont

résolues

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