APPEL A TOUS
Et c’est à M. Liais, le premier de tous, que j’adresserai cet appel en m’estimant heureux d’une rencontre qui , venant d’un homme aussi compétent que lui , confirme nos plus chères espérances.
J’en dis autant aux nombreux auteurs de systèmes analogues qui se présentent de tous côtés, grâce à l’immense et bénévole publicité que nous devons à l’intervention passionnée de Nadar. Non moins pénétré que moi des avantages de la divulgation de l’idée , il a su , lui , par de généreux sacrifices , faire du bruit comme quarante mille.
Bien convaincu , du reste , depuis très-longtemps, du principe que pour lutter contre l’air il faut être plus lourd que l’air . et de l’efficacité de l’hélice , il va droit au but, il attaque énergiquement la question d’argent , il veut voir se fonder une société de capitalistes pour la réalisation pratique et l’exploitation industrielle de l’Aviation. t
Que cette société se constitue sur de larges bases !
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après quoi , inventeurs, hommes d’étude, théoriciens, praticiens et chercheurs, hommes de foi et d’action , formons faisceau et nous pourrons nous’ écrier d’une senle voix : « Qu6 non ascendant? » < * '
Dans le numéro de la Patrie suivant immédiatement celui où M. Liais décrivait son système indentiquement semblable à celui de M. de Ponton d’Amécourt, l’honorable savant poursuivait l’examen de la question, posée en ces termes :
« Pour faire mouvoir l’appareil, la science possède- » t-elle un moteur convenable , et les surfaces des » hélices ne seraient-elles pas de dimensions telles , » que la difficulté d’obtenir cette surface créât une B impossibilité ? b
Après quelques considérations sur la décomposition des forces, il se répond ainsi :
a Comme on peut, en augmentant la surface, B rendre la vitesse et l’inclinaison aussi petites que B l’on veut, tout en continuant d’équilibrer le poids, » on peut donc rendre le produit de la vitesse par B l’inclinaison très-petit, égal par exemple à un B dixième ou un vingtième de mètre , encore bien B qne la vitesse soit assez grande. De cette manière, B une machine à vapeur de la force d’un cheval , B laquelle peut enlever soixante-quinze kilogrammes B à un mètre par seconde, pourrait, en agissant sur B les hélices dont j’ai parlé , maintenir suspendu B dans l’air un poids de dix ou vingt fois soixante^'
D quinze kilogrammes , c’est-à-dire de sept cent cin- » quante ou de mille cinq cents kilogrammes.
» Une machine à haute pression , de la force que » je viens d’indiquer [un cheval) , peut être construite » de manière que son poids, y compris la quantité » d’eau et de charbon nécessaire pour fonctionner B quatre ou cinq heures , et même plus , n’égale B qu’un cinquième ou un dixième des poids que j’ai » cités. On voit donc qu’elle pourrait supporter avec » elle le poids d’un appareil et d’un homme, de I) sorte que la première question que j’ai posée est » résolue sans difficulté par l’affirmative. »
Plaise à Dieu que ces conclusions , bien plus favorables et plus catégoriques que les nôtres , soient rigoureusement exactes, et plaise à Dieu surtout que nous ne manquions pas de l’argent nécessaire pour faire les expériences , en résumé fort coûteuses.
« Mais pour la seconde question , savoir : la sur- » face des hélices, — ajoute M. Liais, — le calcul » apprend que dans ces conditions elle devrait être » considérable. » — L'auteur .se hâte de dire ensuite qu’il n’y a point lieu de trop s’effrayer de cette conclusion, et, en homme expérimenté, constate qu’il peut exister de grands désaccords entre la théorie et la pratique , si , dans la théorie , on a négligé quelque chose (textuel) Or, dit-il encore , « la théorie con- » duirait à la conséquence que les oiseaux ne » peuvent voler, ce qui prouve que cette théorie
D n’est pas exacte et que conséquemment on a , en D la faisant, négligé une influence importante. »
Les théories avant expériences, — que l'on s’appelle Emm. Liais, Landur ou Lalande, ne valent donc guère mieux que les idées instinctives du premier inventeur venu. — Au moment où Blanchard s’enlevaità un dixième près, volait aux neuf dixième», Lalande démontrait théoriquement que les ailes nécessaires pour soutenir un homme en l’air, devraient être « de cent quatre-vingt pieds de long et autant » de large , c’est-à-dire plus étendues que les voiles » d’un vaisseau. » [Textuel, à l’article du Journal des savant» déjà cité, juin 1782, p. 367).
« Se mettre en règle avec la science » est fort louable sans doute , mais il faut toujours en revenir au mot de mon ami A. de Quatrefages ; « En avant les expé- D riences !» que je traduis par : « En avant l’argent » Du reste , M. Liais l’entend parfaitement ainsi : « Il faut pour réussir, dit-il plus bas, déterminer » d’avance la grandeur et la forme des hélices ou » appareils rotatifs qui donneraient le plus d’avan- » tage. L’instrument que j’ai imaginé pour étudier » et refaire la théorie de la résistance de l’air, O théorie que la science réclame impérieusement » pour une foule d’applications , en outre de celle » dont nous parlons , peut servir dans ce but. »
M. Landur, dans l’article déjà mentionné , dit de même que les lois de la résistance de l’air contre de
grandes surfaces très-inclinées ne sont pas connues.
« Cet instrument , poursuit M. Liais , consiste en » un axe vertical qui , en même temps qu’il tourne,
» peut glisser de bas en haut dans deux colliers. Un » autre axe vertical placé au-dessous de lui , dans » son prolongement , lui communique Ij^ nmuvement » de rotation , soit par l’intermédiaui^ d’un parallé- » logramme reliant les deux axes, soUparunef^r- » chette terminant supérieurement râxq. inférieur » et agissant sur une tringle horizontale fixée à la » partie inférieure de l’axe supérieur.
» L’axe inférieur est muni d’un compteur pour la » vitesse et est mû par un moteur disposé de man nière à connaître la quantité de travail fournie » pendant un temps donné. »
M. Larue a fort souvent fait, m’a-t-il dit, ses expériences concernant l’hélice aérienne à l'aide d’axes horizontaux; il en contrôlait les résultats par d’autres expériences sur des axes verticaux.
Nous avions essayé , comme on l’a vu , avec notre appareil àhraset une tige verticale , d’après les avis d’un de mes amis, officier d’artillerie très-compétent, M. Ordinaire de Lacolonge. Nos essais ne se prolongèrent point assez et ne nous fournirent aucun renseignement pratique.
L’hélice, la sainte-hélice, comme l’appellent le docteur Van Heck et le bouillant Nadar, est uu or-
gane complexe , bien différent en cela de la roue » dont le diamètre et l'épaisseur sont les seules conditions essentielles à déterminer. L'hélice, dont le pas, le nombre de palettes, la dimension , l'inclinaison et la torsion de celles-ci , la matière , la position sur la tige verticale , c’est-à-dire la hauteur*/-; et plusieurs autres éléments encore varient jusqu’à l’infini les formes et les propriétés, peut donc à l’applichtibn être bonne , médiocre ou mauvaise , selon qu’elle aura été construite dans telles ou telles conditions. Et quand les proportions d’une roue importent essentiellement au véhicule terrestre, quelle ne sera pas l’importance des formes et dimensions de l’hélice aérienne?
L’hélice barrée en brise lames dont fa face se décompose en facettes disposées de manières trèsdiverses , l’hélice à pertuis de M. Bouligny d’Evreux, percée de trous comme un crible ou mieux comme un gouvernail chinois , ont donné des résultats trèsdifférents de ceux qu’on obtient avec l’hélice soit unie, soit pleine.
Il est évident que des expériences préalables sont rigoureusement nécessaires , et que , mathématiquement faites, elles faciliteront au plus haut degré, la bonne construction de l’appareil définitif.
Mais M. Liais , à l’époque où il écrivait, n’avait encore pu faire ces expériences; et si d’autres les ont faites , — ce qui n’est pas douteux , — ils ont le
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droit absolu d’en conserver le secret ou , en d’autres termes , de ne point livrer gratuitement le fruit d’études qui leur ont nécessairement coûté de l’argent et du temps , c’esl-à-dire de l’argent encore.
Or, il est toujours plus prompt , et conséquemment plus économique , d’acheter ce qui est fait et bien fait que de le refaire, moins bien, peut-être, — * donc ici se reproduit, comme partout, l’inévitable question d’argent.
Un concours ayant été ouvert et des hélices diverses étant propo.sées , le conseil administrant le capital d’essai de la navigation aérienne , devrait les faire expérimenter successivement en présence de juges compétents, et payer à un prix fixé d’avance, celles dont la supériorité serait ainsi constatée. Un prix de cent guinées fut décerné à Samuel Brown pour son hélice navale. C’est de la sorte qu’on marche vite et bien , sans perdre un temps incalculable en tâtonnements dispendieux.
Une excellente hélice aérienne , — sinon la meilleure , — doit exister , bien étudiée déjà ; empressons-nous d’en faire l’acquisition, partie à prix ferme, partie en actions de la Compagnie ; et procédons de même pour tous les éléments essentiels du système , si bien esquissé par M. de Ponton d’Âmécourt , dont les titres à la qualité d’inventeur, vont être mieux établis par le paragraphe suivant que par la con-
ception de sot idée , son mémoire , son épure et la date de son brevet.
g lu. ~ HélicoptèrM.
L’application de l’hélice au ballon soit comme propulseur, soit même comme moyen d’ascension n’a rien de nouveau. Dès que l’on eut vu comment Smith, Ericsson et Sauvage en avaient fait un propulseur marin, foule d’aéronautes y songèrent. Sauvage, en sa qualité d’invenleur-applicateur, y avait pensé le premier. En 1847, M. Van-Heck a appliqué avec succès l’hélice à un modèle d’aérostat pour s’élever et descendre perpendiculairement.
L'elTicacité prévue de l’hélice à air dut nécessaire ment conduire un grand nombre des novateurs qui voulaient la suppression préalable du ballon , à supposer que l’hélice soit seule, soit combinée avec les plans inclinés , pourrait suffire à soulever une machine aérienne.
Les expériences d'Hanson faites en Angleterre, en 1843 , sont une preuve que cette idée eut , dès lors , un commencement d’application. MM. Babinet, Moreau, de la Société des auteurs dramatiques, Nadar, Béléguic et autres , ont eu chacun de leur côté la même pensée, tandis que MM. Leinberger, Petin , Pline , Piallat, etc., etc., à commencer par Alban et Vallet , qui , dès 1784 , se servirent de quatre ailes de
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moulin à vent en soie , ont adapté l’hélice à des systèmes aériens très-divers.
Le projet de faire tourner en sens contraire deux hélices à axes verticaux et concentriques , est ce qui constitue essentiellement l’invention de M. de Ponton d’Amécourt. M. Liais , qui n’avait aucune connaissance de ses travaux , fournit par une coïncidence admirable, une preuve de la vérité de sa théorie, démontrée expérimentalement d’abord par nos nombreux et dispendieux allégements , puis enfin par nos hélicoptères automoteurs.
Ils sont mille, ils sont dix-mille, — aujourd’hui que, grâce au puissant et généreux concours de Nadar, l’idée est enfin vulgarisée , claire, connue sans confusion possible avec le ballon , prise au sérieux, revendiquée avec un sentiment paternel et hautement défendue pur des savants tels que MM.Babinet et Barrai, passée de l'étatde rêve creux etd’enfanti liage à l’état de grande et féconde invention , — ils sont mille, ils sont dix-mille qui réclament à cor et à cri l’antériorité de la conception.
Celui-ci avait publié un article , dans tel journal , dont à prix d’or vous ne pourriez retrouver un exemplaire, et qui, notoirement, a été sans effet, — celui-là est auteur d’un mémoire accompagné de planches, enterré depuis vingt ans dans les cartons d’une académie quelconque, — cet autre avait à huis-clos fabriqué son petit jouet iptère, voltigeant
poursoQ petit agrément personnel. — Eh! que nous importe !
Faire et mamfester , voilà ce qui , au nom des lois du bon sens, constitue le droit d'inventeur.
M. de Ponton d’Amécourl avait trouvé de son côté, en 1853 , ce que d’autres , avant ou depuis , ont pu trouver de même. Jusqu’en 1861 , sa trouvaille fut une non-valeur ; mais ensuite , il a poussé ses efforts assez loin pour produire l'hélicoptère, la démonstration incontestable (mais non pas incontestée) de la possibilité de se visser dans l’air automatiquement.
M. de Ponton d’Amécourt ne s’est pas contenté de mettre son joujou en mouvement dans sa chambre , après avoir eu bien soin de s’y barricader, — non ! il a manifesté sa découverte, donc il en est le vrai découvreur.
Inventer n’est pas créer , c’est trouver ; — c’est aussi découvrir , et il est contradictoire dans les termes qu’une découverte soit ce qui est couvert , caché , enfoui et en résumé inutile.
Cependant, a-t-on dit, il y a sous verre, au British Muséum, un liélicoptère fort antérieur — C’est , ma foi , bien possible 1 — Mais , qui saurait sans moi, que Cottin a prêché? Qui saurait , sans les hélicoptères inventés , trouvés , découverts par M.
f Lisez Patenl-Mxueum , cf.Voir la note L relative à ce modèle (non volant) de parachute à hélices.
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de Ponton d’.\mécourt , ce qu’était ce bimbelotmarmotte , si parfaitement endormi sous sa cloche ?
On en parle aujourd’hui, — ah ! vraiment , il est bien temps! Que n’en parlait-on avant que nous eussions travaillé et paru ?
Toute découverte est disputée au découvreur ; mais l’opinion publique finit toujours par rendre un juste arrêt. L'hélicoptère du Patent- Muséum n’existait pas en fait , puisque son existence était ignorée et sans influence sur la marche de l’invention.
Point de manifestation, néant !
Et si , ce qu’à Dieu ne plaise , les choses s’arrêtaient au point où elles en sont , — si nos hélicoptères devaient , par conséquent, tombër avant peu dans un profond oubli . — je dirais d’eux la même chose : — « Ils sont comme s’ils n’étaient point , ils n’existent pas ! »
Aussi , en donnant une première publicité , déjà très-considérable * , à l’œuvre devenue commune entre M. d’Amécourt et moi, y ai-je puissamment concouru ; j’ai le droit de le déclarer.
’ Outre les journaux reproducteurs signalés pag. io ci-, dessus, je puis indiquer entr'autres organes de publicité qui parlèrent de l’invention ; le Montleur universet, le Siècle, la Science pour tous, le Courrier du ffâvre, Y Armoricain (Brest) . le Phare de la Manche (Cherbourg) , le Moniteur du Calvados (Caen) , le Diogène , le Jean Diable, le Progrès de Lyon , etc.
Point de manifestation , néant I
Et c'est pourquoi , en achevant de la faire connaître par le retentissement de dix millions et plus d’exemplaires de journaux, publiés en toutes les langues , Nadar, qui a fait de grands frais pour obtenir cette publicité gigantesque, vient de conquérir des droits à la reconnaissance de tous les amis du progrès.
Point de manifestation , néant !
En réponse à l’envoi d’une épreuve de ma brochure /'i4erone/’, M. le colonel Favé , dans une lettre très-bienveillante en date du 8 juin 1861 , m’encourageait à faire de la publicité ;
« Elle ne saurait empêcher, m’écrivait-il, les » études plus étendues ou les expériences que l’au- » teur pourra tenter, et s’il s’arrête dans cette voie , » ou ne peut pas aller jusqu’où elle peut conduire , » d’autres, peut-être, pousseront plus loin les traj> vaux , et la question aura chance de faire tout le » progrès dont elle est présentement susceptible.»
J’avais résolu de remonter aux sources et de rechercher les ouvrages dans lesquels le problème avait été posé : je découvris ainsi ce que Paucton en dit dans sa Théorie de lavis d’ Archimède , (Paris , 1768) — où il insinue que l’hélice, animée par une force suffisante , procurerait le moyen de s’élever dans l’air et de s’y conduire.
Je fis part de cette encourageante assertion à
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M. d’Amécourt, qui s'en attrista : — « Je n’ai rien inventé » ra’écrivait-il avec chagrin.
Je lui répondis alors sur le ton gai , pour relever son moral , ce que je vais reproduire ici pour achever de maintenir ses titres à la qualité d’inventeur.
O Invenire, trouver. Invention, trouvaille.
» Un trésor existe au bord d’un chemin ; passe un » ignorant qui n’en connaissant pas la valeur, le laisse » où il l’a vu , où il l’a trouvé.
» Passe un amateur qui le tâte, le juge trop lourd, » mais s’en va disant qu’il l’a trouvé. Seulement il » décrit mal où iri’a vu, ou encore , parce qu’il n’en » a point su prohter, il détourne ses auditeurs de la B recherche du lingot.
» Un troisième passant , l’estimant à sa juste va- » leur , dit très-clairement où il l’a vu et ne per- « suade personne : a Si un tel trésor existait, depuis » des siècles , on l’aurait ramassé ! »
» Un connaisseur , réputé spécial en fait de lin- » gots , se rend pourtant sur les lieux , touche , exa- » mine, tourne attentivement autour du précieux » objet , mais en sa qualité de myope , il voit non B un bloc d’or, mais un pavé; en conséquence , il » revient jetant feu et flammes ; le trésor n’existe » pas , il ne peut exister, — I impossibilité de se sou- B tenir en frappant l'air est aussi certaine que l’im- » possibilité de s'élever par la pesanteur spécifique
» des' corps vidés d’air, — charlatanisme, illusion , » fable, sottise, mensonge! s’écrie-t-il. Tout le B monde croit le connaisseur myope; on s’empresse » de lapider le maudit rêveur qui , en parlant de sa » découverte , a commis le crime d’exalter les espé- » rances de ses concitoyens et jeté le trouble dans » tous les esprits.
» Là-dessus , Saturnus , le bonhomme Temps , va » faire un trou profond , dans lequel il enfouit le » lingot. Du revers de sa faulx mythologique , il le » couvre de terre, sème de la graine de broussailles » et fait ainsi perdre la trace de ce bloc précieux , » qui a été si longtemps exposé à tous les regards » au bord du chemin.
» Une vague tradition dont se moquent tous les » gens comme il faut du canton , — les hommes dn » monde , les hommes d’esprit et surtout les con- » naisseurs en matières précieuses , — persiste pour- » tant, si bien qu’un demi-fou se met à la recherche » dulingot: peine perdue, les broussailles sont trop » épaisses.
» Un érudit a recueilli la tradition , la met dans » un gros livre, raconte l’histoire du fou précédent. B II bafoue cet insensé (car , dit-il , avec un de nos B plus opiniâtres adversaires , il serait malhonnête » d’encourager des espérances absolument vaines). » Bref , il range le trésor imaginaire sur la tablette B des impossibilités , tout juste entre l’impossibilité
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» de s’élever par une différence de pesanteur spéci- . » üque et la navigation aérienne par l’emploi de
» l’hélice. ^
» Un garçon d’esprit paradoxal , ayant lu ce gros » livre, ose se dire que, puisque tant d’érudits cf » de connaisseurs se moquent du trésor, le trésor » doit exister. Il s’en va dans lè champ , sonde ,
» fouille, acquiert la preuve palpable de la réalité » du lingot colossal, mais s’en tient là. 11 en a fait » assez pour son agrément, il ne se soucie point » d’être lapidé, non , pas si sot ! D’ailleurs, arracher » les broussailles, creuser la terre durcie, se char- » ger d’un fardeau écrasant et ne pouvoir s’en servir » immédiatement, car il faudrait fondre, polir, con- » vertir en matière susceptible d’être vendue, cette » masse informe et embarrassante ; — non , mille )) fois non !
» Un homme vaillant survient , il s’acharne à dé- » senlouir la roche d’or, mais périt à la peine, acca- B blé de railleries. .Son insuccès arrête toute recher- ' B che. Nul n’a la témérité d’imiter un malheureux B justement puni de son audace.
B Une foule de timides , de faibles , de pauvres B diables , s’en vont regarder dans le trou creusé B par l’homme vaillant. Plusieurs d’entr’eux voient B très-clairement le précieux bloc. Fort à regret ils n renoncent à tout espoir de le conquérir. La force
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■» » manque aux nns , les circonstances font défaut aux y O autres, le courage à tous.
^ » Et Saiurmis , le bonhomme Temps, se promène . » autour du grand trou en sifflant l’air : .4 la » Monaco.
» Enflu , un dernier passant attiré par ce sifflet » ironique, s’avise de regarder, de voir et de pren- » dre la résolution de conquérir le trésor.
1 ) Ici , l’histoire bifurque ; elle a deux dénoûments, » alternativement, mais également vrais.
» Premier dénoüment. — Secondé par un con- » cours de circonstances favorables , aidé par des » collaborateurs dévoués, secouru dans son entre- » prise difficile par tous les gens vigoureux du can- » ton , le dernier passant réussit. Il a tous les rieurs » de son côté. Seulement , on lui dit : — « Mais il » y a deux mille ans que le bonhomme Saturnus siffle » au bord du trou. Vous n’avez eu que la peine de » vous baisser, heureux gaillard que vous êtes ! o
» Deuxième dénoüment. — Persécuté , entravé , » calomnié, héroïque , persévérant, creusant seul , » la pioche d’une main , l’épée de l’autre , s’ingéa niant à briser ,^hisser et transporter le fardeau qui » tombe cent fofejpt qu’il ramasse avec une énergie » toujours nouvelle, terrassé par ses ennemis, but- » tant à chaque pas , succombant sous la charge , » meurtri , blessé mortellement , mais se relevant et » avançant toujours, il emporte enfin dans son logis
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» tout l’immense trésor. — Au même instant il » meurt. Et les héritiers de sa splendide conquête » sont précisément ses persécuteurs et ses bour- » reaux.
» De tous ces passants , de tous ces trouveurs » divers , quel est le vrai trouveur, l’inventeur vé- » ritable? — je le demande. — N’est-ce pas le » dernier, que sa découverte soit due à d’heureuses » circonstances ou à une héroïque force de volonté.
» Réalisez l’Aerone/” et vous eu serez l’inventeur, » mille Paucton eussent-ils écrit que l’hélice a les » vertus nécessaires pour s’élever et se conduire » dans l’air. — (Jeudi 13 juin 1861).» •
Ainsi , remplissant dans l’intimité de la collaboration mon rôle d’apôtre, je ne ce.ssais de stimuler l’inventeur du système , et lui demandais continuellement , d’une part , l’étude de l’hélice , de l’autre , le perfectionnement de notre second modèle , qui , mieux réussi à force de s’alléger s’enlèverait automatiquement.
D’après M. de Ponton d’Amécourt qui , le premier , le pensa , ce devait être un jouet d’enfant d'une vente assurée, dont le produit servirait à payer les expériences. Mais ce jouet n'arrivait pas , par la fatale raison que les fonds de l’inventeur étaient absorbés en essais d’allégement.
Cependant , un petit cercle d’amants de l’idée , s’était formé autour de M. de Ponton d’Amécourt et
de moi , grand partisan de semblables réunions. Et tous les assistants étaient d’accord sur ce point qu’il fallait absolument posséder un objet s’enlevant avec sa force motrice, ne fùt-ce qu’un joujou , attendu que des allégements n’avaient rien d’assez démonstratif.
Grâce à leur unanimité, nous entrâmes enfin dans cette excellente voie.
Dans une séance mémorable qui eut lieu chez moi, le 14 . février 1862 , M. Morin, dont je devais la connaissance à Nadar déjà au courant de nos travaux et même de notre pénurie financière, développa des idées fort ingénieuses , en établissant que le ballon procède à l’inverse de l’oiseau , que c'est en quelque sorte un oiseau renversé , et que , conséquemment , ses organes devraient agir tout autrement que ceux de l’oiseau.
M. Larue prouva qu’il a supérieurement étudié le vol de l’oiseau et la puissance de l’hélice. Il déclara être fixé sur la force motrice à employer et avoir le secret d’un système très-complet de navigation aérienne. — Selon moi , une société constituée avec un capital d’essai suffisant , devrait proposer à M. Larue , enlr’autres concurrents, la construction d’une aéronef.
Dans l’une des séances suivantes , M. Le Logeais , un de nos sociétaires les plus assidus , mit M. de Ponton d’Âmécourt' en rapports avec M. Joseph
(d’Arras), excellent horloger mécanicien, qui, ayant examiné le projet , prit l’engagement de fabriquer, à forfait , un hélicoptère s’enlevant avec sa force motrice.
Le 29 avril, nous eûmes la joie de voir nos espérances réalisées par cet adroit artiste. Et, peu après , un secxmd hélicoptère, déjà très-perfectionné, sortait deses mains. — A la vérité, le prix de revient de pareils modèles ne permettait pas d’en faire des jouets commerciaux. Le mouvement d’ascension durait trop peu, d’ailleurs, pour que des enfants pussent y prendre plaisir, — mais la démonstration définitive de la possibilité était obtenue, car, je le répète :
« Un seul tour de vis prouve la puissance de la vis aussi complètement que mille tours, o
Près d’un an s’était écoulé depuis qu’avec ma ferveur d’apôtre j’écrivais à mon collaborateur : « Je » revendiqué avec acharnement ma part d’initiative. » Si vous êtes les ailes , je suis le piston ; si vous » êtes la machine inventive , j’en suis la force mo- » trice; si vous êtes la mine, je suis le mineur; si » vous êtes la source, je suis le réservoir ; si vous » êtes le trésor, je suis le trouveur ; si vous êtes » l’oiseau , je suis le dénicheur qui vous a fait sortir » du nid duveté de votre quiétude. Si vous êtes l’in- D vention , je suis la foi qui vivifie, foi robuste, te- » nace et fidèle, — à qui l’on n’a dit qu’une seule » fois ; Ne m'abandonnez pas , et qui se l’est tenu
P pour dit; » (juin 1861). — L’hélicoptère une fois produit , M. d’.\mécourt tenait à peu près le même langage : — « Vous avez été, m’écrivait-il , le » fouet qui m’a fait marcher, quand je restais de- » puis huit ans sur la litière de l’inaction , trouvant » cela plus commode et moins périlleux. Vous avez » toujours été avec moi sur la brèche , partageant » mes labeurs , tandis que vous me trouviez invaria- » blement rebelle à engager l’inconnu , l’idéal , le » néant d’un succès qui n’existait peut-être que dans » nos illusions. »
> Aujourd’hui que j’ai la satisfaction de voir enfin M mon invention appliquée dans un jouet d’enfant , O le succès cesse d’être illusoire , etc » (avril
Le 3 juin 1862 , nos hélicoptères fonctionnèrent pour la première fois en public , au comité des inventeurs, présidé par M. le baron Taylor qui, en l’absence de M. de Ponton d’Amécourt, m’encouragea par les plus bienveillantes paroles à persévérer dans notre difficile entreprise.
Je donnai lecture d’un court mémoire sur l'Aviation , qui a été transcrit au registre des procès-verbaux de la Société des inventeurs et des artistes industriels, folio 230.
Ce mémoire se termine ainsi :
« Quant au succès, infaillible tôt ou tard, à quoi
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» tient-il? — à la foi du public dans la découverte » de l’inventeur.
» Que le public, bien informé, soit fermement B convaincu de la réalité du principe , — qu’il voie » dans l’hélicoptère le modèle d’une machine à fa- B briquer en grand , — qu’il comprenne que ce jouet B d’enfant, fruit de nos persévérants efforts ( œuvre B dont l’exécution était, hier encore, déclarée une B impossibilité, une folie) , est le germe d’une in- B dustrie immense , — le premier jalon d’une route B süblime , — le guide qui doit nous conduire à la B conquête de l’air, — l’indice certain et palpable B de la solution de la plus grande des' questions B mécaniques posées devant le génie humain depuis B l’origine du monde ; — que le public suffisamment B éclairé par les attestations d'hommes éminents B dignes de toute sa confiance , veuille bien prendre B au sérieux cette bagatelle volante , — que dési- B roux de la voir rapidement se transformer et de- ■' . B venir un instrument de civilisation , il nous accorde » son concours efficace;
B Et avant peu d’anuées, — dans peu de mois B peut-être , — de nombreuses forces motrices au- B ront été successivement expérimentées au point de B vue de la légèreté , — le choix de la meilleure B sera fait , et la première aéronef voguera dans les B airs. B
Le 5 juin 1862 , au cercle de la presse scientifique
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présidé, ce .soir-là , par M. le docteur Gaffe, viceprésident , rédacteur en chef du Journal des Connaissances Médicales, nos deux hélicoptères évoluèrent de nouveau publiquement. Mais la valeur automatique des modèles ne sembla produire aucune impression favorable. M. Garapon hôus parla de ballons pourvus d’hélices et M. de Fonvielle'de fusées. »
M. de Ponton d’Amécourt, présent à la réunion , m’avait laissé le soin d’exposer et de défendre le système. Je m’étais spécialement attaché à faire ressortir que , depuis que le monde est monde , jamais appareil plus lourd que l’air n’avait mécaniquement emporté avec lui sa force motrice, et que nôtre jouet, en ce sens , était un fait nouveau des plus intéressants.
M. de Fonvielle, comme pour dénier mon assertion, nous dit que des fusées ont été pourvues d’hélices, et, confondant l'effet avec la cause, il en conclut que les hélices emportaient la fusée, c’est-à-dire leur force motrice.
Jamais séance ne fut mieux faite pour déconcerter des inventeurs. M. de Ponton d'Amécourt, fort heureusement , ne se laissa point abattre par les ballons et fusées à hélices.
Quant à moi , je me trouvai bientôt obligé de soutenir une polémique contre M. de Fonvielle qui, dans la Presse scientifique du 16 juin , en revenait à ses
fusées. — Il semblait ignorer d’ailleurs que Cyrano de Bergerac , pour enlever $on grand oiseau de bois , « disposait autour de son char des fusées d’artifice, a de telle manière qu’une fois parti, l'inflammation » successive des fusées le maintenait et le faisait » avancer dans le ciel * . » Ainsi , sa proposition pyrotechnique se trouve assez joliment dégrossie par un vieux roman.
Dans ma réponse à M. de Fonvielle qui , revenu sur ses premières impressions, nous a récemment donné des marques de sympathie dont je suis heureux de le remercier, je disais : o S’il ne s’était agi que de s’élever, les yeux fixés sur les aérostats, nous n’aurions point pris la peine de chercher un moyen nouveau, fût-il plus avantageux à'tous égards. Ce progrès relatif n’eût pas satisfait notre ambition ; à tort ou à raison , nous n’aurions pas essayé de l’obtenir.
» La question pour nous est, par la suppression du ballon qui donne trop de prise aux moindres courants atmosphériques, de rendre la direction possible et facile.
D On sait parfaitement , par expérience , comment s’y prendre pour diriger un ballon , à l’aide de rames aériennes, de plans inclinés , de palettes de formes diverses , d’hélices propulseurs et de gouvernails. »
' Dupuis-Delconrt.
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Venlion, il dit que ; * Même en admettant qu’on ait » découvert la force motrice nécessaire au maintien O de l'appareil dans l’air et à sa marche contre le » vent , un grand nombre de questions de mécanique » pratique sont encore à résoudre : car la forme des B hélices ou ailes employées à battre l’air, les con- » ditionsde stabilité, le changement de direction... B sont autant de problèmes dont la solution est bien
B loin d’être complète b
B M. de Fonvielle est-il aussi rigoureusement exact lorsqu’il termine sa phrase par les mots :
« puisque les premiers éléments manquent
encore, d
B Certes , nous sommes , selon toute probabilité, assez loin du jour ou les navires aériens voyageront, mais les premiers éléments de cette navigation existent, je le crois, par cela seul que l’hilieoptire se détache du sol au moyen d’un mécanisme qu’il enlève virtuellement avec lui.
D Le premier, — je dirai même le principal élément de l’aéronautique à venir , — est ce fait , patent désormais, que l’on peut s’élever dans l’air au moyen d’une force mécanique qu’on emporte avec soi , — a chose dont la possibilité était sérieu- B semeutmise en doute, et même niée, il y a quel- B ques jours , par des ingénieurs habiles, * b comme
' Voir page 79 ci-dessus.
le dit M. Landurdans le compte-rendu de la séance du 5 juin.
a L’on a toujours vu des fusées, powroue» ou non d'aihttes , s’enlever sous l’impulsion de la force explosive de la poudre , — mais il n’était jamais arrivé, avant que nous l’eussions pourvu d’ailes , qu’un ressort d’horlogerie s’enlevât, sous l’impulsion de la force qu’on y emmagasine , — un ressort d’horlogerie prouve donc ce qu’une fusée ne prouverait aucunement.
» Ce que nous devons , ce que nous voulons éviter à l’égal de l’emploi d’un gaz plus léger que l’air, c’est que notre force motrice agisse soit par réaction, soit par impulsion unique ou choc. Nous ne voulons pas plus être entraînés dans l’espace par la fusée , que nous ne voulons être la pierre lancée par la fronde, la flèche lancée par l’arc , le boulet lancé par le canon.
» Le ressort de l’hélicoplère s’enlève par le fait des ailes en hélice dont il est le muscle. Ces ailes , en se vissant dans l’air , l'emportent sans recevoir d’impulsion étrangère à l'ensemble du système ; point de choc, point de recul. Aussi , le ressort est-il l’image exacte d’une machine qui , dès qu'elle engendrera une force continue , sera manœuvrable , obéissante, appropriée au vol aérien, machine que nous gouvernerons toujours et qui , sauf accidents , ne nous maîtrisera jamais.
» La possibilité de s’élever dans l’air au moyen d’un mécanisme p/«« lourd que l'air, est un fait dé sormais incontestable , comme la possibilité de s’y diriger, — par calme plat , — était déjà une certitude depuis l’aéronaute Charles , contemporain et rival des Montgolfîer.
» Débarrassés du ballon , nous , nous cessons d’avoir besoin du calme. Un propulseur et un gouvernail nous suffisent. Nous ne craignons pas plus le vent qu'une barque flottant sur l'eau , c’est-à-dire que nous redoutons les ouragans , et que , comme la plupart des oiseaux, nous serons parfois réduits à ne
• pas voler. Ainsi , un navire à voiles n’appareille point par vent contraire ; ainsi les bateaux ne circulent plus sur les fleuves débordés, ainsi une voiture ne peut rouler sur une route effondrée ou seulement en mauvais état.
» Le changement de direction n’est pas un problème. — Une fois munie de gouvernails ', l’aéronef évoluera dans le sens vertical ou dans le sens horizontal , selon que le tinionnier élèvera , abaissera ou poussera à droite ou à gauche sa barre de manœuvre.
» Les conditions de stabilité demandent à être
' « On suppose ici deux gouvernails , l’un horizontal ,
• l'antre vertical ; mais une godille pourrait à elle seule les
• remplacer. •
lU
étudiées expérimeotalement ; elles ne sauraient étie un obstacle , car on peut , tout d’abord , pécher par excès de prudence , en sacrifiant les qualités de manœuvre à la sécurité.
» Reste donc la question décisive de la force motrice.
B Mais avant de faire construire une machine spéciale , il convient de poursuivre les expériences de détail , et de pousser aussi loin que possible les perfectionnements qui seront des guides précieux pour la confection de la première aéronef.
» D’un autre côté , en présence des dépenses qu’entraîne chaque nouvel essai , il importe d’examiner attentivement les différentes forces motrices , *
connues jusqu'à ce jour , afin de choisir celle dont la légèreté propre dispenserait de la construction très-délicate d’une machine à vapeur d’un poids suffisamment réduit.
» Les rapides progrès de la chimie sont pour nous de grands sujets d’espérance; mille savants sont en quête de forces motrices , moins dispendieuses , moins encombrantes , plus légères que la vapeur. De toutes parts se produisent des idées qu’il faut contrôler prudemment. Nous ne nous abstenons pas nous-mêmes de la recherche d’une force motrice nouvelle , applicable à la navigation aérienne.
» Mais quoique la force motrice soit la condition du succès , nous avons trop de motifs de confiance
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pour craindre qu’au moment décisif, elle puisse nous faire défaut.
» Une invention aussi complexe que celle de V aéronef , exige , hélas , de longs et péniblés tâtonnements; mais , dût-elle n'aboutir que dans un demisiècle , je me crois fondé à répéter que ses premiers éléments ne manquent plus. »
D’après cet article inséré dans la Pretee uiewtifique du 16 juillet 1862 , et dont j’ai dû retrancher les passages qui feraient ici double emploi, on voil comment j'entendais la marche à suivre :
L’étude spéciale des hélices, d'une part, de l’autre des recherches incessantes sur les forces motrices.
üdalheureusement l’inventeur, seul bailleur de fonds, et grevé, d’ailleurs, par les frais d’autres études scientifiques antérieures à l’Âviation, ne pouvait cheminer que très-lentement. Ses sacrihees se multiplièrent pour la confection de sept autres hélicoptères fabriqués , soit pour la recherche de points de détail, soit pour servir de type à un jouet com* mercial que nous aurions sans doute réalisé , si , las de tourner constamment dans le même cercle, M. de Ponton d’Amécourt n’avait résolu de faire faire,d’après ses idées nouvelles', une très-petite et trèslégère machine à vapeur destinée à une nouvelle série d’expériences.
Il avait imaginé de donner à la chaudière génératrice la forme d’un serpentin, et comptait beaucoup
sur celte installation qu’il a, d’autre part, appliquée avec un succès complet à divers usages domestiques.
Au mois d’octobre , la confection de la petite machine fut confiée à M. Joseph, qui , secondé par M. Richard , l’un des plus adroits ouvriers en son genre qu’on puisse trouver à Paris , produisit une œuvre d’art d’un fini merveilleux et qui a fait l’admiration des connaisseurs.
Mais, hélas, on y mille temps!... Et la fabrication, qui dura plus de six mois , fit abandonner le perfectionnement de l’hélicoptère, car, d’un côté, les ouvriers ne pouvaient faire deux choses à la fois, et
l’autre les frais devenaient de plus en plus onéreux. L’inventeur, à bout d’efforts , se fatiguait visiblement.
Il y eut ici un temps d’arrêt très-marqué qui m’inspira les plus vives inquiétudes.
Depuis le 20 juillet 1862, jour où M. de Ponton d’Amécourt avait été nommé président de la Société aérostatique et météorologique, ni celte Société, ni notre petit groupe aéronaval de fervents fidèles n’avaient été convoqués. — Et nous étions en mai 1863.
Les hélicoptères dormaient. Ils avaient cessé d’être produits en public. A la vérité, il ne s’était guère passé de jour sans que je n’eusse trouvé l’occasion d’en montrer quelques-uns , soit chez moi , soit dans l’atelier où j’allais assidueraent.
Plusieurs journalistes et gens de lettres étaient
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venus les voir. MM. Paul Féval , Gaboriau , Claretie, d’autres encore en parlèrent dans divers articles. J’entretenais donc , autant qu’il était en moi , une publicité dont M. de Ponton d’Amécourt ne semblait guère apprécier l'importance :
« — Publicité ni réunions , me disait-il , n’avaient amené un versement » — car, au fond, revenait toujours la douloureuse question financière.
Je soutenais et soutiendrai constamment que les réunions et la publicité sont les seuls moyens de manifester une idée, d'acquérir des droits réels à son invention et de conduire à la constitution d’une société sérieuse, — qu’il n’y a de versements de fonds possibles que dans la caisse d’une société administrativement organisée. — et que si nous n’obtenions aucun résultat de ce genre, c’est que nos réunions avaient discontinué, que notre publicité était insuffisante et qu’enfin nous manquions nousmêmes d’un pian bien arrêté , pratique et conforme aux précédents en pareilles affaires.
Tel était aussi l’avis de mon excellent ami N. Treitt, avocat à la cour impériale , qui, dès l’origine, avait eu l’obligeance de nous donner les plus sages consultations sur la constitution d’un capital d'essai.
L’hiver s’écoula dans l’attente de la petite machine à vapeur. — Attendre n’est pas agir, que je sache. — Quelques recherches sur les hélices ou sur le moteur; quelques nouvelles réunions , quelques efforts pour
l’organisation d’une société sérieuse auraient assurément été un meilleur emploi d’un temps précieux et si parcimonieusement compté aux inventeurs par la législation.
Pour comble de soucis. M, de Ponton d’Amécourt lit une maladie grave, ce qui engendra de nouveaux retards en entravant tous mes projets.
Enfin, le 21 mai 1863, la jolie petite machine à vapeur fut essayée sans ailes et fonctionna parfaitement; mais le 28, son serpentin , qui était en aluminium , s’avaria. On dut le remplacer par un serpentin en cuivre.
La réparation fut assez prompte. Il s’agissait de juger de l’effet des ailes.
M. d’Amécourt, absent de Paris, n'y vint point présider à de nouveaux essais, que je ne pouvais prendre sur moi. Nous l’attendions de jour en jour; les semaines s’entassaient sans qu’il parût.
Tout me portait à supposer que , découragé par l’indifférence des uns, par les railleries des autres et surtout par ses sacrifices déjà fort lourds , il songeait à renoncer à la partie.
Heureusement Nadar survint !
Par son énergique impulsion il devait relancer vaillamment dans les airs notre aéronef plus qu’à demi-naufragée.
Ce n’est point, j’en suis bien persuadé, que M. de Ponton d’Amérourt n’eût vraisemblablement fait en
core quelques pas quand il se serait trouve à la tête d’économies suffisantes. Mais d'un autre côté, plus je mettais la main à l’œuvre , plus je me pénétrais de ses complications, plus je voyais aussi que — sauf hasards presque miraculeux , — la fortune d’un seul ne pourrait la conduire à bonne fin.
Nos hélicoptères tels quels démontraient le principe. L’heure avait sonné de recourir publiquement à des capitalistes étrangers et au concours de tous, pour faire aboutir l'idée première de M. Ponton d’Amécourt , — idée qui , peu connue et mal jugée , risquait fort , malgré tout mon zèle, d’aller rejoindre sous verre le parachute- hélicoptère du Patent- Muséum.
Heureusement , je le répète , Nadar survint !
Qùeluues-iiiis des détails qui précèdent, insignifiants peulétrÿ aujourd’hui , acquerront, je l’espère, une valeur historique, lorsque l’immense découverte sera un fait absolument accompli.^ Ils permettront d’attribuer à chacun des collaborateurs la juste part qui lui sera due ; et, d’un autre cô\é , ils serviront la cause sacrée des inventeurs dont les déralllanccs ne sont, hélas ! que trop éxcusables vis-à-vis des dures conditions qui leur sont faites par la législation et par le capital.