ÉLEVAGE NATUREL
Bien que Teau soit leur élément favori, et qu'il convienne pour faciliter leur croissance de leur procurer de quoi se baigner et nager, on ne saurait trop proscrire les bassins étroits, où, dans leurs ébats, ils se mouillent réciproquement, comme s'ils eussent reçu la pluie qui leur est si funeste. A cet âge, en effet, les plumes du dos sont encore à l'état de duvet et se laissent pénétrer par l'eau. Nous avons vu maintes fois des petits canards, qui, n'ayant pu trouver un abri lorsque la pluie survenait, furent complètement mouillés, et moururent dans les deux ou trois jours suivants.
Lorsque l'élevage des poussins est confié aux poules, il y a lieu d'empêcher que deux ou trois mères ne se rassemblent avec leurs nichées respectives. Dans ce cas, elles ne tardent pas, en effet, à se battre, à donner quelques coups de bec aux poussins qui ne leur appartiennent pas, et surtout à les bousculer, aies piétiner et même à les écraser. Chose curieuse, il n'arrive jamais que les poussins se trompent de mère, et qu'après avoir été abrites par une ils en suivent une autre. Quand bien même les poules resteraient calmes Tune à côté de l'autre, il n'y en aurait pas moins un assez gros inconvénient pour les poussins : la quantité de larves, d'insectes, de vers, dont ils font ordinairement ample moisson, serait fort réduite pour chacun d'eux.
C'est vers l'âge d'un mois environ que les poussins commencent à ne plus se réfugier, pour passer la nuit, sous les ailes de la poule qui les a jusqu'alors abrités. Pendant quelque temps, ils continuent à se tasser autour d'elle, restent couchés à terre, mais ils ne tardent pas à vouloir se percher sur tous les objets qui sont à leur portée, et se disputent entre eux, pour avoir une place dont le confortable laisse cependant fort à désirer.
Le repos étant une condition indispensable de leur accroissement rapide, il y a lieu de leur éviter ces efforts pour se percher, et de disposer à ce moment des perchoirs à faible hauteur, assez larges et sur un même plan horizontal, suivant les indications que nous donnerons plus loin en parlant de l'aménagement du poulailler.
Les questions relatives à l'alimentation des poussins depuis
leur naissance jusqu'à l'âge de trois mois méritent de former un chapitre spécial qui trouvera sa place après l'étude de l'élevage artificiel.
Élevage artificiel.
Les soins que réclament les poussins à partir du moment où on les sort de la couveuse nécessitent l'emploi de deux sortes d'appareils, les sécheuscs et les éleveuses ou mères artificielles.
La sécheuse est une caisse, ou plutôt une sorte de berceau, dont le fond est constitué par un réservoir d'eau chaude et qui est munie dans sa partie supérieure d'un édredon de dimensions un peu plus grandes que celles de la boîte elle-même. La chaudière est recouverte d'une couche épaisse de sable sur laquelle reposent les poussins. Des bouches servant à l'aération sont disposées sur les côtés, entre la chaudière et l'édredon.
Cet appareil ne sert que pendant la période de vingt-quatre à trente-six heures qui suit la sortie de la couveuse. Le poussin continue à s'y essuyer et, une fois son duvet séché, il paraît avoir augmenté beaucoup de volume. En fait, il n'y augmente pas, car il se vide seulement, ne doit recevoir pendant tout ce temps aucune nourriture, et perd par conséquent de son poids.
La sécheuse est un appareil facile à conduire ; on la chauffe modérément en remplaçant une partie de l'eau de la chaudière par de l'eau bouillante autant que possible deux fois par vingt-quatre heures. Ce renouvellement d'eau est d'autant moins important que le local est moins froid.
En été, il arrive souvent que l'édredon maintient une chaleur suffîsante autour du poussin. L'édredon étantattaché par deux de ses extrémités, on obtient, en le fixant à des points différents, c'est-à-dire en le laissant tomber plus ou moins sur le dos des poussins, le degré de chaleur qui leur convient. 11 est très facile d'apprécier qu'il en est ainsi ; s'ils ont trop chaud, ils s'aplatissent, allongent le cou et paraissent suffoquer; s'ils ont froid, ils font entendre des piaillements aigus, et s'ils se trouvent au contraire à leur aise ce ne sont plus que de petits cris toujours égaux et d'une monotonie caractéristique.
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Dès lors que le chauffage est modéré et que la couche de sable qui recouvre la chaudière est épaisse, ce n'est pas un inconvénient que la chaleur soit donnée par en dessous.
Uéleveuse ou mère artificielle est une boîte chauffée où les poussins peuvent jour et nuit, et à leur gré, trouver la chaleur dont ils ont besoin.
L'éleveuse doit remplir d'autres conditions encore :
1° Le maintien d'une température comprise entre 18*» et 28*» C, quelles que soient les variations qui se produisent dans l'atmosphère, et avec un nombre de poussins qui peut varier ;
2*» Une aération suffisante, mais non violente;
S^ Une grande facilité de nettoyage et de désinfection ;
4° Une construction durable et peu coûteuse, susceptible de résister aux intempéries et d'offrir contre celles-ci un abri absolument sûr aux poussins ;
5° Une réduction aussi grande que possible des frais de chauffage.
Si l'une des trois premières conditions ne se trouve pas remplie, ce n'est plus qu'une boîte d'où les poussins sortent pour attraper une congestion pulmonaire et où ils s'écrasent pour parvenir à se réchauffer mutuellement ; ce n'est plus qu'un appareil où ils meurent, soit asphyxiés rapidement par l'acide carbonique, soit lentement sous les attaques de la vermine.
La construction d'une éleveuse doit être faite suivant les principes de la science, et ne saurait différer dans ses grandes lignes de celle des dortoii^ de nos hospices ou casernes.
Comme pour les couveuses artificielles, le l'enouvellement journalier de Veau chaude, ou le réchauffement de l'eau de la chaudière au moyen d'un thermosiphon, sont les modes de chauffage ordinairement employés.
11 n'existe pas, à notre connaissance, d'éleveuses qui soient chauffées comme nos maisons par un calorifère injectant de l'air chaud, mais il en est qui le sont comme nos appartements au moyen de cheminées ou de poêles, le foyer étant, dans ce cas, une lampe ordinaire à pétrole ou à alcool.
Les éleveuses à renouvellement journalier d'eau chaude (fîg. 44) consistent en une chaudière maintenue dans une
caisse en bois où elle est entourée sur trois de ses côtés d'un matelas de sciure de bois, mauvaise conductrice de la chaleur, et sur le quatrième d'un feulre ou d'un velours. Cette caisse repose sur un cadre où les poussins se trouvent parqués,
et de telle façon que leur té te soit en contact avec le velours ou le feutre. On peut la remonter au fur et à mesure qu'ils grandissent.
Les éleveusesde cette catégorie sont d'autant meilleures d'une façon absolue que la chaudière est plus grande, qu'elles subissent ainsi moins l'influence des variations de l'atmosphère, et qu'elles permettent, en conséquence, un renouvellement d'eau moins grand pour un même laps de temps. On obtient toujours d'excellents résultats avec des éleveuses à chaudière de grande capacité et à enveloppes isolantes très épaisses, toutes les fois qu'on y met relativement peu de poussins. Les échecs seront au contraire toujours à craindre avec des éleveuses de petites dimensions contenant beaucoup de poulets.
Le chaufTage des éleveuses au moyen du thermosiphon ne peut être qu'intermittent; il ne peut être effectué qu'une fois toutes les vingt-quatre heures, deux fois au plus lorsqu'il fait très froid au dehors.
Le chauffage d'une façon constante obligerait en effet à munir les éleveuses de régulateurs, car la nuit, en raison de la présence des poussins, la température ne ferait qu'aug-
(1) Les couveuses et éleveuses de tous les modèles représentés figurés ici sont en fonctionnement constant aux établissements de MM. Thomas et Normand à Mantes.
Fig. 44. — Éleveusj à renouvellement journalier d'eau chaude. [Système Voitellier, Thomas et Normand, successeurs (1).]
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menter; le régulateur fonctionnerait pendant une grande partie du temps dans le même sens, c'est-à-dire qu'il aurait pour effet d'ouvrir l'éleveuse et d'y amener Tair du dehors. Ce serait donc un chauffage fort coûteux; il serait en tout cas préférable que le régulateur agisse sur la source de chaleur. Nous avons vu, à propos des couveuses artificielles, qu'il était possible d'obtenir d'excellents régulateurs de cette catégorie avec le chauffage au gaz, mais qu'il était difficile d'arriver au même résultat avec le chauffage au pétrole ou à l'alcool.
On a construit aussi des éleveuses dites à briquette.'^, en raison de leur mode de chauffage, qui consiste dans l'emploi d'une briquette de charbon aggloméré. Elles présentent beaucoup d'analogie avec les chaufferettes dont se servent les cochers et qui ont causé tant d'accidents dans les voitures fermées; elles sont disposées de telle façon que les poussins ne respirent aucun gaz délétère et puissent se réchauffer dessous sans se brûler.
Leur emploi est assurément économique et très recommandable lorsqu'elles doivent être placées ailleurs que dans des appartements clos. Elles comportent, à vrai dire, un inconvénient qui limite leur adoption aux seuls élevages où une grande surveillance est possible. La fabrication des briquettes laisse, en effet, toujours à désirer, et la meilleure marque ne fournirait-elle qu'un pour cent ne se consumant pas entièrement, ce qui est extrêmement rare, on consent difficilement à courir cette mauvaise chance de perdre un grand nombre de poussins au cours d'une nuit froide.
11 est nécessaire de s'assurer, toutes les quatre heures environ, que la briquette est toujours en ignition . Son renouvellement se fait toutes les douze heures, et nécessite d'autre part un feu bien allumé, pour que, transportée dans l'éleveuse, elle soit encore rouge dans toutes ses parties.
Les éleveuses à lampe^ dont nous avons dit plus haut qu'elles ressemblaient à un appartement chauffé par un poêle, sont économiques et confortables tout à la fois. Elles peuvent être exposées sans inconvénient à toutes les intempéries, en raison de leur construction entièrement métallique à l'extérieur ; on ne peut leur reprocher que d'être d'un établissement assez coûteux.
L'appareil représenté figure 45 se compose d'une caisse
en zinc dont la paroi supérieure forme couvercle et une des parois latérales, simplement grillagée, fait office de porte. Aux trois quarts de la longueur à partir de ce panneau grillagé se
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trouve une lampe à pétrole ou à alcool, très plate, mais très ongue, de façon à avoir une capacité suffisante. Au-dessus du verre de la lampe (fig. 46), le couvercle est traversé par un petit tuyau de cheminée ; ce verre est lui-même entouré d'un
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