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matière est éternelle, et que Moïse n'a entendu décrire au premier livre de la Genèse que l'arrangement des choses, il ne croit pas non plus que l'éternité du monde soit une bien grave hérésie. Sa doctrine sur la hiérarchie des sphères et l'action divine qui les rnftache l'une à l'autre, est identiquement celle des philofiophes. Comme eux aussi, il rejette toute assimilation de Dieu aux créatures: on peut dire de Dieu ce qu'il n'est pas, mais on ne peut dire ce qu'il est. Il n'ose même attribuer à Dieu l'existence, l'unité et l'éternité, de peur que ces attributs ne soint considérés comme distincts de la substance divine, et surtout de peur d'admettre quelque chose qui ressemble aux hypostaseschrétiennes\ C'est la pure doctrine de&Moattils. Sa théorie de l'intellect se distingue à peine de celle d'Ibn- Rosclid. Au-des^us de l'intellect matériel, dépendant des sens, est l'intellect acquis, formé par l'émanation de l'intellect universel, en acte perpétuel, qui est Dieu lui-même. Les êtres séparés de la corporéité n'admettent pas la multiplicité; il n'y a donc qu'une seule âme*. Maimonide semble pourtant individualiser l'intelligence plus que ne le fait le Commentateur, et attribuer à l'âme une substance distincte. La résurrection l'embarrasse; il cherche à l'expliquer sans arriver à rien de satisfaisant. Il faut même reconnaître que ses obje'ctions vont parfois jusqu'à attatiuer l'immortalité. La perfection de l'homme consiste à cultiver et à élever sa nature par la science. La science
1 Guide des égarés, l, p. 225 et suiv. (trad. Munk). * Ibid. p. 434-435.
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eslle vrai culte que l'on doit à Dieu ; par la science, la vision béatifique peut comrn'încer ici-bas; mais la science nVst pas accessible à tous; Dieu y a suppléé, pour les simples, par le propbélisme. Le propliélisine est un élal naturel plus parfait que celui du vulgaire, où arrivent quelques bommes privilégiés. La révélation prophétique ne dilTère pas, au fond, de l'infusion de l'intellect actif ou, en d'autres termes, delà révélation permanente de la rai.son.
§ III
Pour qu'une telle doctrine pût s'anppler Averroïsme, il n'y manquait que le nom d'Averroès. Sous la haute recommandaiion de Maimonide, ce nom devint presque instantanément cbez les juifs la première autorité philosophique. Une curieuse lettre de Joseph ben-Juda, disciple de Maimonide, adressée à son maître, nous révèle d'un mot l'importance que le Commentateur, peut-être déjà de son vivant, avait acquise chez les juifs. « Hier, ta fille bien-aimée. Pléiade, la belle, la charmante, a trouvé grâce devant moi. La jeune fille m'a plu, et je me suis fiancé sincèrement avec elle, selon la loi donnée sur lo Sinaï. Je l'ai épousée par ces trois choses : en lui donnant pour dot l'argent de l'amitié; en lui écrivant un contrat d'amour, car je l'aimais; et en l'étreignant, comme le jeune homme étreint la vierge. Et après l'avoir acquise de
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îoutes ces manières, je l'invitai au lit nuptial de l'amour ; je n'employai ni la persuasion ni la violence, mais elle me donna son amour, parce que je lui avais donné le mien, et que j'avais attaché mon âme à la sienne. Tout cela s'est passé devant deux témoins bien connus, les amis Btn- Obeid-Allah (Maimonide) et Ben-Rosghd. Mais elle était encore dans le lit nuptial, sous mon pouvoir, que déjà elle me devint infidèle et se tourna vers d'autres amants'.... » Cette fiancée, c'est la philosophie, que Joseph ben-Juda avait reçue en mariage de son maître, et dont il ne relirait pas, à ce qu'il paraît, toute la satisfaction désirable Nous devons au goût de Joseph ben-Juda pour les allégories une explication non moins curieuse du Cantique des Cantiques. La Sulaniite est l'âme individuelle cherchant à s'unir par l'amour à l'intellect actifs. 11 en est de même de la lutte de Jacob avec l'ange. C'est Ydme intellectuelle de Jacob qui lutte et fait effort pour arriver au degré de Viniellect actif, représenté par l'ange; mais elle n'y peut atteindre, tant qu'elle est enchaînée par les hens du corps, et la lutte dure jusqu'au lever de l'aurore, c'est à-dire jusqu'à ce que l'âme, délivrée des ténèbres de la matière, soit arrivée à la lumière éternelle*. Un intéressant récit, qui nous a été conservé par Djemâl-eddîn al-Kifti, dans son Histoire des philosophes, et qui a
* Munk, Notice sur Joseph ben-Juda, p. 62.
2 Steinschneider, dans lE/icycL d'Erscli et Grubcr.art. /05e/ [IbJi) Aknin, p. 53 et suiv.
* Munk, op. cit. p. 55.