Conde, III» parte, cap. xlvîi
la familiarité de ces entretiens, Ibn-Roschd s'abandonnait jusqu'à dire à son souverain : Ecoute , mon frère '. L'an de l'hégire 591 (1195), pendant qu'Almansour se disposait à entreprendre contre Alphonse III de Castille l'expédition qui se termina par la victoire d'Alarcos, nous retrouvons auprès de lui le vieil Ibn-Roschd. Ibn- Abi-Oceibia raconte , avec de grands détails , toutes les faveurs dont il fut comblé dans cette circonstance, faveurs qui, en excitant la jalousie de ses ennemis, furent sans doute la principale cause des malheurs qui empoisonnèrent les quatre dernières années de sa vie.
Par un de ces revirements qui sont l'histoire journalière des cours musulmanes, Ibn-Roschd perdit les bonnes grâces d'Almansour, qui le relégua dans la ville d'Élisana ou Lucena, près de Cordoue. Lucena avait été autrefois habitée par les juifs , et telle a sans doute été l'occasion de la fable accréditée par Léon l'Africain, et depuis trop facilement adoptée, qui lui fait trouver un refuge chez son prétendu disciple Moïse Maimonide. Il paraît même que ses ennemis cherchèrent à faire croire qu'il était de race juive2.
Les motifs de la disgrâce dlbn-Roschd donnèrent lieu à beaucoup de conjectures. Les uns l'attribuèrent à l'amitié intime qui existait entre le philosophe et Abou-Jahya, gouverneur de Cordoue, et frère d'Almansour3; les autres en cherchèrent la cause dans un manque de courtoisie envers l'émir des croyants. Abd-el-Wahid 4 et Ibn-Abi-
1. M. de Gayangos suppose que c'était Àlmansour qui, par affection, donnait à Ibn-Roschd le nom de frère. Mais après un examen attentif du passage dlbn-Abi-Oceibia, je me suis décidé pour l'autre interprétation, qui est celle de M. Munck.