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HÉRÉDITÉ

même incertitude subsiste cependant après l'examen des faits. Certes, tous les éleveurs sont d'accord pour reconnaître que, chez les oiseaux, une seule copulation suffit à féconder plusieure œufs. On répète volontiers qu'il suffit que le dindon mâle coche une fois sa femelle pour qu'une vingtaine d'œufs soient fécondés et qu'il suffit que le coq coche une fois la poule pour que sept à huit œufs le soient. Bien que pouvant confirmer ces faits, nous croyons cependant qu'il y a quelque exagération dans le nombre d'œufs soi-disant fécondés.

11 est de toute évidence que s'il se produit un accouplement avec un autre mâle avant la ponte d'un certain nombre d'œufs, le premier aura conservé toute son influence sur les sujets à provenir de ceux-ci. Mais après? A partir de quel moment peut-il y avoir juxtaposition de la puissance héréditaire de deux mâles sur le même ovule ? C'est sur ce problème que plane encore la plus grande incertitude.

Nous avons vu en effet, en étudiant l'anatomie des organes de la reproduction, qu'il était nécessaire que les spermatozoïdes parviennent au delà du tube albuminipare, pour qu'il y ait fécondation. Nous sommes donc obligés de conclure des observations précédentes et de ces déductions anatomiques que les spermatozoïdes restent vivants pendant un temps assez long dans la trompe qui est le point le plus voisin de l'ovaire, ou bien qu'il y a imprégnation immédiate d'une série d'ovules plus ou moins mûrs, imprégnation imparfaite par conséquent et laissant possible la juxtaposition d'une hérédité due à une copulation avec un autre mâle. La méthode expérimentale pourra peut-être permettre de le dire un jour ; actuellement, rien n'autorise à admettre l'une plutôt que l'autre de ces hypothèses.

Hérédité pathologique. — L'aviculture fournit un contingent respectable d'observations concernant la transmission d'anomalies, de mutilations et de maladies.

De même qu'on a suivi la sexdigitalie chez l'homme pendant un certain nombre de générations, on a pu constituer plusieurs races de poules pourtant bien différentes entre elles, comme la Houdan, la Dorking et la Négresse, dont un des

caractères principaux est la présence de cinq doigts aux pattes. La puissance héréditaire a donc pu s'établir presque infailliblement à l'égard de cette anomalie. 11 en est de même pour l'absence des vertèbres coccygiennes .

Pi^. 17 et 18. — Vue comparative de l'œsophage des pigeons Biset (1) et Boulant (2) (profil). Ces oiseaux ont été dépouillés de leur peau et l'œsophage insufflé de même façon (Cornevin).

chez quelques races de poules, pour le retournement des plumes chez les poules dites frisées, pour la transformation des tissus (dermatolysie) de la joue dans la race Espagnole, pour la dilatation de l'œsophage chez les pigeons Boulant (fig. 17 et 18), pour le mouvement convulsif des pigeons Queue

LA CLASSIFICATION ZOOTECHNIQUE EN AVICULTURE. 45

de Paon, enfin pour la lésion nerveuse qui provoque les culbutes pendant le vol des pigeons culbutants.

Et, encore comme chez nos grands animaux domestiques, on n'a jamais obtenu la transmission des tares dont on provoque facilement le développement ou des mutilations que Ton produit avec des instruments de chirurgie. Pour la déviation du bréchet, aussi fréquente chez les poules que Féparvin chez le cheval, il n'y a qu'une prédisposition transmise comme elle Test chez celui-ci. L'ablation de la crête, pourtant habituelle pour plusieurs races, ne se transmet pas plus que lablation des cornes chez les bovidés. On ne signale non plus jamais d'oiseaux privés de leur pouce chez ceux sur lesquels on pratique fréquemment Véjointage.

Oans la transmission des maladies, il y a cependant une différence entre nos grands animaux domestiques et nos oiseaux. Si elle existe chez ceux-là, c'est en raison du rapport prolongé qui existe entre le nouvel être et sa mère. On n'a jusqu'à présent jamais trouvé dans les œufs des oiseaux le bacille de la tuberculose aviaire ou celui de la diphtérie, répandus pourtant en si grande quantité dans les organes d'un très grand nombre. On y a tout au plus trouvé des germes et moisissures qui avaient pu y pénétrer avant la formation de la coquille, en remontant du cloaque dans l'oviducte ou tout simplement à travers cette coquille une fois qu'elle était achevée et l'œuf pondu.

La classification zootechniqae en aviculture.

Dans l'étude des sciences naturelles, le besoin d'établir des divisions et subdivisions ou de grouper les individualités revêt un caractère utilitaire. Une des parties les plus importantes de la zoologie comme de la botanique est assurément la classification ou établissement méthodique des compartiments dans lesquels viennent se ranger, se classer les animaux que l'on étudie.

Le naturaliste groupe les individus en espèces, celles ci en genres, les genres en ordres, ceux-ci en classes, les classes en sous-embranchements et en embranchements.

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Le zootechnicien, qui étudie les animaux au point de vue des utilités qu'ils produisent, doit logiquement les classer suivant celles-ci ou suivant les caractères visibles à l'état vivant auxquels elles paraissent correspondre. Sa classification ne peut, en toute évidence, être plus large que celle du zoologiste et comporter des groupes plus grands. Elle en dépend et nous pensons qu'elle doit lui être solidement rattachée.

Aussi, et en raison des divergences d'opinions des zoologistes dont il résulte que les dernières de leurs subdivisions, l'espèce et la race, reçoivent des définitions différentes suivant qu'ils sont partisans de ïimmutabililé des espèces ou de Vévolutionnisme, nous croyons devoir dire ici d'une façon très brève de quel côté nous nous rangeons et quelle définition de la race nous adoptons.

Pour nous, la race est, dans Vespèce, un groupe d'individus se ressemblant plus entre eux qu'à d'autres^ formé sous l'influence dts milieux et de l'homme et dont les caractères sont transmissibles par hérédité.

Cette définition est conforme à la doctrine évolutionniste. En l'acceptant, on ne saurait oublier que son critérium est, suivant Darwin, de voir dans toute variété une espèce en voie de formation et qu'elle conduit à admettre que des races puissent se constituer et soient susceptibles d'avoir des caractères assez dissemblables pour donner lieu à des espèces différentes lorsque les formes intermédiaires ont disparu ; enfin que, pour les mêmes raisons, celles-ci peuvent donner lieu à des genres distincts, ceux-ci à des familles, celles-ci à des ordres, etc.

Son adoption est conforme aux tendances de l'enseignement zoologique et zootechnique, et a encore de nombreux avantages au point de vue pratique. La réunion, sous le prétexte d'affinité ou de communauté d'origine, de plusieurs groupes que tous les praticiens sont d'accord à considérer comme des races, en un groupe plus grand qui les rabaisse au rang de variétés ne présente aucun intérêt.

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Dans l'élevage des oiseaux de basse-cour comme dans celui de nos grands animaux domestiques, les méthodes de reproduction ont la plus grande influence. Ce serait sortir de notre cadre que de les étudier séparément d'une façon générale, mais leurs manifestations en aviculture sont trop importantes pour qu'il ne leur soit pas fait une petite place dans ce traité.

SélectioD,

L'expression de sélection a été spécialisée et n'est pas le synonyme de choix, comme l'indique son étymologie. Elle signifie le choix de reproducteurs appartenant à une même race et répondant à telle ou telle destination économique. C'est un mode de reproduction dans la race et dont le but premier estle maintien de la pureté de celle-ci; elle éveille toujours une idée opposée à celle que font naître les mots croisement, métissage et hybridation (1).

On entend par sélection naturelle celle qui se fait chez les animaux vivants à Tétat sauvage ou à l'état naturel et dont la reproduction n'est pas modifiée du fait de l'homme. Elle assure la prédominance des mâles les plus vigoureux. Darwin pense qu'elle est le facteur par excellence des races et des espèces nouvelles, puisqu'elle concourt à l'expansion et à la reproduction de sujets dotés de caractères qui les avantagent, avec l'anéantissement de ceux qui sont moins bien pourvus.

Dans quantité de basses-cours où la reproduction est livrée à elle-même et se fait comme à l'état naturel, où les vieux sujets sont remplacés chaque année par un groupe nombreux de jeunes qui ont le rang de frères et de sœurs, les plus précoces au point de vue des manifestations sexuelles, les plus vigoureux, les plus rustiques sont seuls appelés à se reproduire. Ce sont le plus souvent ceux qui ont donné les moindres

(1) GoRNEViN, Traité de zootechnie générale, Paris, J.-B. Baillière .

48 LES MÉTHODES DE REPRODUCTlOiN.

augmentations journalières de poids vif, qui ont les moindres besoins, qui sont les moins susceptibles d'un grand développement, les moins affinés, les moins aptes à l'engraissement, les moins domestiqués, nous sommes tenté de dire les moins civilisés. C'est un fait d'ordre général que la précocité sexuelle contribue à la diminution de la stature et que, faute d'être contre-balancée par une sélection ayant pour bases le développement du squelette, la faculté d'assimilation, la finesse des produits, elle amène ce que l'on est convenu d'appeler une dégénérescence des races.

Tel est le cas des races dites communes ou plutôt du groupe de races que l'on forme dans l'impossibilité où l'on se trouve de les définir, par opposition à toutes les races sélectionnées. La race commune que beaucoup d'auteurs ont cru devoir signaler dans l'espèce galline n'est autre que l'ensemble des populations des basses-cours où il n'a jamais été réalisé aucune amélioration par sélection.

La sélection artificielle caractérisée par l'intervention de l'homme est la seule qui soit productive d'utilités. On la dit consolatrice lorsque, reconnaissant que les aptitudes ou les qualités d'une race ont été suffisamment développées, on ne pourrait plus augmenter l'une d'elles qu'au détriment d'une autre. Elle ne cherche qu'à conserver des caractères naturels ou acquis et à déjouer l'atavisme.

On dit au contraire que la sélection est progressive quand on vise à amoindrir un défaut, à augmenter une qualité, à améliorer en un mot la race elle-même. Au fur et à mesure que les résultats obtenus s'accumulent, se multiplient, se transmettent de génération en génération, on obtient un groupe d'animaux qu'on distinguera facilement du groupe qui a été la base de sa formation, c'est-à-dire une variété. Si les caractères extérieurs sont assez nombreux et assez importants pour masquer quelque peu l'origine du groupe nouveau, nous ne voyons aucun inconvénient, en raison même de la définition que nous avons donnée de la race, à ce qu'il y ait, dans ce cas, formation d'une race nouvelle. Constatons à ce propos que les aviculteurs sont depuis longtemps de fidèles disciples de l'école évolutionniste.

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COiNSANGUIiNITÉ. 4^

Lorsqu'on pratique la sélection sur un groupe d'oiseaux de basse-cour, il est facile de commencer dès leur plus jeune âge et de continuer jusqu'à un âge assez avancé. On procédera tout d'abord à Télimination de ceux qui ont des défauts ou qui n'ont pas les caractères recherchés, notamment ceux de la race elle-même. Plus tard, ce sera le tour de ceux qu'on reconnaîtra ne pas posséder à un assez haut degré les aptitudes dont on vise l'amélioration. Enfin, si l'on peut faire encore une élimination parmi les sujets appelés à se reproduire en se basant sur les résultats donnés parleur descendance, la sélection sera complète. Les résultats seront obtenus d'autant plus rapidement qu'on aura ainsi formé un groupe plus important de bons raceurs, car il suffira d'augmenter leur rôle de reproducteurs et de les conserver le plus longtemps possible.

C'est un tort de ne faire porter la sélection que sur les mâles. Les femelles sont aussi susceptibles qu'eux d'être sélectionnées au point de vue de l'aptitude à la production de la viande, de la précocité, des caractères de race. Au point de vue de la production des œufs, la sélection doit également porter sur les mâles et sur les femelles et l'on ne devrait consacrer à la reproduction que des mâles issus des femelles les meilleures pondeuses et, comme femelles, que ces dernières.

L'éleveur qui vise une amélioration par la sélection doit toujours se rappeler que la fixité des caractères et des aptitudes est d'autant plus grande qu'ils ont été transmis un plus grand nombre de fois. Il doit en conséquence apporter une grande pei^évérance dans la sélection et la poursuivre toujours dans le même sens.

Coasanguinité.

On entend par consanQuinilé l'état de parenté qui existe dans l'union sexuelle de deux individus.

Pour peu que l'on jette un coup d'œil sur la façon dont se renouvellent les populations de la plupart des poulaillers et pigeonniers, on voit que la reproduction en consanguinité est fort commune. Ainsi, dans l'espèce galline l'union des frères et sœurs (germains) qui constitue Vadelphogainie, ou encore celle de sujets issus d'un même père et de mères différentes

(consanguins), celles du père avec ses filles, des fils avec leur mère, sont fréquentes. Celle de sujets issus d'une même mère et de pères différents (utérins) Test en réalité moins. Tout autre mode de reproduction est plutôt rare.

La consanguinité a fait Tobjet de nombreuses controverses. Pour les uns elle n'a que des effets nuisibles, pour les autres elle ne donne que de bons résultats.

Reconnaissons tout d'abord que l'adelphogamie est la règle chez tous les oiseaux monogames vivant à l'état naturel. Le pigeon ramier, la tourterelle, la perdrix sont des exemples typiques. Il ne semble pas que la consanguinité ait une influence néfaste sur ces espèces. Il paraît en être de même pour le pigeon domestique dont les deux œufs donnent naissance le plus souvent à un mâle et à une femelle qui s'accouplent encore généralement ensemble.

Si l'on prend soin de dégager la question des considérations qui lui sont étrangères et que l'on distingue nettement les effets dus à la consanguinité de ceux qui sont dus à la sélection, on reconnaît qu'il est fâcheux de conclure d'une façon générale et qu'il est absolument nécessaire d'établir des restrictions.

Certes, comme l'a dit Sanson, « la consanguinité élève l'hérédité à sa plus haute puissance, mais elle n'a pas de pouvoir créateur ». Il est nécessaire d'ajouter : tant que ne se fait pas sur la lignée d'animaux qu'on observe aucune sélection naturelle ou aucune sélection progressive, tant que l'on pratique, sciemment ou inconsciemment, une sélection conservatrice. Le maintien du statu quo, la production d'aucun effet bon ou mauvais, ne peut être obtenue qu'à ce prix.

Les lois de l'hérédité veulent cependant qu'il y ait non seulement transmission des caractères, mais des aptitudes et même des tendances. Si l'on prend comme point de départ, pour se rendre compte des effets de la consanguinité, un couple dont les ascendants ont été sélectionnés au point de vue de la production de la viande, c'est-à-dire de leur aptitude à consommer et à assimiler relativement plus que d'autres, on pourra obtenir les mauvais résultats que M. Baron, l'éminent professeur de zootechnie d'Alfort, lui attribue : « Infiniment recommandable au début, dit-il, cette opération ne peut être

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