‹ Averroès et laverroïsmeChapitre 36 sur 49 · IX · texte numérisé non relu

IX

L'averroïsme inoffensif de Niphus fut pendant tout le xvi« siècle l'enseignement officiel de Padoue. Le mot d'averroïsme ne représentait plus une doctrine, mais la confiance accordée au Grand Commentaire dans l'interprétation d'Aristote. Or, bien loin que les théologiens fussent contraires à un tel enseignement, il y avait dans cette fidélité aux vieux textes un respect de l'autorité qui devait leur plaire. C'étaient les novateurs en philosophie et en littérature qui appelaient cela de la routine et de la barbarie. Les hommes les plus catholiques voulaient être appelés averroïstes dans le sens que nous venons d'expliquer*. J'ai vu à Rome, au couvent de la Chiesa Nuova, dans une armoire contenant les livres qui ont appartenu à saint Philippe de Neri, et que l'on garde comme reliques, un bel exemplaire manuscrit d'Averroès. L'Église approuvait hautement l'étude d'Aristote; le cardinal Pallavicini allait jusqu'à dire que sans Aristote l'Eglise aurait manqué de quelques-uns de ses dogmes Or, Averroès était, de l'aveu général, le meilleur interprète d'Aristote. L'aùrcç ecfx des disciples de Pylhagore, dit un contemporain, n'a rien qui doive nous étonner, puisque de nos jours nous voyons tout

* Viros calholicos se et esse et dici velle averroistas, dit le cardinal Tolet. (Apud Bruckerum, t. VI, p. 710.)

Page 1