‹ Aviation ou Navigation aerienneChapitre 18 sur 36 · E. — ASCENSION ET PREMIER VOYAGE DU BALLON LE GÉANT · texte numérisé non relu

E. — ASCENSION ET PREMIER VOYAGE DU BALLON LE GÉANT

Le ballon le Géant , dont les ascensions et les exhibitions doivent, — selon le programme de Nadar, — conduire à la réalisation du système nouveau d’Avialion, a été construit avec une promptitude et une habileté qui ne sont pas les moindres prodiges de l’intrépide auteur du Manifeste de l’automotion aérienne.

Composé d’une double enveloppe, il a 90 mètres de circonférence, il jauge 6,098 mètres cubes de gaz.

Près d’un mois avant que les circonstances et l’état de l’atmosphère permissent de le lancer, il était complètement terminé.

Enfin, le dimanche 4 octobre 1863 vers cinq heures du soir, en présence de plus de deux cent mille spectateurs , il partit du Champ-de-Mars aux acclamations de la multitude frémissante d'admiration et d’enthousiasme.

Il emportait dans sa nacelle à double étage , en forme de maisonnette surmontée d’une terrasse, treize voyageurs dont

NOTES

les noms doivent être consignés ici à titre de pièce historique :

MM. Nadar , capitaine de i’expédilion ; Louis et Jules Godard , capilaines-adjoinls ; M’"‘ la princesse de ia Tourd’.Xuvcrgnc, pas.sagcre; MM. le prince deSayn-Witlgenslein , Eugène Delesscrt , de Saint-Martin, Tliirion, Piallat, Robert Mitchell, Adrien Tournachon , Th. Saint-Félix, et Yon , aide de manœuvre.

On n’avait pas attaché sous l'orifice inférieur lebalionneau compensateur dont j’ai fait la description au § II de mon chapitre premier; mais cet appendice, qui ne devait être d'aucune utiiité pendant la nuit , pouvait sans inconvénients n’être mis en place que le lendemain avant io lever du soleil , c'est-à-dire avant la dilatation du gaz.

La foule impatiente parut un instant ne point comprendre pourquoi U Géant ne s’enleva pas d’un trait , comme si le cavalier ne devait point laisser piaffer sa monture, en s’assurant qu’il est Itien en selle et qu’il a bien sa bride en main. Dès que les conditions d’équilibre furent reconnues bonnes, le vaste aérostat dont le gonflement et la manœuvre préalable d’attache à la nacelle avaient été accomplis avec la plus admirable précision , s’éleva majestueusement dans les airs.

Il fut porté ensuite du côté de l’est par une brise douce qui le berçait mollement , et les aéronantes jouirent , durant quatre heures environ, du plus splendide et du plus varié des spectacles. Un second coucher du soleil à travers les nuées’dont les formes fantastiques avaient un aspect grandiose presqu’indescriptible , une illumination électrique de l’aérostat dans l’obscurité vague et miroitante, les effets d’opposition les plus imprévus , les ravirent en extase.

Malheureusement leur magique rêverie prit fin vers neuf heures du soir. Le Géant, chargé d’humidité, se trouva si près de terre, qu’on dut aviser; l’on se proposait de débarquer une ou deux personnes pour l’alléger et pouvoir

NOTES

plus facileincnl continuer le voyage. On était alors à deux lieues de Meaux , non loin des marais de Barcy.

L’obscurité ne permit point d'efferluer le déchargement projeté sans des périls qui forcèrent à ouvrir la souyape, à perdre du gaz et par conséquent à manquer de force ascensionnelle- l/e\périence qui avait Jusqu'alors pleinement réussi fut donc interrompue par force majeure, sans qu’on ait eu, d'ailleurs, à déplorer aucun accident , et san sque le magnifique aérostat ail été avarié.

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