‹ Aviation ou Navigation aerienneChapitre 3 sur 36 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

E. — Premiers essais , allésements.

M. de Ponton d’Amécourt, fils d’un des plus intimes amis de mon père, était profondément convaincu d’avoir trouvé la voie à suivre ; il avait reconnu que l’hélice , en frappant l’air, s’enlèverait et enlèverait avec elle un poids relativement considérable. Son amour-propre et sa curiosité , se trouvant pleinement satisfaits , il se reposa sans trop songer à la mise à exécution.

L’histoire, presque toujours lamentable, des inventeurs est trop connue pour qu'au seul mot d’invention, la famille et les intimes d’un chercheur ne le détournent pas avec toute l’énergie de l’incrédulité , du dessein de faire des expériences. Le moindre des arguments est qu’en cas d’échec on s’expose au ridicule, en cas de succès à des procès ou au moins à des débats pénibles. — « Du reste , se hâtera-t-on de dire , tous les inventeurs se ruinent. Voulez-vous donc vous ruiner ? a

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NAVIGATION AÉRIENNE. ti

Plus l’entreprise est grande , plus le problème est ardu , et plus aussi ont de puissance ces arguments chaque jour reproduits dans le cercle de la famille ; c’est pourquoi la plupart des inventions échouent avant d’être sorties du port. Graines stériles du génie humain , elles demeurent infécondes parce qu’elles ne sauraient germer dans un terrain ingrat , sous les ronces qui les étouffent.

Cependant l’invention a une vertu secrète. On a beau l’étouffer en germe , un nouveau germe se reproduit de lui-même. Et l’inventeur sollicité par l’attrait, pour ainsi dire divin, de .sa conception, ne peut se résigner à garder à jamais son secret improductif, inutile et en même temps accablant comme un fardeau. Il souffre , car la plus noble des tentatives le persécute. La froide raison et l’influence affectueuse de la famille le retiennent ; le génie latent se révolte et le pousse. De cette lutte naît, comme de toute contradiction , une puissance nouvelle. A côté des arguments généraux , des objections spéciales ont été nécessairement émises. Cellesci sont un stimulant ; il faut les combattre , il faut les vaincre ; chaque triomphe de détail rend plus ardent le désir de manifester l’idée, de se hasarder dans les essais et de prouver par des expériences la réalité de la découverte. Mais , hélas I si d’une part la force d’expansion s'accroît , de l’autre la résistance redouble , et le plus souvent l’équilibre dou-

loureux qui en résulte paralyse l'inventeur. Il se décourage, abandonne son projet, tâche de l’oublier, n’y parvient point , lui donne, en devenant vieux, de vains et tardifs regrets , se reproche d’avoir manqué d'énergie, et meurt sans avoir rien accompli.

M. d'Amécourt communiqua ses études à M. Opperman , élève de l'école polytechnique et ingénieur distingué , qui les approuva , l’engagea fortement à persévérer, mais, faute de temps, ne put malheureusement pas accepter la collaboration active qui lui était offerte.

Il fallait pourtant à l’inventeur un collaborateur zélé, plein de confiance dans l'avenir de l’œuvre et décidé à lui prêter un concours efficace. Comment mener tout seul à bonne fin une découverte aussi vaste que la sienne? Les encouragements de M. Opperman furent suivis de déceptions accablantes. Plusieurs savants en renom à qui fut communiqué le mémoire manuscrit , ne daignèrent pas môme l’ouvrir, — c’était l’usage alors' , — le condamnèrent sur son titre comme une puérilité, ou même s’en moquèrent.

Ce que la raillerie a tué de grandes et féconde.? idées est incalculable. Les mauvais plaisants, savants ou non , sont assurément les plus redoutables coupe-jarrets du progrès de l’humanité. M. D’Amé-

1 Voir la note G.

court renonça décidément à tout espoir d’application.

Ceci est l’histoire de sept années entières, pendant lesquelles ne se produisit d’autre fait que l’apparition àvL spiralifère , jouet bien coUnu qui démontre absolument la possibilité de s’élever dans l’air, comme le rêvait l’inventeur, par le mouvement de rotation héliçoïde. Toujours plein de son idée, misérablement stérile , il s’imagina qu’elle était désormais du domaine public et qu’on allait au premier jour voir naître l’aéronef. 11 ignorait que le spiralifère n’est pas un jouet nouveau , qu’on s’est borné à le rajeunir en lui donnant des ailes de carton parlant d’un gros manche en place d’ailes de fer blanc partant d’un manche petit.

Il y a vingt ans, le spiralifère s’appelait strophéor. Dans son excellent cours du 9 août dont je me reserve de parler ci-dessous avec la plus vive reconnaissance,

— M. Babinet me l’a appris à moi-même. A la vérité,

M. Laubereau m’avait dit antérieurement qu’en Allemagne les enfants ont, depuis vingt-cinq ans au , moins , un jouet semblable.

En résumé , le spiralifère pas plus que le stropbéor , n’a fait faire un pas en avant. Aucun applicateur allemand ni français ne s’est soucié du principe qu’il prouve, et si M. d’Amécourl, stimulé par moi , n’était sorti de son inaction , ce n’est point , à coup sûr, le strophéor qui eût enfanté l’hélicop-

tère. — Un autre inventeur , oui sans doute , un penseur en réfléchissant à la vertu de l’hélice , oui , d’accord, niais le jouet; le jouet qui depuis vingt-cinq ans se visse dans l’air sans qu’on en ait souci , non , mille fois non! — Ce jouet, tout au plus, aurait pu remplir le rôle de la pomme (ou pour mieux dire , de la poire) de Newton ; mais il fallait être Newton pour conclure de la chute de ce fruit à la gravitation universelle.

En mars 1860 , M. d’Amécourt me communiqua son mémoire et ses épures ; je fus de prime abord séduit par le côté ingénieux de l’idée, nouvelle pour moi. — bien que j’eusse déjà foi dans la possibilité de la navigation aérienne et que je l’eusse écrit dès 184’7. Je m’étonnai qu’il n’eût donné aucune suite à son invention. Il me répondit par l'exposé de ses ennuis :

— Si pac4^|sa^ , me dit-il , on veut bien me

concéder^l^l^’/t’té de mon système , on se rejette aussitôt ; l’on m’accable d’à-quoi-bon?

— A quoi non ? m’écriai-je , mais à tout ! vos chers confidents sont donc des aveugles!...

Et sur ces mots l’inventeur de me demander une liste d’utilités bien évidentes , bien palpables. Mon imagination fut ainsi mise de la partie.

Je vis l’aéronef appliquée au trajet des bras de mer et des rivières , au sauvetage des inondés , des incendiés , aux communications à vol d’oiseau entre

les gares de chemins de fer divergents ou parallèles , aux explorations géographiques , aux petits et aux grands voyages , à lâchasse du lion, à la traversée des déserts ou aux caravanes , au transport des ouvriers creusant des puits artésiens dans le Sahara, au ravitaillement des blockhaus industriels , au sondage des marais impraticables , et de proche en proche à tous les genres de commerce. Je m'attachai au côté maritime et remplis d’indications une page entière ^ . La vitesse et la rectitude de la route , c’est-à-dire l’économie de temps ; la voie ouverte par la nature, donc l’économie de maind’œuvre, étaient a priori des utilités suffisantes. Enfin les applications surabondant jusqu’à l’infini , j’en revins à la possibilité avec assez d’insistance pour que l’inventeur se résignât à se mettre à l’œuvre.

Le 3 avril 1861 , il prenait décidément un brevet d’invention. Le lendemain, il m’écrivait en m’en donnant avis : « La grande agonie va commencer. Mes amis m’abandonneront-ils ?» — A partir de ce jour nous fûmes collaborateurs , et je me suis dévoué au succès de l’œuvre devenue commune.

M. d’Amécourt voulant , comme il le disait , se mettre en règle avec la science , eut recours à un mathématicien qui s’était précédemment occupé de

' Page *37 de la Vie navale.

le

la question de^ aérostats , M. Landur , dont les longs et consciencieux calculs , insérés en substance dans la Presse scientifique du 16 juin 1861, tendent à démontrer la réalité de la théorie.

La formule finale, résultant de l'étude mathématique du système d’Amécourt , se trouve être identiquement la même que la formule finale résultant de calculs faits d’autre part a sur le travail que » dépense un oiseau pour se soutenir quand il n’u- » tilise pas le vent. » Et l’auteur dit , avec toute vraisemblance , que : « cette coïncidence ayant évi- » demment sa raison d’être dans la nature des choses, » il y voit une vérification de ses calculs. » — Ainsi soit-il !

En fait de mécanique , je me défie beaucoup pour ma part des calculs qui ne sont pas fondés sur des expériences préalables. Les observations astronomiques ont précédé de fort loin les calculs sur la mécanique céleste. Et cependant , que d’erreurs ont, de siècle en siècle , relevées les astronomes en basant des calculs nouveaux sur des observations nouvelles. Et en fait d’applications aux arts industriels, lorsque l’expérimentateur qui voit et qui observe seul est sujet à mal voir et à conclure au rebours de la réalité , faute d’avoir tenu compte d’un détail , comment un mathématicien raisonnant par hypothèses et par inductions, n’omettrait-il pas quelque coefficient qui, multipliant ou divisant le résultat définitif, le rendra

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beaucoup trop fort OU trop faible, beaucoup moins favorable ou radicalement faux.

Du reste, M. Landur, dans son article intitulé : Résumé de quelques calculs sur la navigation aérienne , prenait la peine d’établir des formules algébriques pour en arriver à conclure « qu’on ne pourra résister ») aux vents, ni marcher très-vite avec des aérostats D moins denses que l’air. »

Bref, tandis que MM. d’Âmécourt et Landur calculaient, calculaient, calculaient, je m’obstinais à vouloir de promptes expériences , et suivais en cela les conseils de mon savant ami .Armand de Quatrefages qui avait pris connaissance du manuscrit, alors sous presse, de ma brochure (Aéronef.

Je me mis donc à la recherche d’un objet tout fabriqué qui pût nous servir. Je courus chez plusieurs fabricants de jouets et grâce aux indications de mon obligeant camarade Schanne, artiste en bimbeloterie, comme il l’est en peinture et en musique', le 24 avril , j’avais trouvé un ressort d’horlogerie imprimant un mouvement de rotation à une tige verticale , auquel j’adaptai des ailettes de spiralifère.

Ce ressort se déroulait en l’espace de quatre minutes quand il était pourvu desdites ailettes. Je le pesai , et l’ayant mis en mouvement , j’obtins dans

1 Voir aux Poèmes et Chants marins, l’air du Feu St-Elme, par Schanne (N’ aî).

une balance un allégement moyen de quatre grammes pendant qu’il fonctionnait. — Je me crus immédiatement aux .sommets des nues.

— Au lieu de se dérouler en 4 minutes , me disais-je , si le ressort .s’était détendu en 30 secondes, et si le petit appareil , au lieu de peser 300 grammes n’en avait pesé que 75, — la force octuplant d’un côté , la légèreté quadruplant de l’autre , — il devait arriver que, durant 30 secondes, l’objet s’enlèverait et avec une surcharge de 43 grammes. Partant de là, et raisonnant en kilogrammes, je concluais qu’une aéronef pouvant peser jusqu’à 750 ou 800 kil. serait capable d’enlever (y compris son propre poids) 1280 ou tout au moins 1000 kil.

Ces calculs élémentaires, infiniment trop hypothétiques à coup sûr, étaient basés sur une première expérience dans laquelle , toutefois , je commis une grave erreur à mon détriment. J’oubliai de tenir compte du rejet de l’air sur le plateau de la balance ; véritablement je m’allégeais de 5 grammes, et non de 4, — d’un cinquième en sus, quantité très-considérable vis-à-vis de si minimes résultats.

J'insiste sur cette circonstance pour corroborer ce que j’ai dit et redit ci-dessus, de la nécessité de contrôler et faire contrôler les essais par une observation soutenue. L’abbé Desforges dut commettre quelque erreur analogue à la mienne. Par bonheur, mon hélice ne fit point comme les ailes de sa gondole ;

je vis que je montais, j’étais expérimentalement convaincu. — Et pourtant, à peu de jours de là, un homme très-bienveillant, considérable dans les sciences et l’industrie , inventeur lui-même, et parfaitement disposé à mon égard, soutenait publiquement contre moi, dans une réunion scientifique que,

quand même mon ressort, mon moteur, ne pèserait rien , le système ne s’enlèverait pas en l’emportant dans Tair.

J’avais cm ma petite démonstration expérimentale irrécusablement victorieuse, elle était regardée comme l’illusion la plus folle. — Qu’on vienne donc après cela nous dire qu’en fabricant l’hélicoptère noos n’avons fait que perfectionner le strophéor.

Ma foi , néanmoins , ne fut aucunement ébranlée. Elle avait pris naissance au seul aspect de l’épure de M. d'Amécourt, — le spiralifère était là pour démontrer la puissance de la vis aérienne ; — mon engin rudimentaire s’allégeait de quatre ou cinq grammes sur trois cents. Dobc,jeme vissais dans l’air, — je m’envolais au soixantième ; — encore cinquante-neuf pas en avant et je m’enlèverais en tournoyant comme l’alouette.

Tous les corps savants de l’univers entier auraient été là pour me dire que mes cinq grammes d’allégement ne signifiaient rien, que j’aurais inébranlablement .soutenu le contraire. Seulement, la contradiction publique d’un éminent théoricien et praticien.

animé à nion endroit des meilleures dispositions , me fit sentir qu’il serait impossible de (aire partager ma conviction tant que nous ne serions pas plus avancés .

Cela ne m’empêcha point de me faire dès lors l’apôtre de l’Aviation par mes publications , mes lettres , mes mémoires et mes dissertations publiques. — Je faisais du bruit comme quatre ; j’aurais voulu en faire comme quarante mille, — car ce tapage seul pouvait attirer à nous les concours utiles de tous genres, les hommes de foi et d’action auxquels, par continuation, je fais appel encore aujourd’hui. Le zèle ardent de Nadar vient de prouver clairement combien j’étais dans le vrai. Une idée ignorée peutelle faire son chemin? — Plus de quatre mille pejsonnes, en France, s’occupent, j’imagine, de navigation aérienne , chacune dans son coin. Leurs efforts isolés et généralement secrets n’aboutissent à rien.

Oh ! le secret , le secret breveté ou non , la jolie chose, le bon billet à la Châtre, la merveilleuse garantie de produire tout juste autant que les sept premières années de M. d’Amécourt : une satisfaction inutile.

La foi qui ne se manifeste pas ne produit ni prosélytes, ni prôneurs, ni collaborateurs, ni bailleurs de fonds, et conséquemment rien ne marche. — Bref, je ne cessais de parler de l’hélice ascensionnelle avec l’opiniâtreté d’un homme convaincu des avantages de la publicité. D’où viendrait le secours?

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je l’ignorais; mais ce n’esl point sans mettre à la loterie qu’on peut gagner un lot.

Mes excellents collègues du comité des gens de lettres me déclarèrent atteint à.' aéro locomotion mentale, — monomanie inoffensivé d’ailleurs , divagation douce et parfois même amusante , en dehors de laquelle ils admettaient que je cessais de m’égarer dans les nues..

Ce furent pourtant les gens de lettres, je me réjouis de le constater, qui, avec leur imagination vive et leur esprit d’intuition , furent les premiers à se laisser persuader, — Paul Féval en tête de tous.

Je trouvai alors un concours obligeant des plus précieux en la personne de M. Alphonse Moreau , entrepreneur de serrurerie, très-expert dans son art, qu’il a fait progresser par une foule d’heureuses innovations. Il consentit à faire avec moi de nombreux essais d’hélices de formes variées. Chaque jour on nous fabriquait des ailettes doubles , triples, quadruples, larges, minces, courbes, plates, rationnelles d'ordinaire, extravagantes ' parfois ; et chaque soir, plusieurs heures durant , nous pesions les effets de ces ailes en les comparant entr’eux. Notre voie était excellente,— j’avais recueilli au Havre des renseignements sur les hélices marines. — nous avions visité au Conservatoire des Arts et Métiers toutes sortes d’ailes de moulins à vent, — nous prenions des informations et des conseils, — mais nous fûmes^

arrêtés dans nos tâtonnements parune force majeure. C’est d’autant plus fâcheux que tous les connaisseurs reprochent aujourd’hui à l’hélicoptère d’avoir une hélice mai étudiée , insuffisante et laissant à désirer de grands progrès.

Telle est l'opinion de M. Larue , habile ingénieur mécanicien, inventeur d’une remarquable voiture à vapeur destinée au camionnage, en cours d’exécution et pour l’exploitation de laquelle s’organise en ce moment une société financière. Ce constructeur, fort instruit et fort expérimenté , qui a fait une etude approfondie de l’hélice au point de vue de la ventilation , se déclare capable de fabriquer des hélicoptères beaucoup plus puissants que les nôtres.

M. Laubereau, l’auteur de la machine à air chauffé, si précieuse pour la petite industrie, puisqu’un prix de vingt-cinq centimes par jour elle produit la force d’un homme, désapprouve également la forme de nos ailettes , et son avis a d’autant plus de poids qu’il a de son côté, m’a-t-il dit, fabriqué un hélicoptère.

MM. de Fonvielleet Garapon, du cercle de la Presse scientifique , ont fait la même remarque en présence de MM. d’Amécourt et Landur.

Enfin, à -son cours du 9 août, M. Babinet, avec l’autorité de sa grande science , a trouvé nos hélices mauvaises.

Reconnaissant depuis l’origine combien ces cri-

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tiquës sont fondées , je ne puis répondre que ce que j'ai déjà répondu :

« Si des hélices imparfaites agissent bien , d’autres O hélices mieux conçues , mieux proportionnées ,

» mieux fabriquées agiraient d’autant mieux, et,

» dans ce dernier cas, puisque leur vertu ascension'

» nelle serait plus grande , la force ihotrice , pouvant » être moindre, serait moins difficile à trouver ou à » appliquer. »

Oh 1 que m’importe de confesser notre infériorité. • A tous les diables les niaises questions d’amourpropre. Il .s’agit de réussir!

Ceux-là ont fait immensément qui ont manifesté le principe , car le véritable inventeur ne saurait être celui qui enfouit sa trouvaille.

Quelle reconnaissance voulez-vous qu’on ait pour celui qui met la lumière sous le boisseau ?

Vous pouvez faire mieux , vous , amis ou adversaires. Eh bien , faites!... et j’applaudirai avec joie. — Que voulons-nous? Le succès.

Il y aura de la gloire pour tous.

M. de Ponton d’.Amécourt aura celle d’avoir osé le premier se laisser pousser en avant, et d’avoir, par ainsi, produit au grand jour la preuve éclatante qu’une hélice peut emporter avec elle dans l’air sa force motrice et une surcharge considérable.

.le reprends rapidement.

-M. de Ponton d’Amécourt fit fabriquer un petit

appareil d’horlogerie pourvu d’ailettes qui tournaient en sens inverse. Cet engin, grossièrement exécuté, s’allégeait de quarante àsoixaqite grammes sur trois cent vingt, durant environ cinq secondes. Lorsqu’un contre-poids annihilait sa pesanteur, il se vissait et se hissait dans l’air avec une vélocité charmante.

Une machine à bras d’homme construite par M. Alphonse Moreau , nous serxit pour faire des expériences de diverses natures. Posée sur une bascule , elle s’al légeait de dix à quinze kilogrammes sur environ 160 y'-compris le poids de l’hontme qui la faisait fonc- ■fronner. — Mettant en branle les ailes seulès surchargées de poids gradués et glissant sur une tige •verticale, elle donna des allégements apparents de cinquante à soixante kilogrammes. Ces expériences ne flrent point avancer d’un pas dans la bonne voie ‘ .

On peut en dire presqu’aulant d’un petit cylindre muni d’ailes d'un mètre et empruntant sa vapeur à une chaudière fixe. Cet appareil fort coûteux, fa-

lé* m

1 Dans la présente édition, ^.je m’applaudirai pourtant d'avoir fait quelques expériences sur une échelle assez grande déjà puisque nos hélices ont eu jusqu'à quatre mètres de diamètre. Aujourd’hui que certain.s dénégaleurs rcrusent à nos hélicoptères la facilité de srandir, je suis heureux de pouvoir affirmer que nos grandes ailes donnaient comme allègement^ des ré^ltats proportionnellement supérieurs aux premiers allègèrôents obtenus dans des balances au moyen de nos petits engins primitifs. (Voir la note M.)

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briqué dansles plus mauvaises conditions , malconçu, plus mal exécuté , s’allégea néanmoins du tiers environ de son poids. Il fut essayé au commencement de 1862, dans les ateliers deM. Barriquand qui seconda nos efforts avec le plus aimable zèle , mais ne put faire l’impossible en obviant aux vices radicaux du système dont il n’était point l’auteur.

Mon volume La Vienavale allait paraître, j’ajoutai au chapitre l’aéronef la note suivante : — « De nos » diverses expériences faites progressivement, nous » sommes portés à conclure comme vraisemblable :

» qu’une légère machine , même à vapeur , appro- » priée à l’aéro-navigation ( ou aviation ) et mettant » en mouvement des hélices convenables , avec une » force effective de quatre chevaux, enlèverait très- » facilement un aéronaute et son approvisionnement » pendant cinq ou six heures. »

Cette assertion que l’expérience seule peut confirmer ou démentir, est sensiblement moins hardie que celle d’un savant très-distingué, M. Emm. Liais, qui s’est rencontré à miracle avec M. de Ponton d’Amécourt.

s n. — Co'îneldcneoremarqnabie. — E.’Héllee.

Le 23 juin 1861 , le journal la Patrie publiait un travail de M. Liais , littéralement conforme de tous points , à l’exposé de notre système. Le savant as-

troaonae établissait aussi que le meilleur procédé pour s’élever dans l’air , et par suite s’y diriger , était l’emploi: 1° de deux hélices concentriques sur une tige verticale, tournant en sens inverse; 2® d’une hélice propulseur tournant sur un axe horizontal, et disposée comme la nôtre; 3° d’un gouvernail.

Nouveau-nés de par notre brevet s. g. d. g. — en date du 3 avril , — jeunes conscrits sur le champ de bataille de l’Invention, — encore tout pleins des illusions qui portent à penser qu’on va réussir d’emblée à soi seul,— aulieu de nous réjouird’une si complète coïncidence et de voir en elle un appui , une preuve , un élément de succès , nous fumes singulièrement alarmés M. d’Amécourt et moi. Depuis plus d’un an des indiscrétions pouvaient avoir été commises; des tiers pouvaient avoir suggéré à M. Liais l’étude de nosidées; la question d’antériorité nous préoccupa beaucoup plus qu’il ne convenait , et je me hâtai de rassembler des attestations certifiant que , bien avant le 23 juin , les signataires avaient eu connaissance de l’invention de l’aéronef par M. Gustave de Ponton d’Amécourt dont j’étais le collaborateur.

Sur cette pièce figurent les noms pour la plupart bien connus, de MM. Frédéric Thomas, Jules Adenis, Emile Richebourg, Etienne Enault, Louis Enault, Alph. Moreau , Eustache Lorsay, Henri Celliez, Emmanuel Gonzalés, Michel Masson , Laffitte, Léo Les-

NAVIGATION AÉRIKNNE. H:

pès, Vie. Ponson du Terrail . Francis Wey , B. de Siebenthal , Armand Le Gallais , A. de Courson , de Sainl-Gerœaftt, Bonaventure et Th. Ducessois.

Je remercie de tout mon cœur les consciencieux signataires de l’attestation d’antériorité. Mais aujourd’hui que l’expérience des choses a marché de front avec nos expériences mécaniques , aujourd’hui que le temps a dissipé mes étroites illusions, je fais

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