‹ Averroès et laverroïsmeChapitre 12 sur 49 · AVERROÈS. 4S · texte numérisé non relu

AVERROÈS. 4S

dualité. Averroès a payé la délie de sa renommée; peu de biographies se sont grossies d'autant de fables que la sienne. Ces fables peuvent se ranger en trois classes. Les unes proviennent des biographes arabes; les autres sont d'origine chrétienne; et ont été inventées pour soutenir le rôle d'incrédulité que le moyen âge fit jouer à Averroès ; quelques récits enfin paraissent devoir être attribués à la grande célébrité dont Averroès jouitdans le nord de l'Italie à la renaissance, et à ce génie inventif qui a toujours rendu les écoles si fécondes en anecdotes sur les maîtres fameux.

La plupart des traits rapportés par Ibn-Abi-Oceibia, El-Ansâri et Léon l'Africain ont pour but de relever les verlus d'Ibn-Roschd , sa patience, sa facilité à pardonner les injures, sa générosité, surtout envers les gens de lettres. Rien dans ces contes inoffensifs ne ressemble à la légende du moyen âge chrétien, et on ne se douterait guère que le respectable kadhi qu'on y voit présenté comme un modèle de perfection est destiné à devenir le précurseur de l'antechrist, l'impie systématique, frappant d'un même mépris les trois religions connues, blasphémant l'eucharistie, et s'écriant : Que mon âme meure de la mort des philosophes ! Nous aurons à faire la critique de ces derniers récits et à en démêler l'origine, quand nous examinerons le rôle d' Averroès comme représentant de l'incrédulité religieuse au xiii« siècle.

De toutes les fables produites par la réputation philosophique et médicale d'Averroès, la plus absurde, sans doute, est celle qui a pris naissance de son affectation à contredire Avicenne. Déjà celte tendance avait été remarquée

par Roger Bacon '. Benvenuto d'Imola a consacré la môme traililion*; il prétend que ce fut par opposition contre Avicenne, lequel soutenait qu'on doit respecter la religion où l'on est né, qu'Averroès imagina sa doctrine du mépris des religions établies. Symphorien Champier assure*, et on a souvent répété après lui, qu'Averroès s'abstient de citer son rival. Rien n'est plus faux assurément. Ibn-Sina est souvent combattu dans le grand commentaire, et surtout dans la Destruction de ladcstruciion. Mais, en médecine, Averroès est si loin de lui être systématiquement hostile, qu'un de ses principaux ouvrages médicaux est un commentaire sur le poëme didactique d'Ibn-Sina, auquel il accorde les plus pompeux éloges. L'imagination toutefois ne s'arrêta pas en si beau chemin : on raconta qu'Avicenne étant \enu à Cordoue du temps d'Averroès (anachronisme d'un siècle et demi), ce dernier, pour satisfaire sa haine, lui avait fait souffrir les plus afïreux supplices, et l'avait fait expirer sur la roue *. Évidemment nous avons ici le reflet des haines féioces des savants de la renaissance. Cette époque ne pouvait concevoir deux chefs d'école sans les supposer ennemis. On contait mille traits de la haine d'Âristote et Platon, de Barthole et Baldus;

* Opus Majus, p. 13 fédit. Jebb).

' Adlnf. cant. IV, v. 143 (ms. Bibl. imp. n» 4146, suppl.fr. f. 25.

3 De Claris medicis, apud Gesncri Bibl. f. 100. — Bayle, ard. Averroès, note A.

* Vossius, De Philos, sectis, C'A]), xiv. p. 113.— Bruckei, Hist. crit. phil. t III, p. 108.

AVRRROES. 45

on crut volontiers qu'Averroès avait traité son rival (omme soi-même on l'aurait traité.

Il fut généralement admis, parmi les médecins de la renaissance, qu'Averroès ne s'occupa point de pratique médicale', bien qu'on reconnût qu'il eût été médecin du roi Memarolin, et qu'on lui attribuât une découverte importante, à savoir que la saignée peut être pratiquée sans danger sur les enfants*. Freind a montré que cette opinion venait d'une méprise sur un passage oîi Averroès attribue cette expérience à Avenzoar*. C'est également d'un contre-sens sur un passage du CoUiget, que vint l'opinion bizarre et souvent répétée, qu'Averroès avait coutume de ne prescrire aucun remède à ses malades* Mais la plus ridicule, assurément, de toutes les méprises dont Averroès a été l'objet, est celle qu'on lit dans le Patiniana : « Averroès fut tué d'une roue de charrette, qui l'écrasa par malheur dans la rue^; » et dans Duverdier, cité par Bayle : « Averroès fut rompu par une roue qu'on

1 Cf. Brucker, t. III, p. 99.

' Etienne Pasquier (Lettres, t. II, 1. xix, p. 548) : « Combien de siècles avons-nous exercé la médecine, estimants qu'il ne falloit saigner un enfant jusques à ce qu'il eust atteint l'aage de quatorze ans, et que la saignée leur estoit auparavant ce temps non un remède, ains la mort! Hérésie en laquelle nous serions encore aujourdhuy sans Averroës Arabe, qui premier se hasarda d'en faire l'espreuve sur un sien fils, aagé de six à sept ans, qu'il guérit d'une pleurésie.»

» Hist. medic. pars II', p. 256.

* Bayle, note D. — Brucker, t. III, p. 108.

• P. 97 (édit. 1701).

lui mit sur l'estoniacV » Cette fable vient ou d'une confusion avec une autre fable, celle des tourments qu'il fit souffrir à Avicenne, ou d'une allusion à l'obligation où étaient les juifs (on sait qu'Averroès passa quelquefois pour israélile) de porter une roue en étoffe jaune sur leurs habits.

§ VI

Il faut donc se résigner à savoir peu de chose sur le caractère individuel d'Ibn-Roschd. Presque tout ce qu'on dit de lui appartient à la légende, et témoigne beaucoup moins ce qu'il fut que l'opinion qu'on s'était formée à son sujet. La masse de ses ouvrages nous prouverait que sa capacité de travail dut être énorme, même quand nous ne saurions pas par Ibn-el-Abbar qu'il employa pour la rédaction de ses livres dix mille feuilles de papier, et quand nous ne verrions qu'une exagération dans celte assertion du même auteur, qu'il ne passa, depuis sa première jeunesse, que deux nuits sans étudier: celle de son mariage et celle de la mort de son père^ On ne peut pas dire qu'Ibn-Roschd sorte par ses études du type commun des savants musulmans. Il sait ce que les autres savent : la médecine, c'est-àdice Galien; la philosophie, c'est-à-dire Aristole; l'astronomie, c'est-à-dire l'Almagesle. Mais il y ajoute un degré de

' Je n'ai pu retrouver cette citation dans la Bibliothèque de Diiverdier.

^ Voir les appendices i et iv.

critique rare dans rislamisme, et, parmi ses observations, il en est qui dépassent de beaucoup l'horizon de son époque *. Comme tout bon musulman, il joint à ses études profanes la jurisprudence (il savait par cœur le Mouatta*) et :'omme tout Arabe distingué, la poésie. La poésie n'était plus à cette époque, chez les Arabes, qu'une ingénieuse combinaison de syllabes : on ne doit donc pas être surpris de la voir cultivée par des esprits aussi peu lyriques qu'Ibn-Sina et Ibn-Roschd. Léon l'Africain nous apprend qu'Ibn-Roschd avait composé plusieurs pièces de poésie morales et galantes, qu'il brûla dans sa vieillesse*. Léon nous en a conservé un fragment qui pourrait en effet faire supposer qu'à quelques égards la sagesse ne fut chez IL'n-Roschd que le fruit des années. Ibn-el-Abbar préten 1 qu'il savait par cœur les divans de Molénabbi et de Habib et qu'il les citait souvent dans ses leçons*. La paraphrase de la Poétique d'Arislote atteste, en effet, chez son auteur une grande connaissance de la littérature arabe, surtout de la poésie anté-islamique. Les citations d'Antara,d'Imroulkais, d'Ascha, d'Abou-Témam, de Nabéga, de Molénabbi, du Kildb-el-Agdni (recueil des anciennes chansons arabes) , s'y retrouvent à chaque

i Voir, par exemple, une bien remarquable observation critique sur l'astronomie de Ptolémée, qui renfermait le germe d'un immense progrès. {In Metaph. 1. xiii, c. 8. 0pp. l. Vlll, loi. 154 v» )

"^ Ibn-el-Abbar (append. i).

» Apud Fabricium, Bibl. gr. t. XIII, p. 287.

* Append. i. Cf. Munk, Mélanges, p. 419, note.

page*. Cette paraphrase accuse, d'un autre côté, l'ignorance la plus complète de la littérature grecque, et on devait s'y attendre. Les Arabes n'ont connu de la Grèce que les philosophes et les auteurs scientifiques Pas un seul des écrivains vraiment caractéristiques du génie grec n'est venu jusqu'à eux, et sans doute ils eussent ét^ bien incapables d'apprécier des beautés aussi différentes de celles qu'ils recherchent. La logique, l'astronomie, les mathématiques, et jusqu'à un certain point la médecine, sont de tous les pays. VOrganon d'Aristote a été accepté par les races les plus diverses comme le code de l'entendement. Au contraire, Homère, Pindare, Sophocle , Platon même, auraient semblé fort insipides aux peuples de race sémitique, à peu près comme la Bible paraît aux Chinois un livre d'une souveraine immoralité. Quoi qu'il en soit, les bévues d'Ibn-Roschd, en fait de littérature grecque, sont vraiment de nature à faire sourire. S'imaginant, par exemple, que la tragédie n'est autre chose que l'art de louer, et la comédie l'art de blâmer*, il prétend trouver des tragédies ot des comédies dans les panégyriques et les satires des Arabes, et même dans le Coran' !

* Ainsi à la page 54 (édit. 1481), il cite les vers que le poëte Ascha chante à la foire dOcadh, en l'honneur de son hôte Mo hallak (Voy. Ciussin de Perceval, Essai sur l'hist. desArabei. avant l'Islam t. Il, p. 40Q.)

* Celte singulière théorie se trouve reproduite littéralement d'après Averroès, dans le prologue du commentaire de Benvenuto d'Imola sur la Divine Comédie.

' L'élégie n'est pas moins curieusement définie : « Species

L*exlrême légèreté avec laquelle les critiques et les historiens ont parlé de la philosophie arabe peut seule expliquer une erreur grossière qui, depuis d'Herbelot, a été souvent répétée. « Averroès, dit d'Herbelot», est le premier qui ait traduit Âristote de grec en arabe, avant que les juifs en eussent fait leur version; et nous n'avons eu longtemps d'autre texte d'Aristote que celui de la version latine qui fut faite sur la version arabique de ce grand philosophe, qui y a ajouté ensuite de fort amples commentaires, dont saint Thomas et les autres scolastiques se sont servis, avant que les originaux grecs d'Aristote et de ses commentateurs nous eussent été connus. » D'Herbelot pouvait ne pas connaître l'histoire des versions latines d'Aristote, qui n'a été soigneusement étudiée que depuis quelques années; mais en qualité d'orientaliste, il n'aurait pas dû ignorer : 1" qu'Aristote avait été traduit en arabe trois siècles avant Averroès ; 2" que les traductions d'auteurs grecs en arabe ont été faites presque toutes par des Syriens; 3° que peut être aucun savant musulman, et que certainement aucun arabe d'Espagne, n'a su le grec. Quoi qu'il en soit, cette opinion erronée paraît avoir régné assez généralement dès les premiers temps de

» vero poetriae quse elegia nominatur non est nisi incitatio ad » actus cohituales, quos amoris nomine obtegunt et décorant. » Ideoque oportet ut a talibus carniinibus abstrahantur filii, » instruantur et exerceanlur in carminibus quœ ad actus forlj- » tudinis et largitatis incitent. »

* Bibl. Orient, au mot Roschà.

la renaissance. Augustin Niplius' , Patrizzi*, Marc Oddo, dans la préface de l'édition des Juntes* , de 1552, Jean- Bapliste Bruyerin* , Sigonio*, Tomasini', Gassendi', Longuerue", Moréri', et en général tout le xvi® et le xvii^ siècle, ont considéré Averroès comme ayant introduit Aristote chez les Latins. D'Herbelot, reproduisant cette méprise, et y ajoutant un nouveau degré de précision, a été copié par Casiri ", Buhle ", Harles '*, de Rossi **, Middeldorpf '*, Tennemann", de Gérando ", Amable Jourdain ", A. de Humboldt^*, etc. La même faute a été commise dans le catalogue des manuscrits hébreux de la

1 In librum de Siibst. Orbis (Venise, 1508), f. 2. — In Phys, AuscuUationes Aristotelis (Venise, 1549) prœf.

'^Discuss. Peripat. 1. XII, p. 106 (Venise, 1571).

* Préf. du Colliget, p. 81 (édit. 1553),

•Opp t. II,p. 706 (Milan, 1732).

6 Gymn. Patav. p. 4 (Utini, 1654).

' Exercit. parad. adv. Aristot. (0pp. t. III, p. 1192.)

8 Longueruana, p. 68-69.

*Dict. crit. art. Averroès.

" Bibl. arab. hisp. t. I^r, p. 185.

" Aristot. 0pp. Prolegg. édit. Bipont. p. 323, 346.

" Ap. Fâhr. Bibl. gr, t. III, p. 306, note.

^* Dizionario degli autori arabi, p. 157.

^* De Instit. litt. in Ilisp. p. 67-68.

" Dans l'Encycl. d'Ersch et Gruber, art. Averroès.

" Hlst. comp. des syst. de phll. t. IV, p. -247 (édit. 1822). — M. de Gérando veutqu'Averroès ail fait sa traduction du syriaque .

" Biographie univ., art. Averroès.

" Hist. de la géogr. du nouveau continent, f, I^"", p. 97,

Bibliothèque impériale '; elle est stéréotypée poui longtemps dans tous les Conversations-Lexicon. Telle est, en histoire littéraire, la ténacité de l'erreur.

Ibn-Roschd n'a donc lu Aristote que dans les anciennes versions faites du syriaque par Honein Ibn-fshak, Ishak ben-Honein,Iahjaben-Adi, Abou Baschar Mata, etc. Usait mettre à profit tous les moyens exégétiques qu'il possède; il compare les différentes versions arabes*, il discute la valeur des leçons, il fait même parfois des observations critiques qui sembleraient supposer la connaissance de la langue grecque*. Mais ses bévues suffiraient pour prouver que le texte est toujours resté fermé pour lui. Un de ses ennemis les plus acharnés, Louis Vives*, les a curieusement relevées. Il confond Protagoras avec Pylhagore, Cratyle avec Démocrite ; Heraclite devient une secte philosophique, celle des Herculéens I Le premier philosophe de la secte des Herculéens a été Socrate, comme Anaxagore est le chef de l'école italique" !

Ces erreurs accuseraient, en effet, la plus grossière igno-

note. — La même faute s'est glissée dans le Dicî. des se. philos. t. III, p. 614-615. Quelques pages plus haut, elle avait été savamment relevée par M. Munk {Ibid. p. 160). 1 Catal. Codd. mss. BibL Regiœ, t. I", p. 19, 30.

* Métaph, XII, p. 323. — De anima, III, f. 175.

* In Prœdicam. f. 23. — De anima, 1. I, f. 114 v»; I. Il, f. 127, 130, 159; 1. III, f. 160 v«>, 195. — Phys. 1, I, f. 17; 1. Il, f. 34; 1. IV, f. 61. — Expos, média in Phys. f. 200, 203. — Destr.Destr. fol. 217 v».

* De causis corrupt. art. 1. V. 0pp. 1. 1", p. 141 (Bâle, 1555).

* Melaph. I, f, 22. Une méprise toute semblable a été commise

rance, si Tonne sono^eaitqu'ellessontpoiirlaplnpartlefait (les li-adiiL'tions qii'lbn-Roschd avait entre les mains, et. que les Arabes d'ailleurs ont manqué des notions les plus élé- (u niaires sur l'ensembleeiriiisloiredela liilérature grecque '.

Quant à la barbarie du lang:age d'Averroès, peut-on s'en éionncr quand on sonj^e que les éditions imprimées de ses œuvres n'olTrent qu'une traduction latine d'une traduction hébraïque d'un rommeniaire fait sur une traduction arabe dune traduction syriaque d'un texte grec; quand on songe surtout au génie si dilïérent des langues séuiitiques et de la langue greciiue, et à l'extrême subtilité du texte qu'il s'agissait d'éclaircir? Comment la pensée originale ne se serait-elle pas évaporée dans ces transfusions répétées? Si tous les secours de la philologie moderne, si toute la pénétration des mi'illeiirs esprits ne suffisent pas pour lever les voiles qui enveloppent pour nous la pensée d'Aristole, comment Ibn- Roschd, qui n'avait entre les mains que des versions souvent inintelligibles, aurait-il été plus heureux? L'on

nar l'auteur de la traduction arabe du dialogue de Cébès. Cébès, transporté d'admiration, s'écrie par moments: wHoâxÀee-: ! Le «Taducteur a cru que là c'était le nom de l'interlocuteur, et il a ajouté à la fin de l'ouvrage : Explicit expositio Herculis Socratici ad Cebetem Platonicum, etc.

^11 est remarquable pourtant qu'lbn-Roschd possède, sur l'époque où vécut Aristote, des notions assez justes. Il sait qu'Aristote a écrit 1500 ans avant lui. Voy. Steinschneider, Catal. Codd. hebr. Acad.Lugd. Bat. p. 65, et ci-dessous,p. 55.

est presque tenté de lui savoir gré de n'avoir pas fait plus de contre-sens, et de dire avec Isaac Vossius : Si grœce nescius, féliciter adeo mentem Aristotelis per spexit, quid non facturus^ si linguam scisset grmcam^f Après Aristote, les commentateurs grecs, Alexandre d'Aplirodisias, Themistius, Nicolas de Damas sont ceux dont les noms reviennent le plus souvent sous la plume d'Ibn-Roschd*. Parmi les Arabes, Ibn-Sina el Ibn-Bâdja sont les plus fréquemment cilés. Les opinions d'Ibn-Sina et d'Alexandre ne sont d'ordinaire alléguées que pour être combattues, et quelquefois avec une évidente partialité*. Ibn-Bâdja, au contraire, est toujours traité avec un profond respect, et si Ibn-Roschd se permet parfois de ne pas partager son opinion, ce n'est qu'en protestant de son admiration pour le père de la philosophie arabeespagnole*. En général, la polémique occupe une trèsgrande place dans les écrits d'Ibn-Roschd, et y introduit un ton de vivacité qui intéresse. Quelquefois l'enthousiasme de la science et l'amour de la philosophie l'élèvent jusqu'à un accent de moralité fort éloquent*. Ses com-

* De philos, sectis, c. xviii, p. 90.

* C'est sans doute par une erreur du copiste ou du traducteur que le nom de Cicéron se lit dans le commentaire sur le VI1I« 11- ♦ re de la Physique (p. 177, édit. 1552), et celui de Sénèque dans la traduction de la Poétique par Hermann l'Allemand.

» Phys. VIII, f, 173. — Meleor. I. III, f. 55 v°. — De gêner, et corr. 1. I, f 286 v» — De anima, 1. III, f . 169, 176 et suiv

* Phys. 1. IV, f. 74 v»; VI, f. 122, 13^.— /?e anima. III, f. 176 yo

* Voy. surtout les Prologues du Commentaire sur la Physique et de la Deslruction de la Destruction-

mentaires sont prolixes, mais sans sécheresse; la personnalité de Tauteur se montre dans les digressions et les réflexions qu'il sait amener aux endroits importants. Ajoutons, cependant, que ces commentaires ne peuvent avoir pour nous qu'un intérêt historique, et qu'on perdrait sa peine, si l'on cherchait à en tirer quelque lumière pour l'interprélaîion d'Aristote. Autant vaudrait, pour mieux comprendre Racine, le lire dans une traduction turque ou chinoise,et, pour sentir les beautés de la littérature hébraïque, s'adresser à Nicolas de Lyre ou à Cornélius a Lapide.

§VII

L'admiration superstitieuse d'Averroès pour Aristote a été souvent remarquée. Pétrarque s'en est égayé'; Gassendi l'a rapprochée du culte de Lucrèce pour Épicure'; Malebranche s'en est fait une arme dans sa lutte contre l'aristolélisme*. « L'auteur de ce livre, dit Ibn-Roschd, dans la Préface de la Physique, est Aristote, fils de Nicomaque, le plus sage des Grecs, qui a fondé et achevé la logique, la physique et la métaphysique. Je dis qu'il les a fondées, parce que tous les ouvrages qui ont été écrits avant lui sur ces sciences ne valent pas la peine qu'on en

* Desuiipsius etmult. ignor. 0pp. t. II, p. 1052.

* 0pp. t. !•', p. 396 (Liber Proœmialis univ. philos.), et t m. p.ll92{Exercit. paraà. adv. Arist.).

* Recherche de la Vérité, 1. H, part. II, chap. vu.

ATBRROÈS. 55

parle, et ont été éclipsés par ses propres écrits. Je dis qu'il les a achevées, parce qu'aucun de ceux qui l'ont suivi jusqu'à notre temps, c'est-à-dire pendant près de quinze cents ans, n'a pu rien ajouter à ses écrits, ni y trouver une erreur de quelque importance. Or, que tout cela se trouve réuni dans un seul homme, c'est chose étrange et miraculeuse. L'être ainsi privilégié mérite d'être appelé divin plutôt qu'humain, et voilà pourquoi les anciens l'appelaient divin^.y> — « Nous adressons des louanges sans fin, dit-il ailleurs', à celui qui a prédestiné cet homme (Aristote) à la perfection, et qui l'a placé au plus haut degré de l'excellence humaine où aucun homme dans aucun siècle ait pu parvenir ; c'est à lui que Dieu a fait allusion, en disant (dans le Coran) : Cette supériorité, Dieu l'accorde à qui il veut. » — « La doctrine d' Aristote, dit-il encore*, est la souveraine vérité; car son intelligence a été la limite de l'intelligence humaine, de sorte qu'on peut dire de lui à bon droit qu'il nous a été donné par la Providence pour nous apprendre ce qu'il est possible de savoir. » — « Aristote est le principe de toute philosophie; on ne peut différer que dans l'interprétation de ses paroles et dans les conséquences à en tirer*. » — « Cet homme a été la règle de la

M. Ritter a observé avec raison que ce passage est fort différentdansles deuxversionsialinesducommentairedelaPbysique. De gêner, animal. 1. L

• Destr. Destr. 1. 1, dissert. m.

* Epist. de conn. intell, abstracti cum homine, init. (t. X, édit. 1560).

nature et comme un modèle où elle a cherché à exprimer le type de la dernière perfection*. » Tout cela équivaut à peu près aux paroles que lui prête Balzac, « qu'avant qu'Aristote fût né, la nature n'était pas entièrement achevée; qu'elle a reçu en lui son dernier accomplissement et la perfection de son être ; qu'elle ne saurait plus passer outre ; que c'est l'extrémité de ses forces et la borne de l'intelligence humaine\ » Au fond, ces expressions n'ont rien de plus fort que celles q>\e l'on trouve à chaque page dans les auteurs chrétiens, depuis le grand avènement d'Aristote, au xii^ siècle. Une opinion très-répandue attribuait à sa philosophie une source surnaturelle; un démon (bon? mauvais?) la lui avait révélée; l'antechrist seul en aura le secret*.

Peut-être même ces éloges exa^^érés ne doivent-ils pas être pris trop au sérieux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Ibn-Roschd distingue parfois entre son opinion et celle du texte qu'il commente. Jamais, sans doute, il ne se permet d'exprimer dans son commentaire une pensée différente de celle de son maître; mais, d'un autre côté, il prend soin de nous avertir qu'il n'accepte pas la responsabilité

* De anima, 1. III, f. 169 (1550). Cf. Meteor. 1. III, f. 55 y» édit. 1560). Ce passage avait déjà été remarqué et cité par Albert, De anima, 1. III, tr. 2, cap. 3, 0pp. III, p. 135, par Roger Bacon {Opus Majus, p. 36), par Gilles de Roaie (Quodl III, quaest. 13), par Patrizzi, Discuss. Perip. t. l", f. 98 et 106 (Venet. 1571).

* Disc, à la suite du Socrate chrétien, p. 228 (Paris, 1661)

* Bayle, art. Àriatotê.

des doctrines qu'il expose. A la fin de son commentaire moyen sur la Physique', il déclare qu'il n'a eu d'autre intention que d'énoncer le sentiment des péripatéticiens, sans dire sa propre opinion, et que, comme Gazzali, il a voulu seulement faire connaître les systèmes des philosophes, pour qu'on puisse les juger en toute connaissance de cause et les réfuter s'il y a lieu. A la fin de sa lettre sur l'union de l'intellect séparé avec l'homme*, il décline également la responsabilité des doctrines qui y sont contenues. Peut-être n'était-ce là qu'une précaution pour philosopher plus librement à l'ombre d'autrui. Il faut convenir au moins que ce tour est très-fréquent chez les Arabes. Ibn-Tofaïl ' fait remarquer qu'Ibn-Sina renvoie sans cesse ceux qui veulent connaître sa véritable pensée à sa Philosophie orientale, et qu'il dit souvent dans ses commentaires des choses qu'il ne croit pas. Gazzali, dans le Makand al-Falasi/a, expose les systèmes des philosophes avec une assurance qui pourrait faire supposer qu'il énonce sa propre opinion, et pourtant il n'a d'autre but que de préparer la réfutation qu'il veut faire de ces systèmes. Peut-être bien des contradictions de la philosophie antique s'expliquent-elles ainsi par la facilité avec laquelle on consentait à emprunter pour un moment le langage et les allures d'une école, sans s'jr engager d'une manière absolue.

* Passage inédit, cité par M. Munk (l.c.,p. 165). *Opp. t. X, f. 360 (édit. 1560).

* PhiL mUodidact. ledit. Poc.ooke), p. 19.

89 AVBRROftS^

§ VII

Averroès est arrivé à la célébrité chez les Latins à un double titre : comme médecin et comme commentateur d'Aristote; mais la gloire du commentateur a de beaucoup surpassé celle du médecin. De quelque réputation qu'ait joui le Colliget, il n'a jamais atteint l'autorité magistrale du Canon d'Avicenne. Des nombreux commentaires d'Ibn- Roschd sur Galien, aucun n'a été traduit ni en hébreu ni en latin. En médecine du reste, comme en philosphie, Ibn- Roschd est disciple d'Aristote. Il a écrit un ouvrage ex professa pour le concilier avec Galien ; quand l'accord est impossible, Galien est toujours sacrifié. C'est d'après la doctrine du philosophe qu'il envisage le cœur comme l'organe principal et la source de toutes les fondions de la vie animale*. Son système médical n'a du reste aucune originalité.

Comme astronome et comme jurisconsulte, Ibn-Roschd ne présente non plus aucune physionomie bien caractérisée*. C'est par son Grand commentaire qu'il est jirrivé à constituer un des pôles de l'autorité philosophique : La nature interprétée par Aristote. — Aristote interprété par Averroès.

» Cf. Sprengel, Hist. de la médec. t. II, p. 381. — Freind, Hist. medic. p. 255 et suiv.

* Voir cependant un beau passage cité par M. Munk, Mélan^ ges,p. 430, note.

Ibn-Roschd a composé sur Aristote trois sortes de commentaires* : le grand commentaire, le commentaire moyen, les analyses ou paraphases*.

La forme du grand commentaire appartient en propre à Ibn-Roschd. Les philosophes qui l'avaient précédé, Avicenneet Alfarabi, n'avaient employé d'autre commentaire que la paraphrase, dans le genre de celle d'Albert le Grand. On fondait le texte aristotélique dans une exposition suivie, où le texte et la glose restaient indistincts. La méthode d'Ibn-Roschd dans le Grand Commentaire est toute différente. Il prend l'un après l'autre chaque paragraphe du philosophe qu'il cite in extenso, et l'explique membre par membre, en distinguant le texte par le mot kâla (il dit), équivalant aux guillemets. Les discussions théoriques sont introduites sous forme de digressions ; chaque livre est divisé en sommes, subdivisées elles-mêmes en chapitres et en textes*. Ibn-Roschd a évidemment emprunté aux commentateurs du Coran ce système d'exposition littérale, où ce qui appartient à l'auteur est soi-

* L'habitude de composer trois commentaires sur un même ouvrage est fréquente chez les Arabes. Voy. Reinaud, Introd. aux Séances de Hariri, p. 61.

» Abd-el-Waliid-el-Marrékoschi nous apprend que les analyses réunies formaient un volume d'environ 150 pages, tandis que les grands commentaires formaient en tout quatre volumes (p. 175, édit. Dozy).

* Ces divisions furent adoptées universellement dans les éco* les péripatéticiennes de l'Italie. Cf. Patrizzi, Discuss. Perip t. 1", f. 98.

gneusement distingué de ce qui appartient au glossateur*.

Dans le commentaire moyen, le texte de chaque paragraplie est cité seulement par ses premiers mots, puis le reste est expliqué, sans distinclion de ce qui est d'ibn- Roschd ou de ce qui est d'Arislote.

Dans la paraphrase ou analyse, Ibn-Roschd parle toujours en son propre nom. Il expose la doctrine du philosopiie, ajoutant, retranchant, allant chercher dans les autres traités ce qui complète la pensée, introduisant un ordre et une méthode de son choix. Les paraphrases sont ainsi de véritables traités sous le mêiiie titre que ceux d'Arislote. C'est surtout par les titres qu'Aristote a régné sur l'esprit humain : les étiquettes de ses livres sont restées, pendant près de deux mille ans, les divisions de la science elle-même.

Il est certain qu'Ibn-Boschd ne composa ses grands commentaires qu'après les autres*. A la fin de son grand commentaire sur la physique, achevé en 1186, on lit dans

* Les commentaires de cette forme, les vrais commentaires, s'appellent scharh ou tefsir en arabe. Les commentaires moyens s'appellent telkhis. Les paraphrases ou abrégés sont désignées du nom de djewâmi, correspondant à summa ou (tvvo-^lç. Les deux dernières expressions sont un peu confondues dans Abdel-Wahid(l. c.)

* iVJunk, Mélanges, p. 43L C'était une opinion généralement répandue à la renaissance qu'il composa ses paraphrases dans la jeunesse, ses commentaires moyens dans 1 âge mûr et ses grands commentaires dans la vieillesse. Cf. Niphus, In Phys. Auscult. proœm. Venise, 1549. et la préface de l'édition des Juntes de 1552 (f. 2 V).

les traductions hébraïques : « J'en ai fait un autre plus r.ourl dans ma jeunesse'.» Souvent dans ses coniaien- .■aires moyens, il promet d'en écrire de plus développés. Enfin plusieurs des ouvrai;es d'Ibn-Rosclid ont des souscriptions que les traducteurs hébreux ont conservées, et qui offrent le moyen de déterminer jusqu'à un certain poml la série de ses travaux*.

Avant 1162 : LeColUget*.

1169 : Paraphrase sur les livres des Parties et de la Génération des animaux. (Séville.)

1170 : Commentaire moyen sur la Physique et sur les Analytiques Postérieurs. (Séville.)

1171 : Commentaire sur le De CœloetMundo. (Séville.^ 1174 : Paraphrase sur la Rhétorique et la Poù'lique;

commentaire moyen sur la Métaphysique. (Cordoue.) 1176 : Commentaire moyen sur rÉlhique à Nicomaque.

1178 : Quelques-unes des parties du De Subatanlia Orbis. (Maroc.)

1179 : Voies pour la démonstration des dogmes religieux. (Séville.)

1186 : Grand commentaire sur la Physique. 1193 : Commentaire sur le De febribus de Galien. 1195 : Questions sur la logique (écrites pendant sa disgrâce).

^ Pasini, Corfd. mss. regii Taurin. Athenœi, pars I», p. 52.

* Bartoiocci, VVolf, Pasini ont commis sur ces dates de trèsgraves erreurs, par suite d'une conversion erronée des années de l'hégire en années de l'ère vulgaire.

• Voir Munk, Mélanges, p. 429-430, note.

6S AVERROèS.

Nous possédons le.; trois espèces de commentaires, soit en arabe, soit en hébreu, soit en latin, sur les Seconds Analytiques, la. Physique, les traités du Ciel, de l'Ame, et la Métaphysique. Sur les autres livres d'Aristote, nous n'avons que les commentaires moyens ou les paraphrases, ou les deux à la fois. Les seuls ouvrages d'Aristote sur lesquels il ne reste aucun commentaire d'Ibn-Roschd sont les dix livres de ['Histoire des Animaux^ et la Politique^. Le commentaire sur l'Histoire des Animaux a certainement existé. Ibn-Abi'Oceibia, Abd el-Wahid et la liste arabe des ouvrages d'Ibn-Roschd qui se trouve dans le manuscrit 879 de l'Escurial, le mentionnent expressément*. Quant à la Politique, Ibn-Roschd nous apprend lui-même dans l'épilogue de son commentaire moyen sur l'Éthique, que la traduction arabe de cet ouvrage d'Aristote n'était pas encore connue en Espagne*. Au commencement de son commentaire sur la République de Platon, il dit expressément qu'il n'a entrepris l'explication de cet ouvrage que parce que les livres d'Aristote sur le même sujet n'étaient pas parvenus jusqu'à lui.

' Sur une prétendue version hébraïque du commentaire de ï Histoire des animaux, voir Steinschneider, Catal. Codd. liebr.Acad. Lugd. Bat. p. 69, note.

* Nous n'avons rien sur les Grandes Morales et les Morales à Eudème. Les Arabes réunissent d'ordinaire les Grandes MO' raies aux Morales à Nicomaque , qu'ils composent ainsi dd douze livres iCf. Wenrich, op. cit. p. 136).

* Voy. ci-dessus, p. 2L

* 0pp. t. IH, f. 317 v», 318 r» (édit. 1560)

On a pu croire, à l'inspection des éditions latines d'Averroès, qu'il ne connaissait pas les livres XI, Xllt et XIV de la Métaphysique : on ne trouve en effet dans ces éditions aucun commentaire sur les trois livres précités *. Mais M. Munk a fait observer qu'il existe en hébreu un commentaire moyen sur ces trois livres ^. M. Sleinschneider a découvert de nouvelles traces des études d'Averroès sur le texte entier de la Métaphysique, dont certaines parties avaient été jusqu'à lui fort négligées '.

Quelques autres commentaires ne nous sont connus que par des indications vagues ou inexactes. Labbe, Wolf, de Rossi* parlent d'un commentaire sur le De Musica; mais 11 est évident qu'ils ont été trompés par l'équivoque du mot qui, en hébreu, désigne la Poétique, et que le livre qu'ils ont en vue est la paraphrase de cet ouvrage, traduite par TodrosTodrosi. Bernard Navagero*, dans une letlre écrite aux Juntes, assure avoir vu à Constantinople le grand

* Ravaisson, Métaph. d'Arist. i. 1", p.81. — Jourdain, Recherches sur les trad. lat. d'Aristote, p. 178. Le XI» livre manque aussi dans Albert; le XIII« et le XIV^ dan? saint Thomas.

' Mélanges, p. 434-35. — Cf. Pasini, Codd. mss. regii Taurin. Athenœi, I, p. 14-15.

* Catal. Codd. hebr. Acad. Luyd. Bat. p. 52, 57-58.

* Labbe, Nova Bibl. mss. (Paris, 1652, in-4o), p. 116, 306. — Wolf, Dibl. hebr. I, p. 20. — De Rossi, Codd. hebr. t. II, p. 9-10.

» Édit. Junt. 1552, t. I", f. 20 v». Proœm.

commentaire sur les deux livres des Plantes. Ibn-Roschi n'ayant fait de grand commentaire que sur les livres qu U avait déjà paraphrasés et exposés auparavant, il est difficile de croire qu'il eût donné tant de soins à ce livre sans qu'il en fût rien venu jusqu'à nous. C'est aussi par erreur que Fabricius attribue à Averroès des écrits sur les Phy siognomiquesi. En général le commentateur a distingué les livres authentiques et les livres apocryphes du philosophe avec beaucoup de sûreté.

Outre ces commentaires, Ibn-Roschd a composé un grand nombre d'ouvrages, dont l'énumération complète offre de très-grandes difficultés. Les catalogues que nous en ont transmis les biographes arabes sont loin de coïncider entre eux et avec ce que nous avons entre les mains. Souvent un même titre désisne des traités dilférents; plus souvent un même traité est donné sous des titres divers; quelquefois enfin des traités sont formés par l'agglutination de plusieurs autres. Dans un manuscrit arabe de l'Escurial (n° 879J ^, où se trouve une liste des ouvrages d'Ibn-Sina, d'Alfarabi et d'Ibn-Roschd, figurent sous le

* Bibl. gr. t. III, p. 252 (édit. Harles).

• Je dois la copie de ce document, si important pour le sujet qui m'occupe, à MM. José de Alava et Tomâs M unoz, secrétaire de l'Académie historique de Madrid, qui ont mis à me rendre service dans cette circonstance un empressement dont je leur suis profondément reconnaissant.

AVEKHOÊS. 65

nom de ce dernier soixaulediK-liuit ouvrages de philosophie, de médecine, de jurisprudence et de théologie. Ibn-Abi-Oceibia, de son côté, en énumère au moins cinquante. Ibn-el-Abbar n'en nomme que quatre*. En recueillant ces diverses indications, en les comparant aux écrits que nous possédons, et en retranchant les doubles emplois, voici la liste qu'on serait amené à dressera

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