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tique iront jamais conçu la nature humaine comme formée par la combinaison de deux substances juxtaposées , le corps et Pâme; aussi, lorsque ces peuples arrivèrent à des idées plus arrêtées sur l'immortalité, durent-ils imaginer quelque manière de rendre la vie à ces os , à cette chair, qu'on a mis dans le tombeau. Par contre-coup, la forme de l'incrédulité en Orient a toujours été le zendikisme, la négation de la résurrection. Dans le livre de Job, qui nous représente l'état philosophique de l'Orient sémitique vers le vie ou le vne siècle avant notre ère , ce dogme apparaît vaguement avec les inquiétudes et les doutes qu'il excitait déjà. Les mêmes fluctuations se retrouvent chez les anciens Arabes : les uns faisaient attacher un cheval à leur tombeau pour ne pas être obligés d'aller à pied le jour de la résurrection1; les autres croyaient que du cerveau du mort se forme un oiseau qui fait la visite du tombeau une fois chaque siècle ; d'autres attribuaient tout à la nature et rejetaient également la création et la résurrection. L'opposition arrive à s'exprimer nettement chez les Sadducéens et chez les libres penseurs, que le Talmud appelle Epicuriens. Il faut voir dans saint Paul (ICor., cap. xv) l'argumentation subtile et originale qu'il leur oppose. Au ve, au vie et au vne siècle, le zendikisme paraît avoirson centre sur les bords du Tigre et de l'Euphrate , et dans les parties méridionales de l'empire des Sassanides. Dans le Coran apparaît à chaque page la préoccupation des difficultés de ce dogme et de l'incrédulité qu'il rencontrait2. La même inquiétude se trahit dans toute la théolo-
1. Abulfaradj, Dyn., p. 160. — Caussin de Perceval, Essai sur i'hist. des Arabes, t. Ier, p. 349.
2. Voy. surtout sur. 51, v. 57. On dirait presque la traduction de l'endroit précité de saint Paul.
gie musulmane, par le nombre presque infini de traités de controverse que ce sujet provoqua. Quant aux philosophes arabes, tous sans exception rejetaient la résurrection comme une fable. C'est un des principaux reproches que leur adresse Gazali1. La position équivoque où se trouvait Ibn-Roschd en face de cet adversaire , lui a inspiré quelques-uns des ménagements que s'imposent presque toujours ceux qui défendent la liberté de la pensée contre les orthodoxes. « Les premiers, dit-il2, qui ont parlé de la résurrection sont les prophètes d'Israël après Moïse, puis l'Evangile des chrétiens, puis les Sabéens, dont la religion, au dire d'Ibn-Hazm, est la plus ancienne du monde. Le motif qui porta tant de fondateurs de religions à établir ce dogme, fut l'efficacité qu'ils supposèrent à cette croyance pour moraliser les hommes et les exciter à la vertu par leur propre intérêt.... Je ne reproche pas à Gazali et aux Motecallemîn de dire que l'âme est immortelle , mais de prétendre que l'âme n'est qu'un accident, et que l'homme reprendra le même corps qui est tombé en pourriture. Non, il en reprendra un autre semblable au premier, car ce qui a été une fois corrompu ne peut revenir à la vie. Ces deux corps ne font qu'un, envisagés quant à l'espèce, mais ils sont deux quant au nombre. Aristote l'a dit dans les dernières lignes du traité de la Génération et de la Corruption : l'être corruptible ne peut jamais redevenir identique à lui-même, mais il peut revenir à la variété spécifique dont il faisait partie. Quand l'air sort de l'eau et que l'eau sort de l'air, chacune de ces sub-
1. Voy. le traité traduit par M. Schmœlders, Essai, p. 36, et l'analyse de la Destruction des philosophes , dans Hadji-Khalfa, t. II, p. A66 et suiv. (édit. Fluegel). — Pococke, Philosophas avToZlotxy.TOç, ? p. 20.