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CHAPITRE III

MANIFESTATION ET TULGARISATION.

En fail de grande découverte, il est un titre plus glorieux peut-être et , sans aucun doute , plus digne de la reconnaissance des hommes, que le titre d’inventeur, c’est celui d’AuxauR.

L’inventeur trouve, et trop souvent sans résultats. La longue nomenclature des inventeurs de l’hélice navale en sera la preuve. L’auteur, le véritable auteur est celui qui fait passer l'invention dans la pratique.

L’inventeur a des rivaux , l’auteur n’en a point , car il est la cause immédiate et directe qui accomplit, qui réalise.

A celui ou à ceux qui , par d’heureux efforts, parviendront à vaincre l’indifférence du public et les timidités du capital , — à ceux qui, par leur persévérance et leur énergie, convertiront en faits d'une application certaine les théories des Roger-Bacon , des Pauclon , des Sauvage et de nos autres devanciers, à ceux-là le titre magnifique d’Auteurs de la navigation aérienne.

^‘eussent-iIs rien inventé . on leur devrait tout.

En matérialisant l’idée jusqu’à eux araoureuse-

menl caressée par les rêveries des chercheurs , ils auraient fait, ils auraient eu quelque sorte créé, — car ils l’auraient tirée du néant de l’inutilité pour la transformer en oeuvre utile.

J’admire assez médiocrement les Christophe Colomh de cabinet s’amusant à découvrir un nouveau monde le compas à la main , établissant une agréable hypothèse sur la rotondité du globe, sur les voyages de Marco Polo, sur l’antique existence de l’Atlantide dont les débris se rencontreront en route à défaut de l’extrémité orientale du continent asiatique et pui s se croisant les bras sans aucun souci d’aller en découverte.

Mais le Colomb qui a usé sa vie en sollicitations auprès de toutes les cours , pour obtenir à la tin , après quinze ans de tortures, trois méchantes barques dout une seulement était pontée , — le Colomb qui , payant de sa personne , va s’assurer à tous risques de la réalité de ses idées spéculatives , — voilà celui que j’admire , car seul il est l’Auteur de l’immense révolution qu’amena la découverte du Nouveau Monde.

Dans la mesure de mes forces, j’ai tâché d'être l’un des auteurs de la révolution beaucoup plus grandiose, beaucoup plus complète , infiniment plus féconde en résultats civilisateurs et par conséquent d’autant plus désirable, — que j’appelle Aviation.

En voyant tous les continents ouverts , toutes les villes trausformées en ports, tous les peuples rapprochés par la voie nouvelle et contraints à régler leurs

différends par des moyens pacifiques , je me suis épris de l'œuvre, je m’y suis dévoué. A combien de portes n'ai-je point heurté qui sont demeurées closes; à combien d’oreilles ne me suis-je pas adressé qui sont restées sourdes ; que de pas , que de paroles , que de soins, que de temps, que d'efforts n’ai-je point perdus ! J’ai visé , — pourquoi le cacherais-je? — à être la moitié, le tiers, le dixième de l'applicateurde la grande invention. Je m'estimerai heureux d'en être le centième, le millième, pourvu que, c.essant d'être un rêve d’indigent , une utopie de chiffreur , elle devienne ce qu’elle doit être , ce qu’elle sera tôt ou tard , l’événement le plus considérable de l'histoire du genre humain.

Du reste , ne nous égarons pas en distinctions par trop subtiles. Inventeur, découvreur, applicateur, auteur ne sont que des mots différant par des nuances. Arrière les arguties! après l'histoire de l’hélice navale , viendra celle de l’hélice aérienne.

Gloire aq siècle, gloire à la nation, gloire aux hommes de bonne volonté qui , par leur travail ou par leur argent , par leurs écrits , leurs discours , leurs actions, leur influence ou leurs études, auront généreusement concouru à la solution du complexe problème!

Mes relations avec M. de Ponton d’Amécourt ont tous les caractères d’une étroite intimité. Je le connais depuis sa naissance. Mon couvert était toujours

mis chez lui , lesiea chez moi. II m’a plusieurs fois donné l’hospitalité à la campagne, j’ai eu l’occasion de la lui rendre à Paris.

Mes relations avec Nadar, que j'ai connu dans les lettres , étaient tout au contraire de la simple camaraderie. Nous ne nous étions jamais réciproquement offert un verre d’eau , pas même de bière , qu’il m’en souvienne. Je n’avais jamais pénétré dans son intérieur de famille, ni lui dans le mien. Et cependant , nous avons l’un et l’autre le droit de nous dire facilement abordables et franchement hospitaliers. Je dois ajouter , toutefois , que Nadar étant avant tout d’une nature bienveillante et cordiale , se complaisait à me donner un sobriquet flatteur pour mon amourpropre. De plus , quoique nous ne nous vissions pas trois fois l’an , il avait pris l’habitude de me tutoyer.

Un jour, j’allai me faire photographier dans son atelier, et par la , même occasion , je lui remis ma brochure V Aéronef que je distribuais alors de toutes parts. Je ne savais trop si , en sa qualité d’aéronaute aérostier, il ne trouverait pas désagréable la profession de foi de M. d’Âmécourt devenue la mienne :

« La suppression préalable du ballon. » Mais il me déclara tout d’abord que nos idées étaient, quant au principe, l’emploi de l’hélice, les siennes depuis très - longtemps. Il les approuva , il les appuya en insistant énergiquement sur ce fait que la pratique même de l’aérostat l’avait conduit à en procla-.

mer rinsuffisance et à se poser le problème de l’appareil mécanique plus lourd que l’air, ^conclusion logique, mais presque unique de la part jd'un aérostier pratiquant, et d’autant plus remarquable. Je l’invitai à venir à nos réunions , il n’y \int pas faute de temps , mais fut cause que M. Morin y assista , notamment le 14- février 1862 , comme je l’ai déjà dit.

Nos rapports reslèreut ensuite ce qu’ils étaient antérieurement, jusqu’au moment où la petite machine à vapeur étant presque terminée, je priai Nadar de venir la visiter à l’atelier, où il vil pour la première fois fonctionner nos hélicoptères.

Nul n’a plus vivement saisi qu’il ne le fit sur le champ, la portée de leur ascension automatique. Il applauditàla démonstration matérielle sans se soucier du plus ou du moins, a Un tour de vit prouve la puissance de la vit aussi bien que mille tours. » — Que la force emmagasinée dans le ressort s’épuisât en une seconde ou en trente , que l’hélicoptère s’enlevât à cent mètres ou à un seul, cela, dans la question, ne signifiait ni moins ni plus.

Son lucide enthousiasme devait me ravir ; je trouvais un homme aussi ardemment convaincu que moi-même, et je ne craignis pas de lui dévoiler avec une sincérité complète ce que j’appellerai vulgairement : « Les embarras de la caisse , « dont je ne l’avais, un an ou dix-huit mois auparavant, que très-vaguement informé. C’était faire un appel à son

concours. Il y répondit par une promesse très-nette, mais pour un futur contingent fort éloigné par force majeure. En même temps , il m’exposa tout un projet de combinaison financière basé sur le lancement d’un aérostat , le colosse du genre.

Du ballon devait naître l’anti-ballon.

J’entretins mon collaborateur de cette conférence ; mais ce qui est ajourné est si souvent de nul effet, que nous ne fondâmes pas d’espoirs trop étourdissants sur le concours éventuel deNadar; nous avions tort.

Les circonstances aplanirent les obstacles et le délai présumé fut court; Nadar m’écrivit le 6 juillet, qu’il allait mettre son projet à exécution : o Si mes intentions n’avaient pas changé , il se mettait à ma disposition. Nous étions plus avancés, M. d’Amécourt et moi , par le fait de nos modèles tout fabriqués ; mais de son côté il était, lui, en meilleure voie, pour la réalisation pratique, c’est-à-dire financière.»

Sa lettre se termine textuellement ainsi :

« Dans une affaire de cette grosseur, il ne doit y » avoir de part ni d’autre de petits amours-propres. » La question est d’arriver tôt et bien , tous droits » légitimes de chacun réservés, s

On ne peut s’exprimer plus franchement ni plus clairement.

Nadar devait avant tout faire un voyage cadrant d’ailleurs avec ses combinaisons. Immédiatement

après son retour, il commença d’agir avec une activité qui tient du prodige.

Je prévins coup sur coup par deux lettres pressantes M. de Ponton d’Amécourt de ce qui se préparait ; j'avisai à faire immédiatement réparer nos hélicoptères. Bien qu’autorisé à essayer la machine à vapeur, je ne pus le faire avant la grande réunion annoncée déjà par tous les journaux. D’une part nos ouvriers étaient trop occupés par la mise en état de nos appareils iptères; de l’autre, si un accident arrivait à notre petit chef-d’œuvre, je serais privé de l’occasion de le montrer.

Devant un public d’élite, extrêmement nombreux , le 30juillet, nos hélicoptères allaient démontrer expérimentalement la réalité du principe de l’Aviation.

La séance commença par la lecture d'un Manifeste que tout le monde a lu et qui , reproduit à un nombre incalculable d’exemplaires, a répandu dans l’Europe entière le nom de M. de Ponton d’Amécourt.

Faisant usage, avec mon consentement empressé, des meilleurs arguments de ma brochure épuisée et qu’on ne retrouve plus qu’à la fin de mon premier volume du Tableau de ta mer, — corroborant par une foule d’arguments nouveaux , les preuves et les démonstrations , — le propagateur par excellence , Nadar, avait gagné notre cause commune avant même que nos expériences eussent commencé.

Je pris à mon tour la parole.

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Montrant au public attentif l'épure dessinée par M. de Ponton d'Àmécourt, je dis comment j’étais devenu son collaborateur et j’exprimai hautement le regret que. retenu dans sa commune par les fonctions qu’il y remplit, il fût absent et ne pût donner en personne les explications de son système. J’esquissai rapidement l’hislorique de ,nos efforts successifs , et continuai de parler , tandis que M. Joseph faisait évoluer chacun de nos modèles suivant l’ordre de leur fabrication.

On vit le premier qui n’a qu’un jeu d’ailes actives et pesant par lui -même 31 grammes, s’enlever légèrement à plus de trois mètres , puis , surchargé d’un anneau de 60 grammes s’enlever lourdement à quarante centimètres environ.

J’insistai , — trop brièvement peut-être , — sur celte expérience comparative en essayant de bien faire sentir ce qu’elle renferme de promesses.

Une force continue aurait indéfiniment enlevé, avec lenteur, il est vrai, les 91 grammes , mais l’aétonef aura tout avantage à faire lentemenlson mouvement d’ascension. Au moment du départ , la plus vulgaire prudence l’exige et l’exige tellement que si'le système définitif était jamais assez léger pour partir comme un trait , il faudrait le lester spécialement pour l'appareillage.

En supposant que la machine à force continue, substituée au ressort, pesât proportionnellement

autant que le modèle avant surcharge , on devait conclure de l’expérience comparative , que l’aéronef pourrait emporter en sus le double de son propre poids. Par conséquent, on pourrait tripler celui d'un appareil iplère proportionnel sans le rendre trop lourd pour se visser dans l’air , et l’on avait toute probabilité de réussir avec une machine , même à vapeur , suffisariîment légère.

Le N® 2 dont le double jeu d’hélices agit de tous points selon la théorie de M. d’Amécourt , donna l’exemple du mouvement ascensionnel moins rapide et mieux équilibré.

Le N® 3 , à un simple rang d’ailes actives auxquelles font équilibre des ailes dormantes , pesant 125 grammes , opéra son ascension avec une extrême facilité.

Le plusgrand des modèles, pourvu d’un petit parachute, prouva que la .stabilité avait été l’objet de nos recherches. Son ascension et sa descente furent parfaitement verticales.

Nous fimes circuler plusieurs hélicoptères dans la nombreuse assemblée , afin qu’on les soupesât.

Le N® 8, du poids de 200 grammes, mon modèle de prédilection, un seul ressort faisant tourner deux hélices en sens inverse , voleta sans trop s'élever durant trois ou quatre secondes. Je fis sentir combien ce dernier hélicoptère, si supérieur aux autres , était loin d’être la perfection du genre.

Je ne dis pas, mais j’aurais dû dire, qu’en subsliluant aux renvois par roues dentées en métal , un système de légères poulies et de menus cordages , nous serions vraisemblablement arrivés à des résultats plus prolongés. Mais qu’importe! L’hélicoptère, en se soutenant durant 30 secondes, ce que je crois possible, ne sera que plus amusant et plus joli, mais non plus probant.

Nos systèmes iptères avaient absolument démontré le fait essentiel , c’est-à-dire qu’un appareil mécanique plus lourd que l’air peut s’enlever , et conséquemment se diriger.

Avant d’exposer les divers modes de direction, — tous plus ou moins connus des aéronautes , — je dus dire un mot de notre brillante petite machine à vapeur qui attirait tous les regards. Et l’assemblée fut singulièrement déçue quand je fus forcé de déclarer que sa puissaucc ascensionnelle nous élait inconnue encore.

L’attention soutenue du public me permit toutefois de terminer par des considérations qui , plus développées , vont trouver place au chapitre suivant.

La séance se termina par l’expérimentation du modèle en petit du gigantesque ballon à deux estomacs, comme l’a dit notre spirituel confrère Monselet. On admira l’ingénieuse simplicité de l’idée, et, une fois de plus , on s’étonna du temps qu’il a fallu pour en arriver à une conception si naturelle. Depuis

quatre-vingts ans les ballons sont «anitus, et ta poche réservoir n’a été imaginée par personne, avant MM. Godard et Nadar! Maison a bien mis quatre mille ans à s’aviser de rendre l’eau de mer potable !

L’Aviation, — l imitation du vol de l’oiseau , qui , plus lourd que l'air, nage dans l’air, est quelque chose d’aussi simple dans son principe , — et dans son application , peut-ëthe !...

En ce moment , toutefois , le problème est complexe; aussi , faisons-nous appel à toutes les lumières et à tous les concours.

L’imitation du vol de l’oiseau , ai-je dit , et je parle d'hélice , c’est qu’iraitation n’est pas copie ou plagiat.

Lorsque l’homme voulut un véhicule rapide à l’imitation du cheval , il inventa non des muscles et des articulations , mais la roue , la roue dont il ne devait , qu’après de longs siècles , rencontrer un exemple dans la nature animale , — la roue , encore une conception sublime de simplicité, l’organe par cxcellenoe du Irensport sur les surfaces solides , et qui, récemment, sous le nom de disque, est devenue propuiseurmiarm.' Lorsque l’homme tenta de se diriger sur l’eau , il ne copia servilement ni les nageoires, ni la queue du poisson , il les imita par les rames et le gouvernail. Ainsi, dans le milieu aérien, ce ne sera pas l’aile même de l’oiseau , mais un '

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^ organe approprié aux aptitudes physiques de l'homme qui lui servira de moyen d’action.

Ce sera l’hélice et parallèlement à l’hélice , choses fort possibles ou pour mieux dire, certaines, le panémore , la roue à aubes intermittentes, la rame ou palette à relèvements verticaux , la raquette à Soupapes aspirantes et refoulantes, la godille torse latérale , le plan orthoptère à lames flexibles articulées, le plan incliné ou enfin le disque , c’est-à-dire la roue , en arrivant , par un nouveau prodige , à vaincre l’air comme elle a vaincu l’eau.

Les svstèmes cerfs-volants comme celui deHanson, qui sera décrit au § X du ch. IV, ou comme cewx de MM. Béléguic , du Temple , de Louvrié , — aéroscaphes s’élevant selon des obliques à l’horizon ou encore en décrivant une courbe spirale, offriront moins de difficultés sous le rapport de la force motrice que les systèmes à ascension droite. Ceux de ces appareils qui ne manqueront pas de stabilité, seront au moins d'excellentes transitions en attendant la réussite complète de l’hélicoptère ou de l’orthoptère.

L’orthoptère a ses avantages. La tige qui supporte les ailes ne devant pas tourner sur elle-même, est moins .«ujette à être tordue ou faussée. La transmission du mouvement sera sans complications, puisque les ailes à surfaces intermittentes s’articulent directement sur l’axe prolongé d’un piston allant alternativement de bas en haut et de haut en bas.

J’ai, depuis peu , songé à deux systèmes orthoptères d’une extrême simplicité ^ dont l’un offrirait la plus grande sécurité, car il a pour principe le parachute. L'autre, qui n’est qu’une application perfectionnée, peut , par exception , agir sans intermittences'. Mais, qui trop embrasse mal étreint, nous ne saurions expérimenter ces organes, en présence des études à continuer pour le progrès de l’hélicoptère.

D’ailleurs, l’hélicoptère mis en mouvement par une machine rotative telle que M. d’Amécourt la conçoit aujourd’hui , me semble bien supérieur. Par une ingénieuse combinaison, on échappe à toute crainte de tordre ou de fausser l'arbre vertical , et , d'un autre côté, l’action de la force motrice étant directe, je croirai ce système préférable à tous égards, jusqu’à démonstration du contraire.

Quoiqu’il en soit, pour se mouvoir dans l’air, être plus lourd que l’air, — voilà l’unique principe vrai dont les applications doivent être innombrables pour l'homme comme elles le sont pour les variétés innombrables d’animaux volants , dont les ailes sont diversifiées jusqu’à l’infini.

Ainsi doit prophétiser celui qu’on a bien voulu qualifier d’Apôtrcdel’Aviation.

Nous avons montré des hélices médiocres , fonc-

* Voir note I.

NAVIGATION AÈRIBNNB.

tionnant très-bicD , c’est-à-dire parfaites pour la démonstration qu’il s agissait de faire.

Voilà ce qui a été reconnu , le 30 juillet , chez Nadar, par l’immense majorité des assistants , trèscompétents à la vérité, car il y avait là, MM. Horeau, Joseph Pline , Lauhereau , Piallat , Hermès , Salaville jeune , Delair et leurs nombreux adeptes , et leurs nombreux émules , tous convaincus d’avance , soit par l’étnde de la théorie , soit par des expériences partielles, généralement tenues secrètes.

Il y avait là aussi des savants sincères , ardents amis du progrès , amants fidèles de la Souveraine de l'Intelligence , des savants vrais , de ceux dont j’honore la Science autant que je me moque de celle des mulets chargés d’a; et broutant des logarithmes. Car, entre savants et savants , sachons distinguer comme entre l’ivraie et le bon grain. Eh bien , les seuls qui méritent le glorieux nom de savants , usurpé par les autres , ces hommes de fortes études , usés par les veilles et les méditations profondes , ces vétérans de l’armée laborieuse qui conquiert pour l'humanité entière la lumière et la vérité , ces flambeaux , ces phares, ces soleils , oserai-je dire, ces maîtres enfin devant qui tous les fronts s’inclinent avec un respect reconnaissant , déclaraient à la vue de nos hélicoptères incorrects que la grande voie aérienne était ouverte.

L’un d’eux était absent , mais il accourut dès le

lendemain à la nouvelle de l’immense victoire , et sachant bien que la guerre commençait à peiné , il se saisit de l’étendard. — Faut-il vous le nommer ?.. Non ! vous l’avez tous reconnu. D’ailleurs , mieux vaut vous le montrer dans l’arène où il courait se précipiter.

Les journalistes, financiers et gens du monde , présents à la réunion , pouvaient bien douter plus ou moins; mais ils n’eurent garde de railler. Ils espéraient.

Quelques aérostiers , chose fort simple, protestèrent soit tout haut , soit tout bas. Ils sont de nos amis de demain , iis sont de notre avant-garde d’hier; gloire aux MontgolGer !

« L'aérostat fut une transition nécessaire , ai-je » écrit ailleurs , un acheminement vers l’invention » de l'aéronef, car il démontra que l’homme peut » s’élever et se tenir en l’air. Avant de naviguer ou » de nager, il faut d’abord prouver qu’on peut » flotter , soit à la surface , soit au moins entre deux » eaux. B

Un seul homme alors, le premier de nos détracteurs, tenta, dans un journal obscur, d’infirmer l’évidence, trouvant, dit-il, malhonnête d' encourager des espérances absolument vaines. Aussi , s’est-il fait de l’intéressante expérience du ballon à réservoir, le plus étrange des arguments contre le principe proclamé. Nos essais sont la manifestation d’une impuissance

abtolue ; il esl impostible d’imaginer rien de plus décourageant , affirme ce savant , — [distinguo , vous savez) , mais attendez la preuve : — « Tout cela est » si vrai que Nadar lui-même , à la fin de la séance , » ne parlait plus que déballons, n’exhibait plus que » des ballons , le ballon à deux estomacs de Louis V Godard et le ballon gigantesque à compartiments, etc... etc ..» Ainsi l’bistoire était écrite par l’abbé...

. Verlot : — Son siège de Rhodes était fait.

Mais perfectionner un ballon ( les deux cités cidessus sont le même et il ne fut question d’aucun autre ) un ballon dans lequel on compte monter avec l’espoir que cette aventureuse entreprise sera utile à la naissance de l'anti-ballon , n’a rien que de très-logique. Quand même , il sera toujours louable de perfectionner ce qui est encore en usage, ne fût-ce que pour peu de temps. Une route , dans quelques mois, cessera d’être fréquentée , faut-il pour cela n’en pas empierrer la fondrière ? D’ailleurs , comme je l’ai déjà dit page 39 ci-dessus, d’après une publication qui date de deux ans et demi : a l’aérostat (et à plus forte raison \’AéiXO%\.9i perfectionné) sera utilisé en manœuvre atmosphérique, etc. etc. »

Les conséquences de la réunion qui avait eu lieu dans l’atelier splendidement illuminé de Nadar, ont été une vulgarisation immédiate du principe, la manifestation éclatante et définitive de la certitude de l’invention réputée chimérique , un nouveau point

de départ pour la réalisation de l’œuvre, et le meilleur moyen d'intéresser à sa réussite , non seulement les théoriciens et les praticiens capables de nous seconder efficacement , mais encore , d’un côté les princes de la science, de l’autre les rois du capital.

Je n'étais qu’apôire , Nadar est promoteur ; et pnisse-t-il, réalisant ses projets avec autant de persévérance et de bonheur qu’il y a mis d’énergie jusqu’à ce jour, en arriver à mériter le nom sublime d’AUTEua de la navigation aérienne!

Il a fait largement et libéralement toutes choses. Payant de sa personne , bravant tous les risques , prodigue de ses soins et de son argent , il s’est jeté dans la mêlée humaine tête baissée avec une furie de conviction telle qu'il a bien fallu le voir , l’entendre et par suite se rendre à l’évidence.

Dès le lendemain delà proclamation du Manifeste, des comptes-rendus de la séance étaient publiés dans plusieurs journaux, et depuis, la presse de Paris, de province et de l'étranger n’a cessé de se faire l’écho sympathique de l’idée propagée par Nadar.

Ainsi , tous les journalistes du monde partagent l’émotion de ceux qui assistaient à la séance. Ils espèrent ! — Ils espèrent et le manifestent par le confraternel appui qu’ils accordent , de si grand cœur, à nos premiers pas dans la carrière.

A eux tous, merci !... Je joins ma faible voix à la

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