ibid., f. Si
3. Ibid. , f. 514 v°. — En général, cette paraphrase est pleine de détails intéressants pour l'histoire de l'Espagne musulmane.
S xi,
Jusqu'à quel point Averroès a-t-il réellement mérité de devenir le représentant de l'incrédulité et du mépris des religions existantes, c'est ce qu'il est difficile de décider à la distance où nous sommes. La religion étant l'expression la plus profonde de la conscience de l'humanité à telle époque donnée , pour bien comprendre le système religieux d'un siècle , il faudrait vivre de sa vie avec une profondeur dont l'historien le plus pénétrant serait à peine capable. Certes rien ne s'oppose à ce que des esprits aussi exercés que les philosophes arabes, et en particulier Ibn-Roschd, aient partagé la foi religieuse de leurs compatriotes. En effet, la religion dominante se crée d'ordinaire un privilège contre la critique. Peut-on révoquer en doute la parfaite bonne foi de tant de grands esprits des siècles passés, lesquels ont admis sans sourciller certaines croyances qui , à d'autres époques, troublent la conscience d'un enfant? Il est donc très-possible qu'Ibn-Roschd ait cru à l'islamisme, surtout si l'on considère combien le surnaturel est peu prodigué dans les dogmes essentiels de cette religion , et combien elle se rapproche du culte le plus épuré.
Il est remarquable qu'Ibn-Abi-Oceibia ne laisse planer aucun soupçon sur l'orthodoxie d'Ibn-Roschd. El-Ansâri , Abd-el-Wahîd et Léon l'Africain, au contraire, témoignent que ses croyances religieuses furent, de la part de ses contemporains , l'objet de jugements fort divers. On fit des ouvrages pour et contre son orthodoxie. Léon ou son traducteur assure avoir eu entre les mains un poème en forme de dialogue, oii l'un des interlocuteurs exaltait le savoir et les vertus d'Ibn-Roschd , tandis que l'autre
le présentait comme un hérétique *. Cette dernière opinion paraît avoir été celle d'un biographe cité par Léon. Racontant l'aventure d'Ibn-Badja, délivré de prison par le père d'Ibn-Roschd , il ajoutait : « Ce père ne savait pas que son fils serait un jour un hérétique pire encore 2. » Au contraire, un de ses amis intimes, un dévot personnage , dont El-Ànsari cite les paroles 3 , assurait que ces accusations n'avaient aucun fondement , et qu'il avait vu plusieurs fois le philosophe se rendre à la prière et faire ses ablutions, « Dieu sait ce qu'il en est, disait un autre ) il est certain du moins que ce sont les intrigues de ses envieux qui l'ont fait condamner. Pour lui ; il ne songea qu'à commenter Aristote , et à rétablir l'accord entre la religion et la philosophie *. »
Si Averroès est resté aux yeux des chrétiens le représentant de l'incrédulité, c'est surtout, il faut le dire, parce que son nom ayant effacé celui des autres philosophes musulmans, il devint le représentant de l'ara bisme , qui, dans la pensée du moyen âge, s'alliait de très-près à l'incrédulité. Ibn-Roschd ne se dissimule pas que quelques-unes de ses doctrines , celle de l'éternité du monde par exemple , sont contraires à l'enseignement de toutes les religions. Sa méthode est de philosopher librement , sans chercher à heurter la théologie, comme aussi sans se déranger pour l'éviter. Il ne s'attaque aux théologiens que quand ils mettent le pied sur le terrain de la discussion rationnelle. Les Motecallemîn , qui prétendaient démontrer leurs dogmes par la dialectique,
1. Apud Fabricium, mil. gr., t. XIII, p. 228. 2.'/£«&,p.'279.