XII. — Du Sacrifice
Le Mobed qui fait fonction de Rathwi, doit, aussitôt arrivé au temple, nettoyer les pierres, préparer les vases et les autres objets nécessaires à la cérémonie. Ce sont principalement (pl. I.) :
1° Le Bareçma {bay'som).
2® Le Zaotlira ou eau sainte {zour). La consécration de cette eau se fait comme suit : 1« Le Mobed purifie les vases {moshabé) destinés à la recevoir, et récite trois fois l’Ashem Voliû; 2'’ Il remplit ces vases d’eau puisée à l’Avand, en récitant le commencement du Nyàyesli d’Arwiçûra (génie des eaux).
3“ Il lève les vases vers le ciel, les dépose sur la pierre Arvîç et étend les mains au-dessus, en disant deux fois l’Almna Vairya puis la fin du Nyàyesh Ardviçûra.
4“ Le Haoma et les ustensiles employés j)our l’expression du jus, le moYÜQv {hàvana), le pilon dast {zaçta), le filtre ou tasse à neuf trous {tashta no sourah) et le vase (lui reçoit le jus distillé {hôm pialeh).
5° Les plats sur lesquels on dépose les offrandes {tali) et les vases à lait, etc. {tashta).
Les offrandes se composent : P de viandes que le Mobed bénit et qui se mangent (en partie du moins) pendant la cérémonie ; 2" de fruits de grenadier et de dattier, de riz, de lait, de plantes odoriférantes et de parfums, de branches de Hôma et de pains draonas. Ces offrandes sont déposées sur la pierre Arviç.
Les draonas sont de petits pains ronds et plats (Cornp. Vend. Farg. V. 75). Il est à remarquer qu’aux temps de Chardin (fin du XVII® siècle), la même forme était donnée en Perse aux pains des usages domestiques. Le draona moderne {daroun) est sans levain et ne dépasse pas la grandeur d’un écu. L’offrande des draonas demande des cérémonies spéciales ; on en place quatre sur un petit plat et l’on recouvre l’un des quatre d’un morceau de viande cuite, etc. Quelquefois cette offrande se fait seule, on y lit alors les Hàs III-VII, XXIII-XXIV et XXVIII du Yaçna.
Le Hôma du sacrifice est le Hôma doré ou jaune, zairi, le Hôma terrestre. Les Parses connaissent encore un Hôma blanc; mais celui-ci, arbre mystique, n’est autre que le Gaokerena, l’arbre de vie ('). Voy. Fargard XX.
(') Pour expliquer d’une manière complète l’origine et la nature du culte du Hôma, il faut tenir compte et de la tradition d’un arbre mei'veilleux dont le fruit pouvait rendre à l’homme son état d’intégrité primitive et de la divinisation ultérieure de ces forces naturelles qui donnent la vie aux plantes et produisent des effets surprenants de vivification et de guérison. Les Aryas avaient cru trouver dans les boissons énivrantes, la plus parfaite représentation de ces deux ordres de choses. Le breuvage des Dieux, l’ambroisie, l’amrta, appartenait originairement à un autre genre d’idées. Son invention répondait au besoin d’expliquer la vie immortelle des Dieux à forme# humaines ou de nature finie.
Toutes ces idées se sont confondues par la suite. Le Sôma indien représente en outre la vertu fécondante des eaux pluviales, d’origine céleste aux yeux des Aryas.
INTRODUCTION
Le sacrifice s’accomplit de la manière suivante :
1® Le Mobed officiant annonce l’acte qu’il va faire et invoque les génies auxquels il veut offrir le sacrifice (Voy. Yaç. I ; Vispered I).
2® Le Mobed prend le bareçma, l’asperge d’eau sainte et place celle-ci devant lui (II) ; puis il renouvelle l’annonce et les invocations (Yaçna IL 10 etsuiv, ; Vispered II).
3® Le Mobed dépose le bareçma et consacre les offrandes, la viande, le lait, les fruits. Nouvelle annonce, nouvelles invocations (Yaçna III).
4® A ces objets déjà bénis, le Mobed joint le Hôma et son jus (le parahaoma), le bois et les parfums destinés au feu et les unit dans sa pensée à toutes les pensées, les paroles et les actions saintes qu’il offre aux génies en recommençant encore les annonces et les invocations (Yaçna IV).
5® Avant de commencer le sacrifice, le Mobed adresse un hymne de louange à Ahura Mazda et aux génies ; précédemment il les avait suppliés d’être favorables au sacrifice, maintenant il veut exalter leur grandeur (Yaçna V, VI).
6® Présentation des offrandes, énumération des génies à qui elles sont faites (Y. VII).
7® Le Mobed goûte des offrandes, spécialement du Myazda, ou viande cuite, et invite les assistants à en goûter également. Puis il bénit les fidèles et prononce des paroles de conjuration contre les Dévas et leurs sectateurs (Yaçna VIII).
Après ces actes préparatoires, commence le sacrifice principal, celui du Hôma.
Le Mobed récite d’abord l’hymne à Hôma (Hom-Yesht), liymne qui rappelle l’origine de ce culte, les noms de ses zélateurs principaux et les vertus du jus divin (Yaçna IX).
Suit une autre prière de louange à Haôma pendant laquelle l’officiant prépare le jus et le fait couler dans un vase qu’il dépose sur la pierre Arviç (Y. X) ; après quoi il consomme une partie de ce jus et en donne au Mobed assistant (Y. XI). Aux temps antiques l’officiant convoquait d’abord tous les prêtres assistants et les fidèles des différentes classes (Visp. III).
Ces actes accomplis, le Mobed récite différentes prières qui se composent d’une protestation de fidélité à la loi sainte (Yaç. XII), d’une profession de foi mazdéenne (Yaçna XHI), d’hommages à Ahura Mazda ,et au Amesha Çpentas, à quelques autres génies et à tous les êtres que le Manthra-Çpenta apprend à vénérer (XIV-XVHI), puis de trois hymnes qui forment en quelque sorte les commentaires des trois prières principales des mazdéens, l’Aliuna Vairya, l’Ashem-Vohû et le Yenhê-Hàtàra et qui sont destinés^ à en exalter la grandeur et le mérite (XIX-XXI). Entre ces divers Hàs sont intercalés des Kardés du Vispered qui forment, comme il a été dit, des prières conclusives.
Enfin, l’officiant termine le sacrifice en renouvelant, par deux fois, l’oblation des offrandes et l’invocation des génies qu’il a convoqués à la cérémonie (XXH-XXIH et XXIV-XXVI). Cette fois, il s’attache particulièrement à honorer les Fravashis. Nous croyons voir dans ce fait un signe de la tardiveté du culte de ces esprits ou du moins du peu d’importance qu’il avait à l’origine.
Comme conclusion, il invoque Ahura Mazda pour l’extermination des méchants et le triomphe des bons (Y. XXVII). Des chapitres du Vispered sont également insérés dans cette partie du Yaçna.
Tout ce que nous avons vu jusqu’ici constitue le sacrifice d’action, d’oblation.
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d’immolation. Ce qui suit est le sacrifice de louange. Il se compose des Gâthâs auxquels, dans la cérémonie complète, les Fargards du Vendidàd sont entremêlés ainsi que le dernier Kardé du Vispered.
Cette partie est destinée à l’instruction du mazdéen, à lui rappeler les principes et les prescriptions de la doctrine zoroastrienne.
La récitation des chapitres du Vendidàd alterne avec le chant des Hàs des Gàthàs. Le Vendidàd commence et finit, mais les deux derniers Fargards ne viennent que dans la troisième partie ou conclusion du Yaçna. On sait qu’ils ont un caractère tout spécial qui les distingue du reste du Vendidàd et qui porte à leur attribuer une origine tardive.
Voici l’ordre suivi dans le Vendidàd-Sadé :
Yaçna I. 1-32 ; Vispered I. — Yaç. I. 33-11. 33 ; Vispered IL
Yaç. IL 34 — XL 22 ; Visp. III. 1-29.
Yaç. XL 23-25 ; Visp. III. 30-31. — Yaç. XI, suite. — Visp. IV ; Yaç. XI, fin.
Yaç. XII-XIV. — Visp. V. — Yaç. XV ; Visp. VI.
Yaç. XVI, XVII ; Visp. VII, VIII; Yaç. XVIII-XXI ; Visp. IX.
Yaç. XXII; Visp. X-XI ; Yaç. XXIII-XXVII ; Visp. XII.
Vendidàd I-IV ; Yaç. (Gàthàs) XXVIII-XXX ; Visp. XIII.
Vend. V, VI; Gàthàs XXXI-XXXIV ; Visp. XIV, XV.
Vend. VII, VIII ; Visp. XVI; Yaç. (Haptanhaiti) XXXV-XLI; Visp. XVII, XVIII.
Vend. IX, X ; Yaç. (Gàthàs) XLII-XLV ; Visp. XIX.
Vend. XI, XII ; Yaç. (Gàthàs Çpenta-M.) XLVI-XLIX ; Visp. XX.
Vend. XIII-XIV ; Yaç. (Gàthà Vohû Khshathra) L; Visi>. XXL
Vend. XV, XVI ; Visp. XXII, XXIII; — Vend. XVII, XVIII ; Yaç. LI, LU; Visp. XXIV.
Vend. XIX, XX ; Yaç. LUI ; Visp. XXV ; Vend XXI, XXII ; Yaç. LIV-LXXI.
La troisième partie du Yaçna (LUI à LXX) à laquelle sont entremêlés, comme on le voit, les Fargards XXI et XXII et le dernier Kardé, forme la fin de la cérémonie. Elle se compose de prières diverses. Les premières sont destinées à demander au ciel l’obéissance et la fidélité à la loi (LIII-LV) ; et à ce titre figure ici le Yesht de Çraosha, l’incarnation de la loi, le génie de la soumission (LVI). Les suivantes implorent les dons du ciel nécessaires à l’homme (LVII-LXIII).
Ce qui vient api’ès se rapporte à la consécration et à l’emploi duZaothra(eau consacrée) : prière à Ardviçura (génie dés eaux) LIV ; offrande de l’eau sainte en l’honneur des génies (LV-LVII), prières pour demander le pardon des fautes et la collation des biens (LVII).
Enfin, comme conclusion dernière des cérémonies, le Mobed offre encore ^une fois les actes du culte à Ahura, aux Amesha Çpentas, à la loi sainte et à ses fidèles et redit un dernier hymne de louange à tout ce que la loi mazdéenne tient pour saint et sacré (LIX-LXX).
La récitation de ces longues prières n’était point une pure lecture. VAvesta se disait sur deux ou trois notes. Ces notes étaient même plus nombreuses dans les temps anciens et cette espèce de chant était accompagnée du son des instruments de musique ; de ceux, du moins, que les Parses ont encore conservés, à savoir ; des cymbales, du tambour et de la flûte.
C’est là ce qu’affirme Anquetil ; mais Hyde ne parle que d’une notation qui serait
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à peineune psalmodie monotone. V.Anquetil, 1.2 p.,p. 122, note et Hyde,o^.c«ï. p.351.
Tels sont les usages religieux auxciuels se raj)porte le texte de VAvesta. La Perse arsacide, qui avait profondément corrompu les croyances du mazdéisme, en modifia les pratiques et les développa par des emprunts faits aux peuples voisins, notamment aux chrétiens de Syrie. Ce fait a été mis pleinement en lumière par le docteur Spiegel ; nous n’avons pas à nous en occuper ici.
Outre le sacrifice principal dont le Yaçnaet le Vispered forment le rituel, on trouve encore çà et là dans VAvesia des prescriptions relatives au culte de l’un ou l’autre génie en particulier.
l® A Ardviçûra on doit offrir des Zaotliras consacrés, avec du jus de Hôma et des myazdas; on doit chanter les hymnes en tenant le bareçma à la main et goûter des Zaotliras qui forment la matière princii)ale des cérémonies; celles-ci peuvent s’accomplir tout le long du jour jusqu’à la nuit. Il est interdit aux prêtres qui ne remplissent pas leurs obligations, aux pécheurs, aux femmes, aux gens qui ont des défauts corporels de prendre part à ces sacrifices (Voy. Yesht V. 7-11; 91-9G). Les prêtres qui offrent des Zaotliras pendant la nuit sont traités de dévicoles et leur offrande va aux méchants et aux Dévas (Yoy. Yt. V.90).
2® Pour Tistrya il faut cuire des morceaux de chair d’un animal appartenant aux troupeaux domestiques et de couleur dorée ou jaunâtre ; le bareçma est également requis. Sont exclus de ce sacrifice les gens de mauvaise conduite, les meurtriers, les ennemis de la loi sainte (Voy. Yt. VIII. 58-60).
30 Pour le culte de Mithra, il est prescrit d’offrir deux bœufs, deux bêtes de trait et deux oiseaux. Avant que le fidèle puisse prendre part aux offrandes il doit se laver le corps trois jours et trois nuits et faire cent apports de bêtes impures tuées, puis se laver encore deux jours et deux nuits et faire vingt nouveaux apports, enfin réciter le commencement du Vispered (Yt. X. 119-122). Le' paragraphe 138 condamne certaines cérémonies pratiquées par des dissidents. Il semble que ceux-ci ne tenaient pas le bareçma à la main et qu’ils récitaient le Yaçna en entier au lieu des prières ci-dessus^
40 Le culte de Verethraghna requiert l’offrande des Zaotliras, le sacrifice par cuisson, d’une bête de troupeaux domestiques, de couleur jaunâtre, dorée et certaines prières que doit réciter le prêtre, le bareçma à la main. Les méchants, les pécheurs, les ennemis de la loi en sont exclus (Voy. Yt. XIV. 50-53).
Les §§ 55-56 condamnent ceux qui offrent au feu des bois de nemetkas et d’apereçi.
50 Au sacrifice offert à Ashi Vanuhi il semble que le sacrificateur doive poser le bareçma sur ses supports et se tenir derrière. Il n’est rien prescrit d’autre que des prières et des offrandes de Zaothras. En sont exclus les enfants et tous les êtres humains incapables d’engendrer (Voy. Yt. XVII. 61, 54).
Nous ne pouvons faire entrer dans le domaine du réel ni les hécatombes offertes par les héros antiques (Voy. Yt. IX. 3, 8, 14, etc.) ni les sacrifices offerts à Vayou sur un trône, un coussin, un tapis d’or (Voy. Yt. XV. 2, 7, 11, etc.).
On trouve encore dans VAvesta des prières conjuratoires pour guérir les maladies, expulser les Dévas ou purifier les demeures et certains objets. Au premier but sont destinés les Fargards XX et XXI; pour le troisième sont composés les Fargards X et XI. La fin du Fargard XVII y répond également.
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Les prières conjuratoires contre les Dévas sont très nombreuses et se trouvent répandues partout. Il serait long et superflu de les énumérer. Nous devons seulement en signaler quelques unes à cause de leur nature spéciale. Ce sont :
1° Le Yaçna XIII, profession de foi et renonciation au culte des Dévas.
2® Les paragraphes 4-6 du Yesht XI qui indiquent les paroles à prononcer pour prévenir tout accident extérieur.
30 Les prières du Yesht XIV. 44-46, qui doivent se réciter en tenant une plume de hibou (?) à la main quand on est attaqué par des méchants ou maudit par eux, et du même Yesht au § 44 que les guerriers doivent prononcer en marchant au combat.
40 Les prières conjuratoires du Yt. IV. 8 contre certains Dévas et les Drujes en général. Ces prières et celles du Yt. XIV. 44-46 ont un caractère particulier; elles sont du nombre des formules magiques destinées à être tenues secrètes au sein des familles qui les possédaient. Voy. Yt. IV. 10 et XIV. 46.