‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 106 sur 686 · Urvatât-Narô (*) et toi, ô saint Zarathustra · texte numérisé non relu

Urvatât-Narô (*) et toi, ô saint Zarathustra

(') Urvatât-Narô est le nom du troisième fils de Zoroastre, d’après le Boundehesh. Il est consiiéi’é comme le père et le fondateur de la classe des agriculteurs. Ce § 143 le représente comme le chef civil duVara, tandis que son père en est le chef religieux. Voy. aussi XXX. 4, du Boundehesh. Comparez Yaçna XIX, introduction.

{■■*) Les § 129-143 .sont rejetés par quelques interprètes comme interpolés. Ce qui semble justifier cette atèthèse, c’est le rôle qu’y jouent Zoroastre et son fils. On y sent la préoccupation (^ui domine les disciples de Zoroastre, cette crainte qu’un lien, qu’un objet quelconque ne paraisse soustrait à l’autorité du réformateur {Cî. Bound, ch. XXIV. 1; XXX. 1, et sim.). Cependant il n’y a pas de contradiction réelle entre les § 137-139 et les § 4-5. En outre, les § 132-137 peuvent très bien faire suite à 128 et les § 128-130 eux-mêmes ont pu être amenés par la mention des lumières que l’on trouve aux versets 92 et 127.

On pourrait donc faire une exception pour ces §§. Spiegel regarde ce rejet comme peu fondé. La vérité est, bien probablement, que ce fargard est l’œuvre d’un seul auteur, mais que ces §§ reproduisent des légendes anciennes, tandis que le commencement et la fin y ont été ajoutés pour les faire rentrer dans le cycle zoroastrien.

FARGARD III

CHOSES ET FAITS QUI RÉJOUISSENT LE PLUS LA TERRE (1-20, 37-121). — LIEUX ET ACTES QUI LUI SONT LE PLUS ODIEUX (20-37). — PÉNITENCES PRESCRITES POUR CERTAINES FAUTES (44-71, 122-137).

Les indications que nous donne ce fargard, ont trois objets principaux : la pratique de la loi mazdéenne, la manière de traiter les cadavres et la culture des champs. A ces parties essentielles du chapitre sont venus s’adjoindre deux passages qui leur sont étrangers, dont l’un interrompt brusquement la suite des idées (44-71), tandis que l’autre contredit positivement le § précédent (137-151). Les doctrines qui y sont exposées n’appartiennent pas au zoroastrisme primitif.

On ne peut disconvenir que certains détails de ces prescriptions ne soient puérils et même ridicules. On peut cependant les justifier jusqu’à un certain point. Le législateur voulait probablement arracher son peuple à la vie nomade, à la vie d’immoralité et de brigandage que menaient les peuples voisins, et il ne voyait pas d’autre moyen de le civiliser que de l’attacher à l’agriculture et au soin des animaux utiles. Pour atteindre ce but, il voulut placer la culture des champs sous la sauvegarde des craintes religieuses. Il réussit à ce point que ses disciples ont conservé jusqu’à ce jour les dispositions qu’il avait inspirées. (Voy. Chardin, IX p. 135, éd. in-12).

Le premier des deux passages interpolés (44-71) se compose de deux fragments imparfaitement reliés entr’eux (44-64 et 60-71). Le § 65 qui les rattache l’un à l’autre est obscur et ne s’accorde pas avec ce qui précède. Le § 66 portant la peine capitale est reproduit au § 180, farg. IX, où sa place est évidemment marquée.

Au § 125 apparaissent pour la première fois les deux instruments principaux des pénitences mazdéennes: l’aiguillon et le pmos/za-carana (l’instrument de çraosha), espèce de chasse-mouches large, épais et dur. Ces instruments sont destinés à frapper le coupable, s’il faut en croire Anquetil, Haug, Düncker, Jolly et autres; à tuer des animaux nuisibles, selon Spiegel et Justi. Cette seconde opinion nous paraît seule acceptable. La première s’appuie sur un usage tout moderne, sur une interprétation inadmissible àQpeshotanus (= dos) et principalement sur une couple de passages où l’usage de ces instruments est prescrit en même temps que la destruction des insectes nuisibles, etc. On comprend aisément que tout cela ne prouve rien relativement à l’emploi spécial de ces armes ; on ne peut en tirer aucune conclusion positive. ( Düncker. Op. cit., 550 note; Jolly. Ein Kapitel, etc. p. 52 note). D’ailleurs ce genre de supplice n’a jamais été en usage, il est même contraire aux principes du zoroastrisme ; une peine infligée au corps humain ne pourrait que réjouir et favoriser les dévas (^). En outre ces coups devraient être frappés parfois pour une faute très légère

(') Voy. Introd. Morale, — Hyde. Op.cit,,^. 356. — Sadder, p. XXV, etc.

FARGARD III,

et même pour un simple défaut de nature et leur nombre est souvent si élevé qu’il serait impossible d’en supporter une partie notable, (1000 coups de knout et 1000 d’une pointe de fer !) — La comparaison des §§ 146 et 147, farg. XVIII, prouve que le sujet du verbe interprété par frapper est le coupable lui-même ; et comme ce verbe est à la forme active, on ne peut soutenir que le coupable doive se frapper lui-même. Enfin la version pehlvie est favorable à notre opinion. Le mot peshotanuyê est traduit par elle : pour cette criminalité et non sur ce corps coupable (il faudrait pour avoir ce sens que peshotanus fût à l’accusatif). De plus, elle ne rapporte pas les noms de nombre aux coups, mais à un mot sous-entendu qui peut très bien être la désignation des animaux à tuer (quant au frapper, il faut frapper 500 açpahar , 500 çrôsboçaranam, III. 125). On pourrait ajouter que le seul sens possible du verbe upâz est apporter (apporter aux prêtres les animaux tués), et non frapper; mais ce qui précède suffit. Au temps des Sassanides et plus anciennement encore, ces divers châtiments avaient été remifiacés par des amendes de différentes valeurs. Les péchés étaient mis en compte réglé ; il n’y eut plus dès lors de fautes irrémissibles. La fin de ce chapitre nous montre la réforme mazdéenne dans cet état de décadence ; la loi sainte efface tout. Ce relâchement ne fit que grandir par la suite. Pour les rivâiets il suffit de réciter les formules de confession (Patet) devant les ministres mazdéens et d’accomplir la pénitence imposée. La présence même d’un Destour n’estpas nécessaire; un laïque commissionné par un Destour peut en remplir les fonctions, là où il n’y a pas de Destour. Un autre moj-en plus facile encore de se purifier de ses fautes, c’est de réciter ou de faire réciter le Vendidàd à cette fin (') ; et alors, dit un autre rivaiêt, tous les péchés commis sont enlevés de cette âme, comme un vent fort enlève la poussière des champs et les nettoie.

(') V. textes; Cod. XII. f. 87; XV. f. 150. Ap. Spiegel. Einleitung, etc., p. 89.

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