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EXPLOITATION DES OISEAUX DOMESTIQUES

Les oiseaux domestiques remplissent plusieurs fonctions économiques, plus indépendantes, en réalité, les unes des autres que celles des bovidés et des ovidés, mais en tous points identiques.

Comme eux, ils ont toujours pour fonction de produire de la viande, puisque tous sont livrés à la consommation à la lin de leur carrière, mais cette fonction ne vient aussi souvent qu'en deuxième ligne, dominée qu'elle est par la production des œufs.

Us ont aussi parfois pour fonction principale de fournir des plumes, mais, le plus souvent, cette production n'est qu'accessoire, comme, d'ailleurs, celle de la graisse, celle du fumier, ou celle de leur travail d'incubation.

Chacune de ces fonctions mérite d'être examinée séparément. Nous le ferons en ne considérant que ce qui peut contribuer à augmenter les produits en quantité et en qualité, ou à diminuer leur prix de revient, indépendamment des conditions économiques qui influent sur leur valeur, et que nous étudierons plus loin .

La ponte est, comme nous l'avons vu (p. 24), une fonction physiologique considérablement modifiée par la domestication,

3u4 PRODUCTION DES ŒUFS.

et entièrement sous la dépendance de l'appareil digestif.

Les modifications dont elle est Fobjet sont transmises héréditairement, mais elles ne subsistent qu autant que les matériaux sont fournis en quantité suffisante, et que leur transformation par l'estomac et l'intestin ne subit aucun trouble.

Une alimentation rationnelle et intensive s'impose donc toutes les fois que Ton veut porter au maximum la production des œufs, si, toutefois, toutes les autres conditions nécessaires pour qu'elle ait lieu se trouvent réunies.

11 est évident que la ration journalière au moment de la ponte doit comprendre, en outre de la ration d'entretien, une ration de production équivalant au moins à la quantité de matériaux nutritifs représentés par les œufs.

Nous sommes ainsi amenés à rechercher quelle est la composition moyenne des œufs.

Composition de Vœuf.

Elle n'offre pas des écarts considérables et varie seulement dans les limites suivantes en raison du volume de l'œuf, de l'épaisseur de la coquille et de la proportion du jaune par rapport au blanc.

Coquille 11 à. 13 p. 100.

Blanc 59 à 60 —

Jaune 27,5 à. 29,5 —

D'après Wicke, qui a effectué des analyses nombreuses des coquilles d'œufs de toutes les espèces, celles-ci auraient la composition centésimale suivante :

Poule. Oie. Canard. Faisan.

Carbonate de chaux .... 93,70 95,26 94,43 93.33

— de magnésie. 1,30 0,72 0,50 0,66

Phosphates 0,75 0,47 0,84 1,37

Matières organiques 4,25 3,55 4,23 4,64

D'autre part, le blanc d'œuf, qui est une dissolution d'albumine, a la composition centésimale suivante :

COMPOSITION DE L'ŒUF. 3î>5

Eau 85,7 p. 100.

Matières azotées 12,7 —

— grasses 0,3 —

— minérales 0,6 —

Extractifs non azotés 0,7 —

Le jaune a une composition beaucoup plus complexe. On y trouve, d'après Dumas et Cahours, un principe azoté, la vitellincy contenant environ 15 p. 100 d'azote, de la cholestérine, matière grasse non saponifiable, de l'oléine, des acides oléique et margarique, de Facide lactique, des matières minérales et des matières colorantes.

Les tables- donnant la composition moyenne des aliments et de leurs principes digestibles indiquent que le jaune a en résumé la composition centésimale suivante :

Eau 50,8 p. 100.

Matières azotées 16,2 —

— grasses 31,7 —

— minérales 1,1 —

Extractifs non azotés 0,1

Quelle est donc la ration supplémentaire qu'une poule devra recevoir pour la production d'un œuf ? Si nous adoptons comme composition moyenne : coquille 12 p. 100, blanc 59 p. 100, jaune 29 p. 100, il lui faut, pour produire un kilogramme d'œufs du poids moyen de 67 grammes, soit quinze œufs :

Eau. M.Az. M.G. M.H. Exir.

Blanc 505,6 74,9 1,7 3,5 4,1

Jaune 147,3 46,9 91,9 3,1 0,3

En donnant aux matières grasses la valeur, adoptée par tous les zootechniciens, qu'elles ont dans l'économie par rapport aux éléments nutritifs hydrocarbonés, c'est-à-dire en les multipliant par le coefficient 2,4, le kilogramme d'œufs renferme en moyenne la somme d'éléments nutritifs : 121,8 + 93,6 X 2,4 -h 4,4 = 350,8.

D'après les tables dues à M. Mallèvre, professeur à l'Institut national agronomique, et publiées par la Société de l'alimen-

yGoogk

3o6 RATION DE PRODUCTION DES ŒUFS.

tation rationnelle du bétail (1), cette somme d'éléments nutritifs serait de 422.

Ces mêmes tables indiquent que 100 grammes des aliments usuels suivants donnent en moyenne, comme somme d'éléments digestibles et comme teneur en matières azotées digestibles :

Somme d'éléments Matières

digestibles. azotées MA + MGX 2,* + MH. digestibles.

Blé 80,0 12,0

Avoine 65,0 8,0

Maïs 86,2 8,0

Riz..... 80,3 ' 6,9

Ghènevis 107,2 13,0

Millet 61,6 8,9

Vesce 77,1 23.3

Tourteau de coton 87,0 37,0

— de lin 77,0 24,7

Sang desséché 64.4 59,5

Farine de viande de poisson. 51,0 47,2

— de viande 96,5 65,7

Hannetons frais 20,4 13,0

Les éléments nutritifs contenus dans un kilogramme d'œufs (quinze œufs du poids de 67 grammes) ne peuvent donc être fournis, en admettant que l'on adopte le chiffre de 350 trouvé

précédemment, que par au moins (-ôt^ ) ^37 grammes de blé, ( — J 530 grammes d'avoine, etc.

ou

Ration de production.

Si ces quinze œufs, pesant un kilogramme, étaient pondus en quinze jours, il faudrait conclure que la ration supplémen taire ou ration de production à ajouter à la ration d'entretien^ pour que l'organisme n'élabore pas les œufs aux dépens de sa

(1) Ces tables sont reproduites dans le livre de R. Gouin, Alimentation rationnelle des animaux domestiques (Encyclopédie agricole).

RATION DE PRODUCTION. 3o7

propre substance, ne devrait pas être inférieure à 30 grammes de blé ou 36 grammes d'avoine.

Si ces quinze œufs sont pondus en vingt-cinq jours, ce qui est le cas le plus habituel, elle doit être au minimum de 18 grammes de blé, ou de 22 grammes d'avoine.

Considérée en elle-même, cette ration de production est notoirement insuffisante, car le blé ne contient en moyenne que 12 p. 100 de matière azotée digestible, etTavoine 8 p. 100, c'est-à-dire que les 437 grammes de blé donnés en supplément n'en renferment que 52 grammes, et les 530 grammes d'avoine 42 grammes. Il manque donc, pour fournir les 1 21 grammes de matières azotées contenues dans le kilogramme d'œufs, soit 69 gr. dans un cas, soit 79 gr. dans l'autre.

Lorsque les oiseaux sont adultes, il est possible d'admettre qu'il y a entre la ration habituelle de grains — qu'à défaut d'expériences nous considérerons comme la ration d'entretien — un échange ou plutôt une fusion des différents éléments nutritifs dans laquelle une partie de l'azote de la première sert à la production des œufs. Mais, avec des oiseaux qui n'ont pas complètement terminé leur croissance, des poulettes par exemple âgées de moins de dix mois, il est nécessaire de fournir, en plus de la ration donnée jusqu'à la production du premier œuf, tous les matériaux constitutifs des œufs pour que la ponte puisse se continuer.

Les matières hydrocarbonées des graines pouvant servir aussi bien que les matières grasses elles-mêmes à la production de la graisse, il n'y a lieu de tenir compte que de la matière azotée à fournir et de la somme des principes nutritifs digestibles pour établir la ration de production. Celle-ci peutelle être composée uniquement de graines, pour répondre à la production, évidemment intensive, mais non exagérée toutefois, de 15 œufs pesant un kilogramme, en 25 jours?

Si les graines de légumineuses : vesce, féveroles, pois, étaient suffisamment appelées pour qu'on puisse en tenir compte, la réponse à cette question devrait être affirmative. Elles contiennent en effet, à peu de choses près, la même somme d'éléments nutritifs digestibles que le blé et de 20 à 23 p. 100 de matière azotée au lieu de 12 p. 100 que renferme celui-ci. Mais

elles ne plaisent qu'aux pigeons! Les autres oiseaux de bassecour ne les prennent qu'en minime quantité, sans doute à cause de leur contexlure, même concassées très lin. Elles ne sont acceptées que dans les pâtées de farine d'orge ou de farine de maïs, et en petite quantité seulement. Il est donc inutile, dans la question qui nous occupe, d'examiner leur prix de revient.

Avec les graines de céréales qui contiennent de 7 à 12 p. 100 de matières azotées, avec le chènevisqui en renferme 13 p. 100, il faudrait que la ration de production seule apportât en 15 jours dans le premier cas considéré, en 25 jours dans le second, 1000 grammes de blé ou 1500 d'avoine ou de maïs, 930 de chènevis! Cela équivaudrait à 40 ou à 66 grammes de blé en plus par jour, à 60 ou à 100 grammes d'avoine, etc. 11 y aurait deux à trois fois plus de matières grasses et de matières hydrocarbonées que cela n'est nécessaire, et, en admettant que les oiseaux puissent prendre et digérer cette énorme quantité de grains, ils engraisseraient rapidement, et cela en nuisant quelque peu à l'activité de l'ovaire.

En introduisant les tourteaux de graines oléagineuses, tels que ceux de coton décortiqué, d'arachide, de lin, de coprah, de maïs contenant de 25 à 45 p. 100 de matière azotée, dans une pâtée de farine d'orge ou de maïs, on satisferait avec 15 à 25 grammes de ces produits aux conditions recherchées. Nous ne conseillons cependant guère leur emploi d'une façon suivie, en dehors du gavage forcé, parce que l'organisme des oiseaux n'est pas construit pour les digérer facilement, et qu'ils contribuent ainsi à diminuer leur appétit.

Les aliments d'origine animale conviennent beaucoup mieux à tous égards. Ils sont non seulement très recherchés par les volailles, mais fournissent mieux que tous les autres, sous un volume convenable, la somme de principes nutritifs digestibles et la quantité de matières azotées nécessaires.

Les insectes et larves de toutes sortes peuvent fournir en moyenne 18 p. 100 de leur poids en matières azotées, dont 13 de matières azotées digestibles. En été, il n'est pas impossible qu'ils constituent à eux seuls la ration de production des oiseaux de basse-cour vivant en liberté, car les 121 grammes

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