Ibid., f. 8 v
sont réfutes à chaque page de ses écrits i. Gazali surtout , « ce renégat de la philosophie , cet ingrat qui a puisé tout ce qu'il sait dans les écrits des philosophes, et tourne contre eux les armes qu'ils lui ont prêtées ? » est attaqué avec une sorte de fureur2. On ne peut, dit-il, attribuer qu'à un renversement d'esprit, ou au désir de se réconcilier avec les théologiens, auxquels il était suspect , la composition de son livre de la Destruction des Philosophes. Les théologiens ont toujours été les ennemis des philosophes, et il a voulu se prémunir contre leur haine. « Pour nous, ajoute Ibn-Roschd, au risque de nous exposer à la rage des persécuteurs de la philosophie, notre mère, nous découvrirons au grand jour le poison caché dans son livre 3. » Quelquefois la pensée incrédule se découvre avec plus de liberté encore. Au premier livre de la Physique, après avoir cherché à établir l'impossibilité du dogme de la création, il se demande quelle a pu être l'origine d'une opinion aussi absurde. « L'habitude, répond-il. De même que l'homme habitué au poison en peut prendre impunément, de même l'habitude peut faire accepter les opinions les plus étranges. Or les opinions du vulgaire ne se forment que par l'habitude. Le vulgaire croit ce qu'il entend sans cesse répéter. Et c'est pour cela que sa foi est plus forte que la foi du philosophe; car il n'a pas coutume d'entendre le contraire de sa croyance, tandis que cela arrive fort souvent aux philosophes. Aussi voiton fréquemment de nos jours des hommes qui, entrant subitement dans l'étude des sciences spéculatives , per-
1. Voy. surtout la Paraphrase de la République de Platon , p. 494, 520, etc.