‹ Aviation ou Navigation aerienneChapitre 11 sur 36 · SS · texte numérisé non relu

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parler du but même de l’œuvre , — but qui serait , aux yeux du critique, l’un des moindres résultats de la découverte de notre force motrice. — Demain, pendant six mois, pendant quelques années, oui, peut-être ; mais cinquante ans après , non ! mille fois non , eussiez-vous appliqué le nouveau moteur à toutes les usines et à tous les navires du monde entier.

— a A quoi servent les efforts de ces nouveaux Dédales? » demande encore M. Blerzy.

— A faire chercher ! à faire trouver ! répondrai-je.

M. Foucou dit très-bien :

a La question d’une force motrice considérable , » renfermée dans un petit espace, et ne pesant qu’un » poids insignifiant, est la seule qui puisse inaugurer » la navigation aérienne. » — Justement, oui, voilà bien la question. — a Elle nécessite une série de » recherches et de découvertes préalables : une » question de science d’abord , de technologie en- » suite. » — Oui, c’est cela. — « Il n’est, à cette » heure, au pouvoir d’aucun inventeur de la résou- » dre, d’aucun mécanicien d’indiquer seulement les » traits principaux de la machine qui en sortira. » — Oh ! ici, pour le coup, non!

Si le temps est de l’argent , — par une conséquence forcée l’argent est du temps 1 — Si les inventeurs ne se produisent pas , si les mécaniciens s’abstiennent, ai les inventions u’abOutissenl qu'avec une

lenteur séculaire , c’est que jamais ou presque jamais on n’a mis en pratique l’adage retourné.

M. Félix Foucou , en somme , n'est pas un contradicteur.

Cependant, je prie mes lecteurs de comparer entre elles les opinions des divers savants qui ont pris la parole sur la question décisive.

Une machine à haute pression de la force d’un cheval suffit, d’après les calculs de M. Liais (p. 88); M. Landur a calculé qu’une force de sept chevaux suffirait. D’autres mathématiciens en demandent huit ou neuf. D’après M. Bahinet, qui a fait une part considérable à la pesanteur et dont l’opinion est d’autant meilleure , avec une force de dix à douze chevaux l’homme et la machine seraient soutenus (p. 185-186.) M. Blerzy survient et dit : « X supposer que l’on pût B réduire le poids du moteur jusqu’à 8 kilogrammes » par cheval , il faudrait une machine de 60 chevaux B pour enlever un poids total d’environ 250 kilo- » grammes. » — M. Foucou parle d’un demi-cheval appliqué à une surface de 1,520 mètres-carrés et conclut à l’impossibilité de l’ascension avec les moteurs connus.

En me fondant sur nos expériences de 1861, ( nioi qui ne suis pas savant) je crois l’ascension possible avec une force de quatre chevaux et renvoie le lecteur à la note M où se trouvent mes calculs élémentaires.

Qui a tort, qui a raison? — Les termes delà question sont-ils bien posés ? — Qu’esl-co qu’un cbeval-

vapeur? — Chauffez à six atmosphères, poussez jusqu’à vingt, que deviennent vos calculs de poids et de volume?

En fait de mécanique, je le répéterai aussi à satiété, les calculs qui ne sont pas fondés sur des expériences réitérées , mathématiquement faites , ne sont que des hypothèses scientifiques. A l'application, l’on s’aperçoit de l’omission d’un coefficient qui intervient et dérange tout. Le calcul, à cela près, était irréprochable. A la vérité , il concluait à la possibilité et la chose est impossible, — ou encore il concluait à l’im possibilité et voici la chose faite.

Nous sommes tous d’accord sur un point, c’est que la force musculaire d’un homme est insuffisante pour l’enlever et le soutenir dans l'air comme s’enlève et se soutient l’oiseau. M. Blerzy nous demande soixante chevaux de force, M. Foucou veut 1,520 mètrescarrés de surface pour faire équilibre à la pesanteur.

Cependant, avec sa seule force musculaire et au moyen d’appendices très-peu développés , l’homme est parvenu plusieurs fois à se soutenir et assez longtemps, s’il est permis de croire que Dante traversait le lac de Trasimène. Blanchard faisait plus, il s’enlevait aux neuf dixièmes (v. p. 32.) Besnier , attendu la forme spéciale et la non intermittence des ailes à charnières qu’il employait, faisait mieux que Blanchard. En prenant de l’élan , il partait et pouvait ensuite planer durant plusieurs minutes ’.

* Voii: iM BOtet B «t 1.

NAVIGATION AÉRIENNE. ü8l

Voilà donc la pesanteur artificieilement vaincue , pour peu d’instants il est vrai , par des procédés qui ne doivent pas être les seuls. Vous ne connaissez bien que la loi qui régit la chute des corps , vous ne fondez tous vos calculs que sur elle. Connaissez-vous la loi de résistance opposée ?

Pourquoi dans l’air deux corps également lourds, également volumineux, et de formes identiques, mais de substances différentes , ne tombent-ils pas aussi vite l’un que l’autre? — Pourquoi une plume fouelte-t-elle l’air mieux qu'une surface égale de tous points ?

Prenez deux tamis égaux sous tous les rapports , bouchez les trous de l'un des deux , puis dans l’air calme faites-les tomber à plat d’une hauteur de cent mètres. Quel est celui qui, le premier, touchera le sol? — Imprimez aux deux tamis um mouvement de rotation pendant leur chute , le résultat sera-t-il le même?

Je vous défie de répondre par le calcul à ces deux simples questions.

En résumé, il faut toujours en revenir à demander des expériences, — des expériences, c’est-à-dire l'argent qu’elles nécessitent. Or , cet argent , je ne rougis pas de le quémander avec insistance, puisque je n’en veux point manier une parcelle et que son administration devra être confiée à des hommes intègres et capables , comme on va le voir au chapitre des Moyens pratiques.

La questiou de force est , ne vous déplaise , une question d'argent et non autre chose. Payons le travail , payons le talent , payons les essais , payons les calculs qui en seront la conséquence et la consécration, payons rinvenlion (peu habituée à pareil traitement], payons le Génie (autre misérable qui ne sait pas même mendier) , et le moteur se produira vite, bien, de plusieurs manières, de plusieurs côtés à la fois.

Invention et Génie, dans notre France , sont ce qui manquent le moins. Toutes nos rues sont pavées de leurs os; tous nos champs sont arrosés de leurs larmes’

g xn. — Aux dénésatfturs olMtlnéa.

ATlLOkOS.

Depuis la poudre, l'imprimerie ella décourerle du Nouveau-Honde, Je suis crédule. Ou me dirait qu'un houime a trouvé le moyeu d'avoir eu dii minutes ici des nouvelles de Paris, ou que l'eau contient du feu, ou qu'il y a encore des Indes à découvrir, ou qu'on peut te promener dans les airt, je ne dirais

pas non , et je donnerais

saapi.

Votre argent?

IVALOaOS.

Non, mon attention à l'affaire.

Balzac. — Les Hessourcei de Quinola, Acte II , Sc. II.

Nos modèles d'hélicoptères s'enlèvent entraînant avec eux leur moteur (le ressort) en dépit des né-

1 Voir pour le complément de la question capitale de la fbree motrice les notes L et M.

galeurs qui , dans l'origine, nous soutenaient que ce serait de toute impossibilité.

Nous avons réussi. Nous nous vissons dans l’air avec nos hélicoptères. On ne peut plus le contester. Mais les dénégateurs obstinés nous défient maintenant de grandir, de substituer une machine à vapeur ou autre à notre ressort de montre et de hisser mécaniquement dans l’atmosphère une nacelle aérienne.

— Bon pour un joujou, disent-ils ; — impossible' dans les grandes dimensions !...

Déjà une première fois le fait a donné un démenti net à ces messieurs ; — malheureusement pour eux , ils sont incorrigibles.

La science leur répond : « petit moteur , mauvaig moteur. — Enlevez une souris, vous enlèverez plus facilement un éléphant. — Le problème est résolu ; nous avons ville gagnée. — Ce qui reste à faire n’est qu’une question d’argent et de technologie. — La preuve est positive. — La brusque détente d’un ressort ne peut produire l’accélération de vitesse qu'on obtiendra d’une force continue et qui facilitera tous les mouvements. »

La science se prononce ainsi en vain.

— Bon pour un joujou, impossible dans les grandes dimensions ! répètent invariablement les dénégateurs.

Mais, ajouterai-je, pour arriver au joujou, j’ai commencé par l’allégement de grossiers petits mo-

ûoô

dèles qui, successivement perfectionnés, sont devenus nos hélicoptères. — Eh bien ! dans d’assez grandes dimensions, avec des ailes de deux mètres mues par un homme, nous avons aussi obtenu 'des allégements; nous suivons en grand la même marche qui a été suivie en petit, nous devons tôt ou tard obtenir le môme résultat.

— Non ! vous ne l’obtiendrez jamais ! crient les dénégateurs enragés.

Depuis que le monde est monde , tons les inventeurs rencontrent, essayant de leur barrer la route, les mêmes adversaires opiniâtres, acharnés, furieux.

Ces infortunés, — (envieux ou niais, sourds, aveugles ou méchants, quels qu’ils soient, il faut les plaindre) , — ces détracteurs ne raisonnent pas. Arguments faux ou ridicules, usés, réfutés cent fois, ils font arme de tout.

Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.

En revanche . les vrais savants tels que MM. Babinel. Liais, Barrai, Séguin et l’illustre baron Séguier ont pris l’affaire à cœur, avec un sentiment d’autant plus paternel que, depuis bien des années, eux aus.^i avaient rétabli la question sur son véritable terrain.

Ils reconnaissent unanimement que le premier pas, — le plus diflicite, — est fait.

Une force motrice suffisante peut être mécaniquement emportée en l’air par les ailes qu’elle met en mouvement.

C’est aussi vrai d’un moucheron que d’un aigle , d’un hélicoptère pesant 30 à 300 grammes que d’une iptéronef pesant de mille à di.x mille kilos.

Si les dimensions sont une circonstance fâcheuse , c’est pour le modèle en petit. Plus l’appareil sera grand, plus son moteur pourra être proportionnellement léger.

Dans l’ordre d’idées en question , l’exemple de la nature tend à prouver que l’agrandissement du système est non-seulement possible, mais facile , sauf sous le rapport des dépenses.

Il serait impossible de fabriquer une locomotive pesant 30 grammes. Un modèle de vaisseau de trois centimètres ferait naufrage dans une cuvette ; les petites dimensions pour des véhicules mécaniques sont détestables. Qui fait le plus doit pouvoir faire le moins. — Or, dans l’espèce, c'est avoir fait plus que d’avoir réussi en petit.

D’ailleurs, les hélicoptères à ressort, eux-mêmes, ont grandi progressivement et pourraient aisément grandir encore, si l’on ne jugeait pas actuellement inutile ou au moins onéreux , d’en prendre la peiné.

Enfin, les expériences simplifieront tout. Elles conduiront au choix de la meilleure force motrice , à l’emploi des matériaux préférables , au mode de

traosmissioa du mouvement le moins compliqué , le plus direct. L'application d’une excellente machine rotative à Yhélicoptère est dans l’ordre des probabilités les plus favorables. Des ailes d’une confection supérieure rendraient Vorthoptère immédiatement pratique , et l'on en peut inventer de vingt genres différents, tous acceptables.

Puisqu’il est expérimentalement prouvé qu’un mécanisme artificiel peut être enlevé par des ailes héli çoides ou autres , comme est enlevé le mécanisme naturel de l'oiseau par ses battements d’ailes, l’homme voguera dans l’espace par une infinité de modes divers.

A défaut des hélicoptères et des orthoptères , les aéroseaphes ou machines à plans inclinés, transitions excellentes, démontreraient que l’homme peut se diriger dans l’air.

Le point capital était de posséder un modèle d’appareil automoteur. — Ce point capital est acquis. — Patience, courage, temps et travail, le reste est évidemment infaillible.

Devant cette argumentation et ces affirmations, les prophètes de malheur s’emportent et jusqu'à l’injure. — Ils nous dénigrent, ils nous accablent d’invectives qui justifient la sévérité de quelques-uns des termes dont je me vois réduit à faire usage. On ne peut pas décidément répondre par des compliments et des remerciemenis à des avalanches d’insultes.

Digilized by Googte

Cependant , les vrais savants calcalent , et leurs calculs nous sont favorables. L’intrépide Nadar, qui brûle d’être Vauteur de la navigation aérienne , s'élance dans son Géant et, à tous risques, veut loyalement gagner les premières sommes nécessaires pour faire les nombreuses et dispendieuses expériences desquelles doit résulter l’aéromotive , l’anti-ballon , la machine volante automotrice et, par cela même, dirigeable. M. de Ponton d’Amécourt, moi et foule d’autres, connus, ou même inconnus je suppose, nous sommes à l’œuvre aussi. Nous ne nous décourageons pas ; et un jour , — puisse-t-il être rapproché ! — on dira de l’iptéronef répandant sur le monde entier les splendeurs de ses rayonnements civilisateurs , ce que Lefranc de Pompignan a dit du soleil :

Le Dieu, poursuivant sa carrière,

Versait des torrents de lumière Sur scs obscurs blasphémateurs.

Aux Airottiers.

Dans ce qui précède, si mes arguments s’adressent à tous les lecteurs, rien de ce qui est vif n’est dirigé contre les partisans quand même de l’aérostat, sphérique, cylindro-conique, lenticulaire, cellulaire, multiple, articulé ou autre.

Profondément convaincus à priori de la nécessité absolue du concours d’un agent plus léger que l’air, hydrogène, air dilaté, gaz ammoniac, etc., les défen-

seurs de l’appareil vulgairement dit ftaWon, sont parfois agressifs et violents. Irrités de nous avoir entendu ranger la direction des aérostats parmi .les problèmes insolubles, ils se sont trouvés offensés, ils sont piqués, se fâchent et mesurent mal leurs termes pour nous répliquer. Le cas est véniel et digne d’indulgence.

Nous ne changerons pas de langage à leur égard. — « Gloire aux Montgolfier ! disions-nous dès notre première édition (p. 134.] Les aérostiers sont notre avant garde d'hier, nos amis de demain. »

Usons donc de courtoisie envers des contradicteurs passionnés de bonne foi, — traînards aujourd'hui scion nous , mais en somme nos auxiliaires , car iis travaillent pour le succès de la navigation aérienne.

Les détracteurs jaloux auxquels je riposte , n’ont rien de commun avec les aérostiers. — Ces dénégateurs bilieux sont de la famille de Tartufe, de Bazile, de César Plagiat, Procuste Eteignoir et Chrysostôme Chantage. — Fiel et venin , mensonge , calomnie , obscurantisme, blasphème, haine et envie, leur sachet est gonflé de tout cela. — Ils sentent qu’ils n’auront et ne peuvent avoir aucune part au gâteau ; ils se font les cerbères qui hurlent : — « Laissez là toute espérance, inventeurs, chercheurs, travailleurs, pionniers de l’idée, misérables damnés, enthousiastes maudits ! »

NAVIGATION AÉRIENM'

Ces êtres qui bavent ont vu , et ils nient qu’ils aient vu ; ils ont entendu et dénaturent les paroles prononcées devant eux ; ils veulent le mal pour le mal ; ils ne sont point égarés par le sentiment exclusif que leurs éludes sont bonnes et seules bonpes , — erreur parfois respectable , toujours excusable chez les gens qui se croient fermement dans le vrai. — Non! ils savent parfaitement qu’ils mentent ; et iis s’acharnent à continuer de mentir impudemment. Leur unique système est de persécuter le génie et d’entraver ses efforts. Ils persécutent, ils entravent ; ils sont conteuts.

Consultez l'histoire ; le vaisseau de Colomb glissera dans les espaces, — Galilée est un blasphémateur impie, — Papin déraisonne, — Jouffroy et Fulton rêvent des sottises. — Dessaler l’eau de mer, c’est condamner tous les navigateurs à la dyssenterie. — Le quinquina est proscrit comme une drogue de charlatan. — Les pommes de terre sont d’abominables racines indignes d’être servies à des hommes civilisés. — Les chemins de fer sont une conception inepte : les roues des locomotives tourneront sur place ou encore le train ira si vile que tous les voyageurs seront étouffés. — Elles omnibus qui ruinent leur inventeur ! — Et Niepce ou Daguerre, quels fous ! Ils prétendent fixer une image dans un miroir.

Ne soutenez pas , de grâce , que les inventions ne sont possibles qu’à la suite de découvertes partielles

qui les préparent ; — cela sera vrai dix fois, et dix fois ce sera faux. Cent ans plus tôt le quinquina eût coupé la fièvre , les omnibus eussent rendu de bons services et le système de Copernic n’eût pas été plus mauvais. II est par trop commode de dire aux gens : — Ne cherchez pas ! le moment de trouver n’ést pas encore venu.

Oh ! la douloureuse chose! quiconque met son intelligence , son génie , son travail , son temps et son argent au service de l’humanité, rencontre des gens prêts à crier : — Utopie, chimère, sottise, impossibilité!... Point de pitié pour ces fousl Ils ont besoin d’aide, de secours et d’appui ; ils se tuent, ils se ruinent. Augmentons leurs douleurs, empêchons qu’aucun concours leur arrive, jetons-Ieur la première et la dernière pierre. Venez! écrasons-les ! Ils ne veulent que notre bien et s’y dévouent, terrassons-Ies à coups de pédantisme; qu’ils ne puissent trouver un écu et qu’ils périssent à la peine. Accourez, frères et amis ; collaborons pieusement à l’accomplissement de ce meurtre honnête.

Et à la voix qui les excite, les moutons de Panurge , ces bons moutons font œuvre édifiante en nous lapidant à tour de bras.

Avaloros , en vérité , fut un petit saint au prix de ces obstinés dénégateurs qui ameutent contre noos les moutons armés de pavés.

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8 1LIU. — EA Tierce obeeure.

Béranger a dit :

Combien de temps une pensée ,

Vierge obscure , attend son époux !

Les .sots la traitent d’insensée ;

Le sage lui dit : Cacbez-vous I Mais la rencontrant loin du monde Un fou qui croit au lendemain L’épouse ; elle devient féconde Pour le bonheur du genre humain.

Le sage ou, sans euphémisme, le lâche et l’avare jugeant des autres par ce qu’il est lui -même, conseille de cacher la pensée. Oh ! que de fois les prudents avis de ce sage sont suivis à la lettre ! que de fois la vierge obscure se meurt d’inanition entre un garde manger et un coffre-fort ! Elle est tant et si bien cachée, la pauvrette, qu’elle ne peut recevoir l’aumône d'un sou, d'un petit pain ni d’un baiser! On l’a jetée aux oubliettes, pieds et poings liés, la misérable; qu’elle y crève , la grande affamée, l'odieuse dévorante qu’il faudrait nourrir pour qu’elle vécût, qu’il faudrait aimer pour quelle devînt mère!

Le fou a cru entendre des gémissements étouffés; il s’émeut, il cherche, fouille, déterre, délivre, s’éprend et se dévoue. 11 réchauffe l'abandonnée j la persécutée, la méconnue ; il la ranime ; il lui donne à boire son sang , à manger sa chair ; et puis , homme

de foi et d’action , il l’épouse au grand jour. Après l’avoir rencontrée loin du monde, da^s les catacombes voûtées et murées de l’égoïsme et la peur , il osé la produire, la manifester, la vulgariser, la propager , car c’est ainsi seulement qu’elle peut devenir féconde.

Le fou l’aime assez cette vierge obscure pour chanter fièrement , joyeusement môme , en la serrant dans ses bras , le navrant sic vos non vohis ;

Sic. vos non vobis, — tels, comme l'a dit Virgile, —

Ce n’esl point pour vous, bœufs, que vous creusez l'argile , Pour vous, oiseaux des champs , que vous faites vos nids , Four vous que vous portez vos toisons, ô brebis.

Ni pour vous qu'est le miel que vous formez, abeilles ,

Ni pour vous , inventeurs , qu’est le fruit de vos veilles.

Qu’importe ! qu’importe, ami Christophe Colomb , qu’importe , ô Papin , Jouffroy , Dallery , Fulton et Sauvage, qu’importe, Thomas Grey ! qu’importe, iMepee! Qu’importe, ô vous tous dont l’ingrate humanité ignore les noms , toi qui, le premier domptas le cheval , toi qui fis la première huche , toi qui façonnas la première charrue , toi qui inventas la roue et l'essieu , loi qui t’élanças sur la première barque , ô les vrais , les seuls conquérants, — bienfaiteurs et non bourreaux, — qu’importe ! qu’importe pourvu qu’Elle devienne féconde pour le bonheur du genre humain.

Aux yeux de cet amant passionné la statue n'est

ni d’argent , ni d’or , ni de billets de banque ; nouveau Pygmalion , il n’aspire qu’à lui donner une âme.

Il va, le fou, il marche, il crie : Ecoutez! Voyez comme elle est belle !

Il la dévoile à tous les regards. Il fait plus, il impose silence à son amour jaloux , et se trouvant épuisé par la lutte, impuissant à l'heure suprême , il la livre lui-même aux rivaux capables de la féconder.

Il ne voit que le but, ce fou , le bonheur du genre humain ! Le pilori et le carcan l’attendent , — vous connaissez, je pense , le chef-d’œuvre de Glaize, — mais pour consolation suprême , avec les fers aux pieds comme Colomb ,‘ avec le portoir à vitres sur le dos comme Thomas Grey, il se dira , tout seul , à lui-même, ce fou ; — « J’avais raison! j’avais raison ! »

■ Oh! puisse r.4»iatio», la vierge obscure que j’ai eu l’audacieuse folie d'arracher à son sommeil d’Epiménide et de caresser ensuite avec une conviction passionnée , ne point avorter misérablement au XIX** siècle^.en France!

Vingtieiîi^Sièçle , Amérique, Angleterre, nous la dérobéré ^-von^ ? . . . Allons-nous , vous la léguer, vous la livrer à notre honte ! . .

J'ai cru en elle à l’aspect de son image; j’ai dit. J’ai écrit, à mes risques et périls, sous mon nom, avec la téméritédelafoi enthousiaste, que je croyais en elle ; — je l’ai publié bien longtemps avant l’exis-

tence des embryons hélicoptères que je lui ai fait produire , en obtenant de l’inventeur , M. de Ponton d’Amécourt, qu’il appliquât le principe de sa découverte!

Ces embryons , ces modèles dont il a chèrement payé la fabric-ation , après bien des essais dispendieux auxquels , moi , j’ai participé par de grands sacrifices de temps et de travail , — ces preuves matérielles de la possibilité — existent maintenant.

Manifestés par moi d’abord , — ils l’ont été , le 30 juillet 1863 , par Nadar , — qui répondit à mon appel , avec un éclat , une vigueur , un retentissement extraordinaires , — ils l’ont été , depuis, par un savant dont le nom seul est la garantie de la réalité de l’invention.

De toutes parts accourent , depuis lors, les amants , les co-inventeurs , les futurs collaborateurs apportant leur science et leurs talents, les croyants sincères , les appuis, les défenseurs, les soutiens, les frères, et déjà nous sommes légion.

Mais, hélas! légion sans solde^^^Mtinunitions et sans organisation.

La jeune mère tressaille ; — elle espèjre rapproche du puissant père d’adoption qui vivifiant les^premiers fruits de ses entrailles , les nourrira , les fera grandir et donnera ainsi au genre humain, comme l'a dit, l’auteur de la Légende des Siècles :

LA LIBEâTÉ DANS LA LUMIÈRE.

8 XIT. — Bé«amé.

Utilités.

Les utilités de l’aviation sont ;

1** La rapidité et la facilité de communication par une voie douce et commode qui, après un apprentissage évidemment indispensable , présentera beaucoup moins de dangers que la navigation maritime , et n’en présentera pas plus que le transport par eau sur les rivières , par terre à cheval , en voilure ou en chemin de fer ;

2° Une étude des courants aériens très-profitable à la marine, — à l’hygiène publique en ce qui concerne la marche des épidémies , — à la météorologie, et en général aux sciences naturelles ;

3° Un appareil de sauvetage précieux en cas d’inondations,. de naufrages et d’incendies ;

4° Un moyen d’exploration et de découvertes géographiques, devant entraîner les plus heureuses conséquences sous les rapports politiques et commerciaux ;

5“ Un engin de guerre essentiellement pacificateur ;

6" Une source intarissable de travaux par la création d’une infinité d’industries nouvelles , par le développementdela majorité des industries existantes, par la nécessité de donner une foule d’emplois séden-

taires de gardiens , surveillants et commis aux gares d’aviation , aux phares, aux anémomètres, etc.. , — d’où une diminution certaine du paupérisme ;

7“ Un exercice salutaire comparable à l’équitation, au batelage et à la chasse.

Possibilité.

La possibilité est prouvée par un fait patent , matériel et notoirement transformé en démonstration mathématique.

Ce livre d’un bout à l’autre le constate.

La science et la technologie sont prêtes à résoudre le problème par des expériences progressives dont l’issue ne peut être que le succès ;

Car :

La vertu ascensionnelle automotrice est palpable ;

La direction , une connaissance dès longtemps acquise (jusqu’à l’habileté de manœuvre exclusivement);

La force motrice d’une application certaine dans les grandes et moyennes dimensions, plus que probable dans les petites.

— Conclusion.

Reste l’exécution parles voies et moyens pratiques ; en d'autres termes la question d’argent.

Je vais l'aborder avec la même bonne foi et la même énergie que toutes les précédentes.

Dès le 3 juin 1862, jour où je produisis nos hélicoptères au comité des inventeurs présidé par le loyal et généreux baron Taylor, je voulais faire un appel public au capital ; j’en fus empêché.

Je cesse de m’abstenir après une trop longue attente.

Je vole de mes propres ailes, dût-on me dire que je vole en étourneau.

Je suis le collaborateur de M. de Ponton d'Amécourt que j'ai mis en rapport avec Nadar, mais ce livre-ci, ou plutôt ce document consultatif, n’émane en aucune sorte du triumvirat hélicoptéroïdal comme l’a nommé M. Babinet.

Je combats en tirailleur.

Bref, je vais traiter la question financière et administrative en homme qui n’est peut-être pas aussi étranger à ces matières que passent pour l’être les gens d’imagination : — littérateurs, romanciers, chansonniers, poètes, inventeurs et tutti quanti condamnés d’avance par l’opinion publique à ignorer l’art de faire une addition.

Je vais la traiter en raisonnant comme s’il s’agissait d’emporter de haute lutte une position déjà tellement battue en brèche que dans quelques mois, dans quelques jours, demain, il est possible quelle ne soit plus à prendre.

Après nos travaux , nos longs eflorts et notre im-

mcnse publicité, — après les articles de M. Babinet, la brochure de M. D’Amécourt, l’apparition du journal l’Aéronaute , le Manifeste de Nadar, et mes diverses publications antérieures, — après nos essais d’allégement et nos hélicoptères automoteurs, — après la démonstration évidente du principe et la diffusion incomparable de l’Idée, — qui sait, en effet, — et qui peut le savoir ? — si, là, tout près de nous, il n’est point quelque patient et mystérieux inventeur qui, nemanquant, lui,, d’aucun des éléments décisifs du problème , ne va pas inopinément vous livrer ce que je vous propose de produire en commun et à grands frais ? Qui sait si un nouveau MontgoHier, infligeant un écrasant démenti à nos Lalande contemporains ne va pas, tout-àl’heure, voguer avec la première iptéronef , comme son ancêtre de gloire s’enleva, en 1783, avec le pre mier aérostat? Qui sait si les principes de Paneton et de Sauvage , si les prévisions de Franklin , de d’Ârgenson , de Roger Bacon et de Balzac ne sont pas l’objet des études fructueuses de quelque savant qui , les ayant lentement conduites à maturité, ne va pas nous crier tout-à-coup : — a Regardez ! c’est fait ! O

Oh ! s’il en était ainsi, nul ne féliciterait ce grand homme , nul ne l’exalterait et ne l’applaudirait de meilleur cœur que moi ! Nul ne saluerait son triomphe avec plus d’enthousiasme.

Mais , si ce que je suppose a’est qu’une illusion , que faire ? procéder froidement , chiffres en main , et tracer une marche à l’esprit conquérant de notre patrie et de notre siècle.

Essayons donc ! . . . . ,

L’étude des moyens pratiques me paraît, du reste, d’autant plus digne d’être tentée qu’une grande partie de mes propositions serait encore applicable, même dans le cas du succès d’un inventeur plus habile ou plus heureux que nous n’avons pu l’être jusqu’ici, faute d’argent surtout.

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