I. — Ailes artiQcicIles deBesnier, p. 29, 31 et
M. Dupuis-Uelcourt a extrait la description suivante du Journal des savants, Paris, 12 septembre 1678 :
tt Ces ailes sont chacune un châssis oblong de taffetas, attachées à chaque bout de deux bâtons que l’on ajustait sur les épaules. Ces châssis se pliaient du haut en bas comme des battants de volets brisés. Ceux de devant étaient remués par les mains , et ceux de derrière par les pieds , en tirant chacun une ficelle qui leur était attachée.
» L’ordre du mouvement était tel , que quand la main droite faisait baisser l'aile droite de devant , le pied gauche faisait remuer l’aile gauche de derrière , ensuite la main gauche et le pied droit faisaient baisser l'aile gauche de devant et la droite de derrière-
• Ce mouvement en diagonale paraissait très-bien ima-
NOTES
giné, parce que c'est celui qui est naturel aux quadrupèdes et aux hommes quand ils marchent ou lorsqu’ils nagent. On trouvait néanmoins qu'il manquait deux choses h cette machine pour la rendre d'un plus grand usage : la première, qu’il faudrait y ajouter une grande pièce très-légère, qui, étant appliquée à quelque partie choisie du corps , put contrebalancer dans l’air le poids de l’homme ; la seconde, que l’on y ajustât une queue qui servit à soutenir et à conduire celui qui volerait; mais on trouvait bien de la difllculté, à donner le mouvement et la direction à cette espèce de gouvernail , après les expériences qui avaient été innlilcmcnt faites autrefois par plusieurs personnes.
» La première paire d’ailes sorties des mains du sieur Besnier, fut portée à la foire de Guibray, où un baladin l’acheta et s’en servit fort heureusement. Besnier travailla ensuite à une nouvelle paire qu'il espérait de perfectionner et de rendre plus achevée que la première.
" 11 ne prétendait pas néanmoins de pouvoir s’élever de terre , ni se soutenir fort longtemps en l’air, à cause du défaut de force et de vitesse qui sont nécessaires pour agiter fréquemment et efficacement ces sortes d’ailes , ou en terme de volerie, pour planer; mais il assurait qu’en partant d’un lieu médiocrement élevé, il passerait aisément une rivière d’une largeur considérable, l’ayant déjà fait de plusieurs distances et de différentes hauteurs. Il commença d’abord par s’élever de dessus un escabeau , ensuite de dessus une table, après d’une fenêtre médiocrement haute, puis d’un second étage et enfin d’un grenier, d’où il passa pardessus les maisons de son voisinage ; et s’exerçant ainsi peu à peu , il mit sa machine dans l’état où elle était alors. *
Cette relation, due à un témoin oculaire et provenant d’un journal fort estimé , a tous les caractères de la véracité la plus consciencieuse. Si donc elle est vraie, comme je le crois, quoi de plus facile que de
NOTES
refaire l’expérience, en partant de l’escabeau, puis de la table. Un clown adroit devrait pouvoir réussir comme réussit le baladin acquéreur de la première paire d’ailes.
Supposons que les essais soient heureux , ils nous mettent en possession d’un système ascensionnel de plus.
Or, il est prouvé par nos hélicoptères qu’on peut s'enlever mécaniquement avec sa force motrice.
Ce point capital étant admis , nous appliquerions un moteur aux ailes Besnier, et grâce à la force infatigable dont nous disposerions, nous pourrions nous soutenir indéfiniment. — Notre machine, si c’était nécessaire, serait posée sur des béquilles de quelques mètres , pour le moment du départ.
Quoi qu’il en soit de ce détail dont l’utilité est que la première pression des volets pliés ait lieu sur une colonne d'air suffisante, le reste de l’installation se devine.
Les balanciers parallèles, au lieu d’être établis sur les épaules du volateur, correspondraient à un piston qui leur imprimerait le mouvement alternatif en diagonale. La nacelle et la machine motrice serviraient naturellement de contrepoids équilibrants et l’on munirait aisément l’appareil du gouvernail désiré dont ne pouvait faire usage un homme qui n’avait plus les pieds ni les mains libres.
D" itized bv Gooqlc
NOTES. S45
L’addition d'un propulseur quelconque faciliterait sUigulièrement la manœuvre.
Enfin , puisque la force d’un homme , pendant un temps très-courl , il esl vrai , suffisait pour mettre en jeu les ailes Besnicr, une légère machine d’un cheval devrait suffire pour mouvoir l’avicule construite d’après son système.
Que coûterait cette série d’expériences ? — Mille à quinze cents francs, somme insignifiante pour la compagnie d’ Aviation qui la prélèverait sur les fonds du chap. IV [Expériences , p. 311), somme énorme ‘pour des inventeurs qui , dans le doute , doivent évidemment s’abstenir de toute dépense étrangère à la poursuite de leurs propres travaux.
Ce que je dis, à ce point de vue financier , s’appli- (lue également à mon orthoptère- parachute dont l’essai ne coûterait pas davantage, et à la reprise des études de Blanchard dont j’ai parlé dans mon premier chapitre, page 33.
Les gens exclusifs estiment qu’en demandant un capital de deux millions , je pose une somme folle ; mais moi, pour prendre la place sans que son siège durât vingt ans , je voudrais la battre en brèche de tous les côtés à la fois , et chacun sait ce que sont les armes et munitions nécessaires pour une pareille campagne.
NOTES
J. — Projet de ballon remorqué, p. 36.
Je m’intéresse à toutes les éludes relatives à la navigation aérienne, mais je tremble que les aérostiers ne nous fassent rétrograder d’un siècle.
D’après un projet que je connais depuis plusieurs années, et dont le Propagateur illustré, dans son numéro du 1®*' novembre 18 ( 3, revendique l’anlériorité en faveur de M. Grison, — MM. Pierre Moreaud et Jules Séguin se proposent de faire traîner, de la place de la Concorde au bois de Boulogne, un ballon colossal, au moyen d’une locomobile fixe et de gros cordages passant dans des poulies frappées sur des poteaux de quatorze mètres. S'ils réalisent leur projet, on ne saurait leur recommander assez de prudence. Que leur maximum de vitesse soit très-modéré, le danger sera nul et la promenade charmante; mais de lamentables catastrophes seraient à redouter si, môme de temps calme, et, à plus forte raison , avec vent de travers ou vent contraire, ils ne craignaient pas d’accélérer la marche de leur aérostat captif.
Puissent leurs essais sagement dirigés réussir de tous points et ne point ramener le fatal discrédit dans lequel l’aérostation était tombée , par suite de trop de tentatives maladroites , incomplètes on désastreuses.
K. — Gaz ammoniac, p. 259.
Dans le Propagateur illustré du 1®® novembre 1863 et les numéros suivants, l’emploi du gaz ammoniac pour le gonflement des ballons est fort .savamment préconisé par M. Ch. Tellicr. Je me complais à reconnaître que ses propositions détruisent un grand nombre des objections faites jusiiu'ici à l’appareil aérostatique. La question du lest en l’air est radicalement tranchée avec succès : d’où la plus précieuse des facilités de manœuvre ascensionnelle et ilescensionnelle. Toutefois le volume exagéré, la fragilité de l’enveloppe, les difficultés d’atterrissage et le prix de revient demeurent comme obstacles plus ou moins graves. M. Tellier ne croyant l'appareil iptère « ni rationnel, ni pratiquement possible, reste
NOTES
jusqu’à nouvel ordre attaché aux aérostatà. » Jusqu’à nouvel ordre, de notre cùté , tout en applaudissant aux perfectionnements (lu ballon , nous resterons convaincus que l’avenir appartient aux systèmes mécaniques plus lourds que l’air.
M. Tellicr n’est point un adversaire irrité, il ne veut point de (h'bats pouvant onKcndrcr des personnalités inutiles; il ne voit que le but ; il mérite donc toutes nos sympathies ; et, du reste, nous ne sommes pas en contradiction complète avec lui, après ce que nous avons dit et répété p. 39 cidessus. Seulement, la question qui nous occupe diffère fondamentalement de celle qu'il étudie, et il trouvera bon que nous persévérions, puisque d'après ses propres paroles, les tentatives vers l’inconnu amènent toujours un résultat.