ÉLEVAGE DES DINDONNEAUX
trop souvent d'une température trop élevée dans des herbes humides où on le conduit au glanage ; il n'est pas rare enfin de le voir manquer de nourriture. A de rares exceptions près, rélevage des dindonneaux laisse beaucoup plus à désirer que celui des poulets, des oies et des canards.
S'il peut être pratiqué partout où se fait celui du poulet, il n'est, à vrai dire, rémunérateur que faisant l'objet d'une spécialité et dans des domaines dont les terres sont relativements pauvres et possèdent des landes, des bois et des pacages lui permettant, en toutes saisons, de jouir d'un grand parcours et d'y trouver une nourriture abondante qui ne coûte rien.
Les dindonneaux souffrent encore davantage que les poulets de l'humidité du sol.
Pendant les trois ou quatre semaines qui suivent leur naissance, les dindonneaux peuvent être nourris et soignés de la même façon que les poussins. Il faut leur donner, dès le début, trois à quatre fois plus d'espace qu'à ceux-ci, et l'augmenter progressivement à mesure qu'ils grandissent. Les éleveuses artificielles doivent être proportionnées à leur taille. S'ils sont trop nombreux pour être abrités par leur mère ou l'éleveuse, ils recherchent les rayons du soleil pour dormir et meurent souvent d'insolation.
Jusqu'à l'âge d'un mois, les dindonneaux doivent pouvoir se réchauffer quand il leur plaît. Comme ils naissent généralement, sous notre climat, en avril, il est nécessaire qu'à partir de cet âge un local assez vaste, autre que le poulailler où ils rentrent la nuit, un hangar par exemple, puisse les abriter, pendant les journées pluvieuses de mai et de juin, sans qu'ils soient constamment serrés les uns contre les autres. Ce hangar doit être relativement grand, car le profit dans rélevage des dindonneaux est d'autant meilleur que les bandes du même âge sont plus fortes en nombre. Comme il fait souvent défaut dans les fermes où on élève les dindonneaux, c'est une cause fréquente d'insuccès, les étables ou les écuries étant trop chaudes ou trop obscures.
Dans les élevages bien compris, les bandes de dindonneaux parcourent les champs comme des troupeaux démontons, à la recherche de leur nourriture et sous la conduite d'une femme
ou d'un enfant. U n'est guère avantageux de hâter ce moment ; il vaut mieux attendre que les jeunes dindons soient âgés de deux mois et les nourrir jusqu'alors abondamment. C'est le meilleur moyen de leur donner la force de supporter de longues marches, et de traverser la période critique de leur croissance, qu'on appelle le rouge ou la prise du rouge.
C'est en effet vers l'âge de six semaines que commencent à apparaître les caroncules sur la face, en dessous et au-dessus du bec. La sortie dans les champs ne doit être alors considérée que comme un moyen d'augmenter l'appétit, et ne doit pas avoir pour but de nourrir économiquement les dindonneaux.
Jusqu'à cet âge leur nourriture est sensiblement la même que celle des poussins. On fait grand cas des feuilles de l'ortie blanche trempées dans l'eau bouillante, hachées menu et introduites dans les pâtées. Tous les auteurs répètent volontiers qu'on ne saurait élever de dindonneaux sans orties. Certes, c'est un aliment excellent, mais il y a beaucoup de préjugé sur son efficacité dans la crise du rouge. Il ne nous semble pas douteux que, recommandée couramment parles matrones de campagne pour les indispositions mensuelles de leurs clientes, elles aient cru devoir lui attribuer un effet magique dans la crise du rouge. Nous ne lui reconnaissons qu'une valeur égale à celle des autres plantes vertes dont nous avons déjà parlé : chou, laitue, chicorée, oseille.
L'apparition des caroncules correspond à un moment où la croissance est très grande ; elle est assurément l'origine do malaises analogues à ceux que ressentent les enfants pour l'évolution de leurs dents. L'organisme se montre d'autant plus résistant que l'alimentation a été précédemment bien comprise, était saine et substantielle.
Ce terme de nourriture substantielle évoque souvent celui de nowriture fortifiante. Tandis que les uns s'ingénient à trouver un aliment excitant et recommandent successivement le persil, l'oignon, les feuilles d'absinthe, l'anis, le vin rouge, d'autres les recherchent en pharmacie et indiquent le quinquina, le gingembre, la cannelle, la gentiane, etc.
Nous éviterons soigneusement de répéter les traitements dont l'efficacité toujours souveraine réside dans l'emploi de