‹ Aviation ou Navigation aerienneChapitre 6 sur 36 · VV · texte numérisé non relu

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voix retentissante de Nadar; je fais ce que je puis^ avec le regret de ne pouvoir faire davantage.

Je puis au moins adresser mes remercioments personnels à M. Emile de Girardin, qui assistait à la séance, et dire que l’éminent publiciste , pénétré de ‘ l’immense influence que la navigation aérienne exercerait sur tous les progrès , s’est toujours montré favorable à l’étude de la question si discréditée qu’elle pût être. Les hommes à larges vues ne se laissent pas influencer par les préventions du vulgaire. Ils ne regardent point comme des puérilités la recherche de solutions qui auraient sur l’économie universelle des conséquences semblables à celles de l’Aviation.

Quand on songe que, devenue pratique, elle ferait jouir toutes les villes des avantages d’un port de mer , comme le dit si justement M. Marey- Monge quand on calcule les bénéfices des nombreuses industries qu’elle créerait ou ferait prospérer , on a peine à concevoir l’indifférence presque hostile du public pour les tentatives des inventeurs toujours abandonnés à leurs propres forces, évidemment insuffisantes.

Dès 1842 (9 août], M. de Girardin accordait la ' publicité du journal la Presse aux propositions de M. Leinberger, de Nuremberg, sur l'application à

< Etudes sur l'Aérostation , p. 155 (t«*7).

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l’aérostat d’uae roue semblable aune vis d’Archimède. Plus tard , le même journal insérait une vive polé- ^mique engagée entre M. Victor Meunier , défenseur du ballon, et M. Béléguic, cité plus haut comme partisan du principe qu’il faut, pour lutter efficacement contre l'air , 'élre plus lourd que l’air.

Dans son excellente histoire de la Locomotion aérienne, M. Julien Turgan s'exprime ainsi :

« Nous entendions dernièrement le rédacteur en

» chef de la Presse prononcer ces sages paroles : a Un ministère intelligent consacrerait à cette » question dix millions par an; car, en bonne O politique on doit considérer non ce qui est passé » ou même ce qui est présent , mais ce qui sera '. » Enfin , aujourd’hui, les colonnes hospitalières du journal de M. deGirardin sont libéralement ouvertes à la propagation de nos idées.

Dans quelques journaux on ne cita que Nadar, quoiqu’on m’eùt vu sur la brèche à côté de lui , — dans d’autres, on oubliait le nom de M. de Ponton d’Amécourt, publiquement prononcé pourtant à dix reprises. — Mais , dans une question de celte grosseur, comme l’écrivait avec tant de justesse Nadar lui-même , il ne doit point y avoir de petits amourspropres.

Quant à moi , qui ai , — pour parler familière- * Les Ballons, fp. xvh p. 179 (185t).

ment , — attaché le grelot , et puis consacré à l’œuvre plus de temps qu’il ne m’en aurait fallu pour écrire trois romans , dix vaudevilles, cent chansons, mille articles sérieux ou frivoles, — or, c’est là monmétier, — si , — par une supposition comme on en fait dans les contes , — pour avoir le bonheur de voir la première aéronef fendant victorieusement les airs, il me fallait renoncer , non-seulement au légitime espoir d’être, tôt ou tard, récompensé de mes peines, mais encore à toute part de gloire dans le succès de l’œuvre , — eh bien , j’accomplirais avec joie ce double sacrifice.

A peine m’apercevrais-je de l’oubli dont je serais victime; et, à coup sûr, je ne regretterais rien, romans , chansons , ni droits d’auteur.

Voir de mes yeux , de mes propres yeux voir, le navire aérien , le Sauveteur , le futur pacificateur universel , fendre les airs d’un vol encore lourd et saccadé, mais qui, peu après, seraitassurément celui ‘ du milan ou de l’albatros, — voir l’homme maître enfin de l'empire atmosphérique au lieu de n’y être que l’humble jouet des vents, — pouvoir applaudir, pouvoir crier bravo avec transports , pouvoir dire comme Thomas Grey : — « J’avais raison !» — et je me trouverais assez indemnisé.

Le 6 août , M. de Ponton d’Âmécourt se trouvant î Paris, la jolie petite machine à vapeur iptère, pesant

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par elle-même 2 k. 080 gr., et avec l’eau et le combustible 3 kilog., fut enfin expérimentée en notre présence. MM. Nadar et Laubereau assistèrent à ce premier essai de force ascensionnelle, essai qui , comme il arrive toujours en pareil cas, fut fait hâtivement , avec une ardeur de curiosité trop grande et sans la précision mathématique absolument nécessaire pour donner des résultats exacts. Les pesées préalables furent omises, (aussi ne donné-je que, sous réserve de vérification , les poids mentionnés ci-dessus) , les poulies étaient ridiculement petites et mal disposées, les frottements si considérables que les appréciations des témoins varièrent infiniment.

Les ailes , on le sait déjà , sont loin d’étre faites comme elles pourraient et devraient l’être.

Néanmoins , le petit chef-d’œuvre, foyer et combustible compris, s’allégea d’une quantité que M. d’.\mécourt évalue à un quart.

L’enthousiaste Nadar fit serment que la machine avait percé la voûte du ciel ; en effet , elle cogna si rudement le plafond qu’elle faillit se fracasser et qu’il fallut faire , pour pouvoir continuer les essais , quelques réparations indispensables.

Nadar avait raison. L’allégement ne fût-il que d’un dixième, ce qui est hors de doute, l’expérience démontre au centuple , — et tel est l’avis positif de M. Babinet , — la possibilité de construire un appareil emportant une force motrice continue.

Nous fûmes témoins du même charmant spectacle que nous avait autrefois donné notre premier grossier petit engin à double hélice, quand il se vissait dans l’air à l’aide d’un contre-poids. Mais la force , cette fois, n’était plus la détente brusque d’un ressort; > c’était la vapeur faisant fonctionner deux pistons parallèles.

Nous ne pûmes , d’ailleurs , bénéficier de l’accélération de vitesse , parce que la macbine étant trop petite, manquait de pression à chaque instant. Sa force , n’était donc pas précisément une force continue. Enfin , de crainte d'accidents, on ne poussa que jusqu’à six atmosphères. Le résultat, tel quel, n’en est pas moins une excellente donnée , et la petite machine iptère un précieux instrument d’études expérimentales.

Notre plus doux triomphe jusqu’à ce jour est , sans comparaison, l’adhésion spontanée d’un savant tel que M. Babinet à qui je ne saurais témoigner en termes assez chaleureux toute la joie que je ressentis.

Le dimanche 9 août , l’illustre membre de l’Institut consacrait toute la fin de son cours à la navigation aérienne.

Nadar et moi, M. Joseph, l’horloger-mécanicien fabricant de nos modèles, et plusieurs de nos amis étaient présents. Retenu hors de Paris par le plus impérieux concours de circonstances, M. de

Ponton d’Amécourt fut privé du plus grand plaisir que puisse éprouver un inventeur convaincu.

M. Babinet disait , en se servant de nos hélicoptères pour sa démonstration, qu’en enlevant, comme ils le faisaient, leur moteur et des surcharges relatives vraiment énormes, ils nous donnaient , dès à présent, a ville gagnée, t II exprimait, du reste, les mêmes idées qu’il a reproduites le samedi suivant 15 août, dans son bulletin scientifique du Constitutionnel :

« Je me hâte, y dit-il, d’arriver à ce qui était » pour moi la partie favorite de mon article , savoir U la locomotion aérienne.

» Ce sera plus tard un long et sérieux article. » Aujourd’hui je veux constater une actualité des » plus importantes. Tandis que dans les Académies » et dans le public académique on pariait avecjndé- » cision et presque avec indifférence d’hélices aérien- » nés, et que des joujoux d’enfant lancés mécani- » quement volaient en tournant à des hauteurs con- 1 ) sidérables, deux amateurs, MM. Nadar et de la )- Landelle, l’un et l’autre fort connus du public , se D sont épris d’une passion bruyante pour la naviga- » tion aérienne, au moyen de l’hélice. Ils ont con- » struitde petits appareils qui empruntent la force » motrice à un ressort et qui s’enlèvent , ailes et » ressort, sans emprunter au dehors aucune impul- » sion. Ces petits engins sont donc parfaitement » automoteurs et prennent leur point d’appui sur

J by Cl '-ilt

NAVIGATION AERIENNE. U8

» l’air qu’ils traversent. La forme des ailes des » hélices reste à étudier aussi bien que la nature de » la machine à vapeur qui doit fournir le moteur, » mais comme un modèle en grand est toujours » bien plus avantageux mécaniquement qu’un petit n appareil de faible capacité , on peut dire ici harx> diment que si on a enlevé une souris , on enlèvera » bien plus facilement un éléphant. C’est une ques- » tion d’argent et de technologie et non pas de B science.

» On peut donc garantir le succès à la navigation B aérienne dans les limites du possible, c’est-à-dire B qu’on ne pourra jamais aller contre les vents B violents qui font plier le vol des oiseaux les plus B vigoureux. Quant à l’exclusion de l'aérostat que B MM. Nadar et de la Landelle proscrivent à grands » cris , il y a longtemps que tous les physiciens ont 0 rangé la direction des ballons plus légers que l’air B parmi les problèmes, non-seulement insolubles, B mais absurdes même à poser.

B J’ai beaucoup étudié théoriquement et expéri- > mentalement la question des hélices motrices dans B l’air et dans l’eau. Il faut d’abord une grande » vitesse de rotation dans les ailes , mais on peut B en mettre un grand nombre; c’est un ressort qui B doit donner un mouvement non saccadé à ces ailes B et la machine à vapeur faite de métal mince ne B doit être employée qu’à maintenir le ressort tou-

» jours bandé au même degré. Ce ressort fera volant » pour la force motrice. Quant à la viles.se nécessaire, » pour que l’hélice agisse énergiquement sur l’air, » je dirai que dans les expériences faites le long du X beau bassin de la Seine qui est au dessous de Saint- » Cloud, un bateau à hélice, dont le pas était d’un » mètre etquien milletours, si l’eau n’avait pas cédé, O aurait fait un kilomètre, ne faisait que 200 mètres » quand l’hélice tournait lentement. 11 perdait ainsi •> 800 mètres sur mille tours, tandis qu’avec un » mouvement plus rapide de l’hélice le bateau avec » mille tours avançait de 800 mètres et ne perdait » que 200 mètres.

» L’effet avantageux des mouvements rapides tient » à ce que l’air, obligé de céder à l'impulsion, n’a b pas le temps de fuir, et qu’il est fortement com- » primé comme sur la face antérieure d’un boulet » de canon. C’est encore ainsi qu’un parachute des- 0 cend lentement, car pour s’écouler par les bords , D l’air est obligé de prendre un mouvement consi- » dérable qui est aux dépens de celui du corps qui » est suspendu au parachute.

» L’hélice ne fera jamais dans l’air que des mou • a vements peu rapides; mais, pour cheminer dans » un air calme , on pourra employer le glissement O sur des plans inclinés, déjà préconisé par M. Pétin » et essayé longtemps avant par MlleGarnerin pour » descendre en parachute sur uu local choisi. Homère

NAVIGATION AÉRIRNNK. l-(5

» Douspeiot un aigle qui, dans le lointain de la dis- » tance et de la hauteur, aperçoit par une vue per- » çante un lièvre dans les herbes et broussailles et » qui fond sur lui avec une incroyable rapidité. » C’est un vrai glissement de l’oiseau sur le plan )) incliné de ses ailes qui transforme la position d’élé- » vation en un cheminement rapide dans le sens » horizontal. Le peu de résistance latérale qu’offre » l’hélice servira ici merveilleusement la marche » horizontale et l’ascension se transformera tout » naturellement en cheminement progressif.

» déterminerai en disant avec M. delà Landelle, » que, môme à part toute idée de voyage, on pour- » rait (moi je dis : On pourra), en cas d’incendie , » d’inondation , de naufrage , porter des secours » très-efficaces. Pline dit : C’est être Dieu qued’être » secourable aux mortels. Deusestjuvaremortalem. » Je garantis la canonisation de MM. Nadar et de » la I.andelle. » ^ '

A propos de cette aimable canonisation et puisque, dit le poète , le nombre impair réjouit les Dieux , on a pu, à coup sûr, regretter l’omission fort involontaire et mille fois réparée d’avance par mes publications et celles de Nadar, du nom de M. de Ponton d’Amécourt ; — mais le fait essentiel était acquis. Un membre de l’Institut prenait en main notre cause ; il en devenait , à son tour, l’apôtre et le promoteur. Sa voix retentirait et serait religien-

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■sement écoulée dans les hautes^régions oii n’auraient ’ pu s’élever les nôtres. ^

Nous n’ignorions point , depuis la séance du 30 juillet, que M. Babinet était loin d’étre notre seul partisan. Nous allions avoir pour nous les vrais savants, ceux-là même dont je viens d’énumérer les titres à la gratitude universelle. Notre satisfaction était indescriptible, car la manifestation qui seule peut vivilier l’invention , grandissait à pas de géant.

M. Babinet, continuant de donner son généreux appui à nos travaux, publia un second article dans le Constitutionnel du 29; et, qu’il pardonne à mon zèle d’apôtre, si je me bâte encore de me faire l’écho de ses paroles d’ Heureuse N^ouvelle.

Pour moi, d’abord, ce .«iont paroles d’Évangile Scientifique ; et puis , le journal est éphémère de sa nature, tandis quecelivre-ci , document exact, se retrouvera toujours au besoin , ne serait-ce que sur les rayons poudreux de quelque grande bibliothèque publique. On l’y déterrera tôt ou tard, quand l’heure aura sonné; et l'on pourra voir en le consultant comment le groupe aventureux des amants de l’.\vialion, s’avança rangé en bon ordre sous la bannière d’un 3faître dont le, nom seul met en fuite la raillerie incrédule, .le cite littéralement :

« Qu’avons-nous maintenant à demander? sur » quel point le génie insatiable de l’humanité progres- » santé va-t-il porter .ses efforts ? On dev ine, d’après

» mon dernier article, que je veux parler de la loco- » motion aérienne sous les noms de MM. de Ponton » d’Amécouit, de la Landelle et Nadar. Voyons ce » qui a été fait et ce qui reste à faire :

» Généralement, toute question bien posée est » plus qu’à moitié résolue quand elle ne contrarie B aucune des quatre grandes lois de la nature : lois de ' » mécanique, lois de physique , lois de chimie et lois » de physiologie. Or, la navigation aérienne ne con- » trarie aucun de ces codes. Elle est donc possible.

» Elle serait longue la liste des efforts de calcul » et d’expérience qui ont précédé ' les essais de » MM. de Ponton d’Amécourt et de la Landelle. Il me » suffira de dire que des expériences de ces ingénieux » constructeurs , il est résulté pour la première fois de D petites machines peu volumineuses s’élevant dans » l’air au moyen de l’hélice et emportant avec elles le a moteur qui produit leur vol. Dans certaines limites » ce vol est susceptible d’étre dirigé à volonté. Il ne » reste plus qu’à trouver un moteur convenable pour j> entretenir indéfiniment l’action du ressort qui fait » planer l’hélicoptère et la vapeur résoudra facile- » ment le problème.

» MM. Nadar, de la Landelle etd'Amécourt ont » entrepris à grand bruit la solution de cette belle j> question , savoir : de faire une machine à hélice » qui puisse enlever un homme et le souten.r indé- » finiment dans les airs ; enfin de lui permettre de se

» mouvoir jusqu’à un certain point dans le sens et vers » le but désiré. Or , c’est ce que je maintiens d’une B exécution infaillible.

»On me dira : Pourquoi adoptez-vous avec tant de » chaleur les idées et les espérances de ces Messieurs?

» — Je répondrai : parce que ce .sont dès longtemps » les miennes. Depuis plus de quinze ans, je prêche la » navigation aérienne par l’hélice. J’en ai conféré » avec toutes nos célébrités mécaniciennes, et si / » MM. de Ponton d’Amécourt et de la Landelle n’avaient » pas réalisé, comme ils l’ont fait, des appareils auto- » moteurs qui emportent leur force vive avec eux, je » me regarderais , aussi bien qu un grand nombre de » géomètres et de physiciens , comme autorisé à ré- » clamer l’idée de l'hélice voyageuse dans l'air, et , D de plus, je pourrais produire tous les calculs mathé- » matiquement infaillibles qui garantissent le succès » de cette navigation aérienne. Ces calculs sont ana* » logues, pour ne pas dire identiques, à ceux que l’on » a faits pour l'aile du moulina vent, pour les vannes B de la turbine , pour les ventilateurs et enfin pour B l'hélice maritime. Pour tous ces moteurs, le résultat B a été le même que celui qu’indiquaient les formules B mécaniques.

B Avec les petits modèles mis sous les yeux du B public à une réunion nombreuse chez M. Nadar et B par moi dans une conférence de X Associaiion poly- B technique dans l’amphithéâtre de l'Ecole de méde-

D cine, devant un millier d’auditeurs, on a vu ces » appareils pourvus de ressorts bandés par une force » médiocre , s’enlever et se soutenir en l’air pendant » tout le temps de l’action du ressort. Or, si un petit B appareil à vapeur, facile à imaginer, eût rendu au » ressort moteur la tension qu’il perd en mettant l’hé- » lice en mouvement, le mécanisme en question se fût » indéfiniment élevé , soutenu et dirigé au milieu de » l’atmosphère.

» Dans une publication du triumvirat hélicopté- » roidal , ces Messieurs font observer avec juste rai- 0 son qu’une machine à vapeur de dix chevaux pèse » incomparablement moins que dix machines à un » cheval. On dit en fortification petite p/ace, mauvaise U place ; il est encore plus vrai de dire en mécanique » petit moteur , mauvais moteur. La plupart des dé- » ceptions qui ruinent les inventeurs proviennent de » ce qu’ils jugent de l’effet d’une machine par celui » d’un petit modèle qui est ce qu’on appelle un chef- » d’œuvre, non susceptible de fonctionner en grand ; » c’est encore le cas des gens qui calculent le produit U d’un champ par le rendement d’une culture faite » dans une caisse posée sur leur fenêtre.

B Tandis que MM. de Ponton d’Amécourt et de la B Landelle construisaient leurs petits automoteurs , » M. Nadar , qui avait aussi , comme bien d’autres , » pensé à l’hélice, mais qui de plus avait l’expérience » de l’aérostation et de son insuffisance , fut mis en

» rapport avec les deux partisans de l’hélice. II entra » avec ardeur et grand fracas dans le triumvirat dont B j’ai parlé. En réalité, il devint le promoteur efficace B de l’idée commune. Voici entre ces Messieurs ctmoi » le plan adopté pour avancer sûrement dans la voie B de la navigation aérienne par l’hélice. Un modèle à B échelle précise sera construit à frais modérés. Une B petite machine à vapeur à haute pression sera for- B mée d’un tube mince et d’un piston léger , et sa B forcesera appliquée au ressort moteur des appareils » déjà construits et remontera continuellement ce B ressort en lui rendant la force qu’il aura perdue par B son action sur la double hélice ascensionnelle.

ObnervalUm eivntfelle. Le lecteur no devra pas confondre lo re.ssorl en spirale, du genre d’un ressort de montre, qui fait fonctionner nos petits hélicoptères, avec le ressort régulateur contlnuement remonté que propose M. Bablnet et qui ne doit aucunement être de forme spirale.

B Une fois en possession d’un appareil qui s’élèvera B en emportant seulement un kilogramme, on pourra B calculer la dépense d'une machine capable d’enlever B un homme ou un poids quelconque, et susceptible, B avec des propulseurs aériens, de se diriger (avec O certaines limites de vitesse) dans une atmosphère B qui ne sera pas dominée par un vent trop violent. B Remarquons que l’hélice, dont les ailes sont à peu B près horizontales , ne donne que peu de prise au

» vent qui entraîne irrésistiblement l’aérostat ordi- » naire.

B Une fois en possession d’un hélicoptère de force » moyenne , ce sera une affaire d’argent que d’en O construire un d’une force supérieure, et alors la » dépense sera facilement couverte par une associa- » tion qui trouvera, dans la curiosité publique ou » autrement , une rémunération assurée des pre- B niiers frais.

b' Espérons que la septième décade de ce siècle B siècle si fécond en inventions merveilleuses, et pour B la plupart françaises, que cette septième décade, » qui finira avec Tan 1870, ne s’écoulera pas sans que B notre France ne produise l’hélicoptère , comme B elle a déjà produit l’aérostat , le télégraphe élec- » trique, l’électro-magnétismeet la photographie. »

Nos travaux et nos idées ont dû un retentissement immense à ce dernier article, reproduit ou cité de toutes parts , inséré notamment dans /c Moniteur Universel et traduit dans les principaux journaux de l’Europe.

M. Babinet ne s’en est pourtant pas tenu là. Il a poursuivi l'œuvre avec le sentiment paternel d’un inventeur qui en a, depuis longtemps, prévu la possibilité, calculé, prémédité et combiné l’exécution. Or, c’est ici le lieu de dire que les publications anté-

rieuses de M. Liais résultent en grande partie d'études faites de concert avec M. Babinet lui-même

On lit dans le Bulletin scientifique du Constitutionnel en date du 12 septembre :

« J’ai été très-llatté de voir M. Barrai, dans la » Presse scientifique des Deux-Mondes , adopter » toutes mes idées et y ajouter l’autorité d’un savant » non-seulement très -compétent en théorie, mais » encore l'un des premiers et des plus hardis aéro- » nautes de ce siècle. Par sa capacité pratique, » M. Barrai manque à l’Institut. M. Barrai craint B que mes idées, qu’il adopte complètement, ne se » matérialisent que difficilement. Et pourquoi? » M. Nadar aussi bien que moi , que M. Liais et vingt » autres, avait eu l'idée de l’hélice aérienne. MM. B d’Amécourt et de la Landelle ont fait un pas de B plus et créé de vrais automoteurs , alors M. Nadar » reprend scs projets et ses espérances avec ardeur. O Je ne vois là qu’une chance de succès à peu près B infaillible pour la construction d’un modèle pourvu » d’un moteur infatigable, b

M. Barrai, sans rejeter le secours d’un gaz plus léger que l’air, — question que je me réserve d’aborder au paragraphe des systèmes mixtes , — approuve hautement ceux qui veulent changer les conditions de la construction des aérostats. « Il a la conviction B que la navigation aérienne est une des pro-

» chaines conquêtes incontestablement réservées à » l'homme. »

« M. Babinet , dit-il , est complètement de mon » opinion sur l’impossibilité de diriger le ballon » avec lequel , nous tous qui avons osé faire l’expé U rience, nous nous sommes élevés dans les airs B en nous contentant de monter, en nous laissant » emporter par les couches d’air où notre force nous » avait conduits. »

Partisan des svstèmes mixtes, M. Barrai veut * '

qu’on ne néglige pas d’avoir recours à du gaz léger, afin de diminuer la masse trop grande des métaux;

— il m’importe de bien le constater bien formellement , avant de citer sa conclusion ainsi conçue :

« L’homme du dix-neuvième siècle a acquis assez » d’expérience pour surmonter les obstacles que pré- » sente la navigation aérienne , et qui ne sont rien » auprès de tous ceux dont il a déjà triomphé. Hon- » neur donc à ceux qui cherchent la locomotion » aérienne! Les savants leur doivent leur concours V et non leur dédain. »

Fût-on en désaccord profond avec le vrai savant qui s’exprime de la sorte, on ne saurait enregistrer v qu’avec un respect reconnaissant , de si nobles , de si loyales , de si encourageantes paroles. ^ *

Le 26 septembre, M. Babinet a publié dans h Constitutionnel une étude sur l’aile de l’oiseau , où .y

il réfute peremptoiremenrru^^ des objections les plus spécieuses qui nous aient été faites :

« Quant aux personnes qui croient que, pour s’en- » lever ou se soutenir dans les airs, il faudrait faire B tourner l’hélice avec une très-grande rapidité , je » rappellerai qu’une petite vitesse de rotation corres- D pond à un grand mouvement en avant , et récipro- » quement en imprimant dans un air calme une » vitesse de rotation très-modérée aux ailes, l’hélice B marchera très-vite dans le sens perpendiculaire au B plan des ailes. C’est ce que montrent déjà expéri- B mentalement les petits modèles qui, au moyen d’un » faible ressort , se sont élevés et soutenus en l'air fl étant chargés de poids relativement considé- » râbles, b

'France et l’Europe se sont émues devant ces assertions réitérées , devant ces arguments fondés sur des expériences et sur des calculs également incontestables pour quiconque est de bonne foi.

Vers la fin du mois de septembre , M. le vicomte de Ponton d’Amécourt crut devoir prendre date par • une brochure intitulée : La conquête dej’air par l’hélice , exposé d’un nouveau système d’aviation. — Cet opuscule contient en majeure partie des idées qui nous .sont communes, c’est-à-dire celles qui ' étaient originairement dans son mémoire d’inventeur, base de notre collaboration , celles qui m’ont servi pour la rédaction de ma brochure l’Aéronef, appareil

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de sauvetage, celles qui sont exposées dans mon Mémoire au comité des inventeurs, celles qui se trouvent dans ma Lettre à la Presse scientifique, et plusieurs autres qui résultent, soit de ses propositions , soit des miennes , élaborées et discutées en commun.

Toutefois , je ne suis pas plus responsable de la publication de M. d’Âmécourt qu’il ne l’est lui-méme de ce livre.

Si , avant qu’aucun résultat important fût obtenu , j’ai le premier signé de mon nom la description de l’appareil de M. Gustave de Ponton , — si, dans le présent ouvrage, je ne crains pas d’émettre, sous ma seule responsabilité, une foule d'opinions hardies, ce n’est pas^^un motif pour que j’en adopte de plus audacieuses encore , d’après ma manière de voir et de .sentir.

Cette restriction une fois posée , je renvoie le lecteur à Ag brochure même de M. d’Amécourt, sans la délldrft’,.*j|^ ^analyse inutile ou insuffisante.

11 reste d'ailleurs i^bffiiaent établi que nous ne pouvons différer 'qucgàj^ ^ s points de détail ou d’applicatioti . lion jfi B Ifea^aiblc de notre système tel qu’il est brevet^g^B y^ , .

La prcssOégèic est jjenue en aide à la presse scientifique et à la presse sérjèqse. L’hélice a été chansonnée , caricalurisée , popularisée avec un esprit gaulois des plus bienveillants.

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