‹ Averroès et laverroïsmeChapitre 30 sur 49 · XII · texte numérisé non relu

XII

Mais c'est surtout à Garlande et dans la rue du Fouarre qu'il faut, ce me semble, clierclier le fo>er des erreurs averroisliques si souvent condamnées dans le cours du xiii« siècle*. Déjà, en 1240, Guillaume d'Auvergne, alors évêque de Paris, fait censurer plusieurs propositions empreintes d'araliisme, et qui paraissent extraites du livre De Causis*. En 1269, c'est l'averroisme formellement exprimé que nous allons voir sous le coup de ranallième*.

ï Publié dans B. J. Docen, Misceilaneen zur Gesch. der teutscheii Lileratur (ÎHunicti, 1809). p. 138 ei suiv.

* Scinius eiiim quod lemporibus iiostris Parisiis diu fuitcontradictum nalurali philosophiae et inelaphysicae Aristotelis, per Avicennae et Averrois expositiones, et ob densara ignorantiam fuerunt libri eorum excommunicati. et ulentes eis per tempora salis longa. [Opus majus, p. 14.) Bacon écrivait ceci en 1267, par conséquent avant lacondaninatitm de 1269, où l'averroïsme est, pour la première fois, noinniénienl désigné.

' Errures Parisiis condeinnati, ad calcem Sentent. Pétri Lombard! et dans d'Argentré, Collectio judiciorum, 1, 186 et suiv. — Uibl. Max. ?atrum, t. XXV, p. 329 sqq.

* Du Bonlay, IIis Univ. Paris, t. 111, p. 397. — Crevier, Hist. de l'Univ. de ?aris, t. Il, p. 79. — Dibl. Max. Pairum t. XXV, p. 3ôi et buiy.

Etienne Tempier, évêque de Paris, ayant rassemblé le conseil des maîtres en théologie, le mercredi avant la fête de Saint-Nicolas (6 décembre), condamna, de concert avec eux, treize propositions, qui ne sont presque toutes que les axiomes familiers de l'averroisme : « Quod intell^iclus hominum est unus et idem numéro. — Quod mundus e?t seternus. — Quod nunquam fuit primus homo. — Quod anima, quse est forma hominis, secundum quod homo, corrumpilur corrupto corpore. — Quod Deus non cognoscit singularia. — Quod humani aclus non reguntur providentiadivina. — Quod Deus non potest dare immortalitatem vel incorruplionem rci corruptibili vel mortali. >

Voilà les doctrines hardies qui s'agitaient à Paris au milieu du xiii« siècle, et pour qu'aucun doute ne reste sur leur origine, quelques manuscrits nous présentent les censures d'Etienne Tempier jointes aux œuvres d'Averroès, comme le remède à côté du maP. Toute condamnation dans l'histoire ecclésiastique suppose une erreur professée, de même que toute mesure de réforme suppose un relâchement. Il faut donc penser que, vers le milieu du xiii" siècle, la foi de plusieurs fut ébranlée dans l'Université de Paris, et que les scandaleuses propositions de l'averroisme trouvèrent de l'écho chez quelques maîtres. On peut même affirmer que les opuscules d'Albert et de saint Thomas Contra Averroistas étaient personnellement dirigés contre les professeurs de la rue du Fouarre, et con-

^ Ainsi le n» 33 de la Bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier,

coururent avec les condamnations de 1269*. Aucun doute n'est permis à cet égard, quand nous voyons un frère prêclieur de Paris, nommé Gilles, peut-être Gilles de Lessines, adresser vers cette époque au vieil Albert, retiré de la lutte, onze propositions averroïstes, professées par les maîtres de l'Université, et presque identiques à celles qui avaient été condamnées*. Albert écrit contre ces propositions un traité spécial, Liber determinativns ad Parisienses, maintenant perdu, mais que Pierre de Prusse, son biographe, avait entre les mains et dont il donne les premiers mots*. On ne peut douter également que le traité de saint Thomas Contra Averroistas, ne soit dirigé contre les mêmes adversaires. Guillaume de Tocco, son biographe, le dit expressément : « Quem errorem, dit-il en parlant de la doctrine de l'unité des âmes, quum essent

' Idem error Averrois iterum puUuIavit Parisiis post mortem Alexandri papse, ita ut magni doctores ibidem contra Averroistas frequentius disputarent: quorum disputatio par Alberli senientiam robur accepit, licet absens esset corpore. Petrus de Prussia, Vita Alb. MagnL p. 239. (Antv. 1621.) Cf. C. Jourdain, Phil. de S. Thomas d'Aquin, t. I, p. 139, 153, 307

* Venerabili in Christo.... Articulos quos in scholis proponunt magistri Parisiis, qui in philosophia majores reputantur, vestrae Paternitati, tanquam vero intellectu illuminato, transmittere dignum duxi, ut eos jani in multis congregationibus impugnalos, vos otio vestri imperii terminelis. Priraus est quodintellectus omnium hominum est unus et idem numéro, etc, {Ibid )

» Ibid. 239-40, 293. Quétif et Echard, Script, ord. Prœd. I, 179, 180, 372. — Hist. litt. de la Fr. t. XIX, p. 350.

scholares Golardiee imitantes, qui Averrois erant coiU' muniter sectantes, poterat praedictus error plures inficere, quibus potuissent praedictum errorem sopliisticis rationibus persuadt^e*. » Quétif et Échard font observer avec raison qu'il faut lire dans ce texte Garlandim au lieu de Golardiœ. Les mêmes bibliographes nous a|)prennent que l'opuscule de saint Thomas porte quehjuefois pour titre Contra Averroùias Parisiens! s*. Une liste des livres du couvent de Sainte-Catherine, de Pise, presque contemporaine de saint Thomas, attribue au docteur angélique un Liber contra Matjistros Parisiennes^. Il est trèspossible, à la vérité, que ce livre ne soit autre chosequc l'un des écrits de circonstance que saint Thomas publia dans la lutte des Memlianls et de l'Université, par exemple VOpus contra pestiferam doctrinam retrahentium homiaes a rtligionis ingressu, dirigé contre Guillaume de Samt- Amour, et qui se trouve parmi les Opuscules de saint Thomas immédiatement api'ès le Contra Averroistas. Mais ce rapprochement môme n'est il pas significatif? N'est-il pas bien remarquable aussi que dans Ténu mération des hérétiques terrassés par saint Thomas, Guillaume de Tocco place Guillaume de Saint-Amour immédiatement après Averroès*? Remarquons encore que saint Tho-

1 Acta SS. Maria, t. 1»^, p. 666.

* Script, ord. Pra>d. t. le"", p, 334. Dans d'antres éditions, ce traité est intitulé: Contra quenidam Averroisiam, ou, ce qui est plus sinjîiilier, Contra quemdnm niilitem in Golardia.

» Archives de Vieusseux, l. VI, 2'' pari. p. 412.

* Pierre de Prusse, dans la vie d'Albert le Grand, rapproch»

inas composa son traité Contra Averroistas, dans les dernières années de sa vie \ par conséquent vers l'époque de la condamnation de l'averroïsme sous Tempier, vers l'époque aussi où Albert composa ses réponses à frère Gilles, contre les professeurs de Paris. Enlin les derniers mois du truite semblent un déli à l'adresse des galetas re- 'entissants de la rue du Fouarre : « Si quis autem gloriabundus de falsi nominis scientia, velit contra haec quaa scripsimus aliquid dicere, non loquatur in angulis nec coram pueris qui nesckmt de causis arduis judicare^ sed contra hoc scriptum scribat, si audet, et inveniet non solum me, qui aliorum sum minimus, sed mullos alios qui veritatis sunt cultores, per quos ejus errori resistetur, vel ignoninli.'B consuletur. * VOpus conira pestiferam doctrinam, qui est dirigé, personne ne le conteste, contre les maîtres de Paris*, finit presque par les mêmes mots.

Le petit nombre d'ouvrages célèbres que nous a légués l'Université de Paris, au xiii* siècle, ne permet pas de déterminer quels étaient les maîtres à qui s'adressait cette orgueilleuse menace. Ce Siger, qui syUogisa d'impor-

de même les Willelmistes des Àverroïstes. P. 293. (Antverpiae, 1621.)

' Contra quem errorem jampridem multa conscripsimus .., (Inil. tract.) — Bernard de Rubeis suppose que ce traité fut écrit à Paris, après 1269, lorsijue saint Thomas fut pour la seconde fois recteur delà maison de la rue Saint-Jacques. (Adnol. prajvu inédit. Venet. 1787, 8°, t. .\1.\, p. 225./

• Bist. litt. t. XXI p. 496-y7.

tunes vérités, et que Dante, par reconnaissance sans cloute pour les leçons qu'il avaitreçues de lui, place dans le Paradis à côté d'Albert et de saint Thomas; ce Siger resté obscur, parce qu'il n'eut pas pour arriver à la renommée l'appui d'un ordre religieux, et que l'un de ses doctes héritiers devait tirer de l'oubli*, n'est-il pas un des maîtres que l'opulence des Mendiants trouvait bon d'msulter dans leurs pauvres réduits? En effet, il cite souvent Averroès et Moïse Maimonide, et dans son traité De Anima intelleciiva^, les questions averroïsles sur la corruptibilité de l'âme, la multiplication du principe pensant avec les corps, sont trésnettement posées. Les dons de livres faits à l'Université de Paris, en 4271 ', par Siger et Géraudd'Abbeville, attestent, d'un autre côté, leur penchant pour l'arabisme. Le fonds de Sorbonne, qui représente les études courantes de l'Université de Paris au xiu^et au xiv^ siècle, renferme jusqu'à neuf manuscrits d'Averroès, tandis que les fonds de Saint- Victor et de Saint-Germain n'en possèdent qu'un ou deux. Quelques-uns de ces manuscrits portent les traces d'un usage journalier dans l'enseignement : ainsi le n° 942 contient des leçons extraites mot à mot du grand commentaire; à la fin du n" 943, on lit cette note du possesseur : Commentaria ista constiterunt (lorenos XXX^ pretio inœstimabilia, quum in eis veritas philosoplum

^ Hist. litt. delaFr. t. XXI, p. 96etsuiv. (Art. de M. Victoï Le Clerc.)

* Sorb. no 963, f. 53 xo.—Hist. litt. de la Fr. l. c. p. 123.

• Ibid. p. 477.

naturalis et philosophim primm coniineatur tota et perfecta .

Mais ce qui prouve mieux que tout le reste combien les doctrines averroïstes obtenaient de faveur auprès des maîtres de Paris, c'est qu'après les nombreuses condamnations dont elles avaient été l'objet, après l'avertissement donné en 1 271 au recteur de l'Université et au procureur de la faculté des Arts de ne plus souffrir qu'on traitât dans les écoles les questions qui avaient déjà soulevé tant d'orages*, nous les trouvons en 1277 agitant de nouveau l'Université et provoquant une condamnation plus explicite que les précédentes. Cette sentence fut encore rendue par Etienne Tempier, après une discussion très-vive qui eut lieu à l'évêché. Voici quelques-unes des propositions condamnées* : « Quod Deusnon potest facere plures animas in numéro. — Quod Deus nunquam plures creavit intelligentias quam modo créât. — Si non esset sensus, forte intellectus non distingueret inler Socratem et Platonem, licet distingueret inter hominem et asinum. — Quod intelligentia, animus vel anima separata nusquam est. — Quia intelligentiee non habent materiam, Deus non posset plures ejusdem speciei facere. — Quod intellectus est unus numéro omnium, licet omnino separetur a corpore hoc, non tanien ab omni. — Quod motus cœli sunt

* Du Boulay, t. III, p. 398.

2 On peut en voir la liste complète dans du Boulay (III, 433), dans la Bibl. Max. Patr. (1. c), dans d'Argentré, Collectio judiciorum, I, 177 et suiv.et à la suite des Sentences de Pierre Lombard.

S74 AVERROfeS.

propter aïiimam intellectivam. — Anima separata non est alterabilis secundum phUosophiam, licet secundum fic?cm alteretur. — Qnod scientia magistri et discipuli est una numéro. ~ Qiiod iiitellectus agens non est forma corporis humnni. — Quod inconveniensf^slponerealiquos intellectus nobilioresaliis : qiiiaquiim illa diversitas non possit esse a parte corporum, oporlel ut sit a parte intelligentiarum. Error, quia sic anima Christi non esset nobilior anima Judae. — Quod non fuit priiiius lioino nec ullimusecit. — Quod mundus est œlcrnus. — Quod iinpossibileestsolvere rationesPhilosophi de aelernilate mundi.

— Quod naturalis philosophus simpliciler débet negare mundi novitalem, quia nitiUircausis et rationibus naluralibus : fidelis autem potest negare mundi aelernitatem, quia nititur causis supernaiuralibus. — Quod creatio non est possibilis, quamvis contrarium sit tenendum secundum fidem. — Quod corpora cœleslia moventur principio extrinseco, quod est anima. — Quod non contingit corpus corruptuin redire unum numéro, nec idem numéro resurget. — Quod resurrectio lulura non débet credi a philosopho, quia impossibilis est invesligari per rationem. Error, quia philosophas débet cap tivare intellectum in obsequium fidei. ».

Mais voici des propositions plus étranges encore : « Quod strmones theologi sunl fundali m fabulis. — Quod nihil plus scitur propter scire iheo ogiam. — Quod fabulse et falsa sunt in lege christiana, sicut et in aUis.

— Quod iex christiana impedil addiscere. — Quod sapientes mundi sunt piiilosophi tanluni. — Quod non est ex-

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cellentior status quam vacare philosophie. — Quod non est curandum de lide, si dicalur essealiquid haereticum.» On le voit, un pas immense a été accompli depuis 1259 e> depuis saint Thomas. Il ne s'agit plus de quelque interprétation plus ou moins hardie de la pensée du philosophe : c'est la foi elle-même qui est ouvertement traitée de fable; la religion chrétienne est une religion comme les autres , mêlée de fables, comme les autres. La grande tactique de l'averroïsme padouan, l'opposition de l'ordre philosophique et de l'ordre théologique, se dévoile avec ses fausses apparences de respect. « Ils prétendent, dit le synode, qu'il est des choses vraies si Ion la philosophie, quoiqu'elles ne le soient pas selon la foi, comme s'il y avait deux vérité-^ contraires, et comme si, en opposition avec la vérité de l'Écriture, la vérité pouvait se trouver dans les livres de païens damnés, dont il est écrit : Je perdrai la sagesse des sages.» Jean XXI, par une bulle adressée à Tempier, lui ordonne de faire rechercher et punir les partisans de si dangereuses opinions. Il paraît cependantque l'erreur fut loin d'être étoutTée; car de 1310 à 1312, nous avons vu Raymond Lulle s'escrimant à Paris contre les averroïstes, et surtout contre le principe qui servait de couvert à toutes leurs hardiesses. Pélrarqne voulant désigner les endroits où le péripatétismeaverroïsteestle plus en vogue, nomme en première ligne Contentiosa Pariseos ac strepidulus Straminum mcus'^.

» Desui ipsiusetmult. ignor. 0pp. t. II, p. 1051 édit. lien ricpelri).

Sans doute on ne peut supposer que des doctrines aussi hardies fuss^/Ut celles de l'Université de Paris tout entière. Ces propositions : Quod nihilplus scitur propter scire theologiam; Quod lex christiana impedit f.dâiscere; Quod sapientes mundi sunt philosophi tantum, témoignent évidemment une réaction de l'esprit laïque contre les théologiens. Je suis donc porté à croire que les averroïstes de Paris étaient bien plutôt des maîtres es arts que des maîtres en divinité. La Sorbonne en général était thomiste. Godefroy des Fontaines, l'un des docteurs les plus considérables de l'Université de Paris, rejette expressément la théorie averroïste sur l'individualité, et pousse plus loin que saint Thomas lui-même l'opposition contre le réalisme à l'école franciscaine*. Il est fort difficile, au milieu des querelles qui déchiraient à cette époque le monde philosophique, de saisir exactement la nuance des différents partis. Cette nuance même était-elle bien arrêtée? N'est-il pas des jours de chaos oîi les mots perdent leur signification primitive, oîi les amis ne se retrouvent plus, où les ennemis semblent se donner la main? Lorsque dans quelques siècles on écrira l'histoire des querelles du XIX®, sera-t-il facile de distribuer les rôles, et de délimiter exactement les fractions diverses des camps divers? La seconde moitié du xiii® siècle fut pour l'Université dft Paris une époque analogue^ Les Mendiants, forts de l'ap-

* Hauréau, Phil. scol. t. II, p. 290 et suiv.

' Pour saisir la portée réelle de ces débats, voir les savants articles de M. Le Clerc sur Sigerde Brabant, Guillaume de Saint- Amour, Gérard ou Géraud d'Abbeville, et de M. Lajard sur Go-

piii de Rorne {en six ou sept ans ils avaient obtenu jusqu'à quarante buUes d'Alexandre TV), et de la faveur d'un roi que leur reconnaissance a élevé si haut, les Mendiants réclamaient à grands cris la liberté, pour régner seuls. Leur effort perpétuel dans cette lutte tendait à faire passer l'Université pour hétérodoxe. Ce n'était à ce moment qu'un cliquetis de condamnations sur toute la surface du monde scolastique. L'averroïsme put être une arme puissante dans ce débat

Entre lagent saint Dominique Et cels qui lisent de logique;

il put servir, comme tant de mots flexibles, si redoutables entre les mains de la calomnie, à rendre suspects ceux que l'on voulait perdre. Nous avons vu Guillaumede Tocco et Pierre de Prusse associer presque le courageux Guillaume de Saint-Amour, le Malleus mendicantium, à Averroès parmi les hérétiques écrasés par saint Thomas et Albert. Simon de Tournai n'expia pas moins chèrement le crime d'avoir défendu l'Université. Les Mendiants assouvirent leur haine sur ce malheureux. Selon Mathieu Paris, il devint muet et idiot, et ce ne fut qu'au bout de plusieurs années que, la colère de Dieu s'étant apaisée, il put apprendre de son fils, encore enfant, à balbutier le Pater et le Credo. Le récit de Thomas de Cantimpré est plus terrible encore : en pleine chaire, au moment oîi

defroi des Fontaines, dans le tome XXI de \Hist. lilt. de la France.

278 AVRRROfeS.

Simon venait de prononcer le blasphème des Trois Imposteurs, les yeux lui tournèrent, il se mil à rugir comme un bœuf et à se rouler dans un accès d épilepsie; dès lors il oublia toute sa science, et vécut comme un animal, ne sachant prononcer d'autre nom que celui de sa concubine*. Voilà commt'nt se vengeaient les Mendiants. Peut-être quelque accident naturel donna-t-il occasion à ces terribles histoires, dont on etïrayait l'imagination des écoliers. Géraud d'Abbeville mourut paralytique et lépri>ux. Siger, que Dante vit dans l'éternelle lumière à côté des docteurs les plus vénérés, qu'est-il resté dans la tradition? un infidèle, un blasphémateur, un impie converti par une vision d'enfer et finissant par prendre le froc; autre manière de se venger qu'affectionnaient les frères*. Tous leurs ennemis se convertissaient à l'Ordre, ou mouraient avec les signes précurseurs de la damnation.

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