ÉLEVAGE DES PERDREAUX ET DES FAISANDEAUX
façon que le petit trou soit au niveau du dessous du tas. Aussitôt, toutes les fourmis, croyant trouver un endroit caché où leurs larves seront à l'abri, s'empressent d'y transporter tous les œufs les uns après les autres. Le lendemain, en levant le couvercle de la boîte, on la trouve remplie d œufs, sans un brin de bois ni une miette de terre, et sans fourmis, sauf quelques-unes occupées momentanément au transport. Aussitôt la boîte remise en place, le travail recommence avec la même activité. Si le réservoir est de grande dimension, on peut y mettre à la fois trois ou quatre boîtes. Toutes seront également garnies. »
Pendant les huit premiers jours, il est préférable de donner l'œuf de fourmi seul, sans fourmis vivantes.
A partir de la quatrième semaine, il y a lieu, autant que possible, de transporter les boîtes à élevage en plaine pour les perdreaux, ou dans les bois pour les faisandeaux. On évite ainsi de grandes pertes, car, lâchés plus âgés, ils s'égarent souvent dans les chasses voisines.
Si l'élevage doit être continué ailleurs que sur le terrain de chasse, les perdreaux et faisandeaux doivent être installés dans des parquets ou volières construits avec du grillage à simple lorsion sur lequel ils ne peuvent se blesser lorsqu'ils sont effarouchés et s'envolent brusquement. Ils s'y contentent de la nourriture habituelle des oiseaux de basse-cour, mais pour qu'une fois lâchés ils soient vigoureux et volent facilement, ils doivent recevoir une notable quantité d'aliments d'origine animale, fortement azotés.
Les œufs de fourmis ne sont plus alors indispensables ; il serait d'ailleurs difficile et coûteux d'en donner les quantités susceptibles de satisfaire leur appétit; le sang de bœuf cuit, la viande cuite ou même la viande crue, hachés menu, les remplacent parfaitement.
Dans la plupart des grandes chasses, les faisandeaux ont à supporter les attaques des vers rouges [Syngamus trachealis) fort répandus aujourd'hui partout où il y a des faisans et qui, par les pelotons inextricables qu'ils forment dans la trachée, provoquent rapidementl'étouffement. On verra au chapitre des Maladies comment il convient de traiter les oiseaux atteints.
Exception faite pour cette affection spéciale, les faisandeaux ainsi que les perdreaux ne réclament pas d'autres soins particuliers.
. L'engraissement des volailles, bien que connu depuis la plus haute antiquité, n'est pas pratiqué aussi couramment qu'il devrait l'être. Plus des trois quarts des volailles jeunes ou vieilles sont tuées à l'état maigre ! Certes, il n'est pas désirable, pas plus que pour les animaux approvisionnant la boucherie, que tous les sujets livrés à la consommation soient engraissés. 11 est cependant à espérer qu'au fur et à mesure que l'exploitation de la basse-course perfectionnera, Tengraissement deviendra une pratique de plus en plus courante, comme l'est devenu celui des bovins et des ovins, par suite du développement de la culture intensive. •
Toutes les considérations économiques sur lesquelles les zootechniciens s'appuient pour recommander l'engraissement des animaux de boucherie sont en effet applicables aux oiseaux de basse-cour. L'augmentation de poids qui résulte de l'engraissement n'accroît pas seulement la valeur de l'animal d'une quantité strictement proportionnelle, mais elle contribue encore à donner à chaque kilogramme ou fraction de kilogramme antérieur une valeur supérieure.
L'engraissement comporte des degrés : on distingue généralement le demi-gras^ le gi'as et le fin gras, Suivant la race, le volume et la qualité de la chair, l'éleveur peut avoir intérêt à l'arrêter soit à l'état demi-gras, soit à l'état gras.
On peut mettre à l'engraissement les animaux de tout âge ; le meilleur moment est cependant celui où ils peuvent absorber la plus grande quantité de substances nutritives et en assimiler la proportion la plus grande. Nous avons vu précédemment qu'il en était généralement ainsi, non au moment où on peut distinguer les sexes, mais peu avant les premières manifestations sexuelles. Il ne faut cependant pas les attendre; il faut les diagnostiquer à certains signes, comme le développement rapide de la crête et des barbillons, à leur coloration
ENGRiUSSEMENT. 15i
vive, aux modificalions dans le chant et les cris, au brillant du plumage, etc. On donne aux poulets engraissés dans ces conditions le nom de poulets vierges. Bien qu'il n'y ait pas de terme usuel pour désigner un état analogue des canetons, des oisons et des dindonneaux, les mêmes règles leur sont applicables.
Suivant la saison et Falimentation, l'âge le plus favorable à l'engraissement peut varier pour une même race de six semaines environ. Pour le rendre le plus économique possible, il importe surtout de ne prendre que des oiseaux en bon état de chair, ayant toujours reçu une nourriture abondante, ayant l'estomac et les intestins bien développés, préparés, en un mot, à leur rôle de transformateurs.
Les poulets maigres, mal nourris, ou ceux même qui, étant en bon état de chair, sont habitués à vagabonder pour trouver leur nourriture, supportent difficilement la claustration pendant les premiers jours, et n'ont pas un aussi grand appétit. A ce point de vue, toutes les races ne sont pas également aptes à l'engraissement.
Si l'on n'attend pas suffisamment ce moment, non seulement les volailles n'ont pas acquis un aussi grand poids et un aussi grand volume, mais, étant encore en pleine croissance, elles n'ont pas une vigueur suffisante pour supporter un engraissement de longue durée, et on doit arrêter celui-ci prématurément.
Par contre, le poulet adulte assimile encore assez bien, moins toutefois que le poulet vierge. Plus il est âgé, et plus la durée de l'engraissement est longue. Pour habituer l'estomac à recevoir une plus forte ration qu'à l'ordinaire, il faut procéder graduellement, de telle façon que la vigueur et les facultés génésiques s'amoindrissent insensiblement.
Le chaponnage ou castration des poulets, qui, comme nous le verrons ailleurs, a, pour des causes diverses, été pratiqué davantage qu'il ne l'est aujourd'hui, amène une modification profonde de l'organisme. Le corps prend une ampleur qu'il n'aurait jamais atteinte, non parce que la croissance est plus rapide, mais parce qu'elle est prolongée. Le moment à partir duquel les substances nutritives commencent à être moins
bien utilisées est retardé. Le chapon trop jeune, n'ayant pas pris tout son développement, et non engraissé, ne donne qu'une chair relativement fade. Il n'acquiert toute sa valeur qu'autant qu'il a pris toute son ampleur, et que sa chair se trouve infiltrée de graisse, sans avoir subi cependant un commencement de ce qu'on appelle la dégénérescence graisseuse qui est le contraire de l'engraissement proprement dit, puisque c'est la transformation du tissu musculaire en graisse, et non son infiltration.
L'âge exact auquel le chapon d'une race quelconque doit être engraissé ne peut pas être fixé davantage que pour les autres volailles. L'alimentation dans le premier âge et la saison le font énormément varier. Pour faire saisir la différence qui existe entre le poulet vierge et le chapon au point de vue de l'engraissement, nous dirons cependant que, d'une façon générale, le poulet bon à engraisser à trois mois ne le serait comme chapon qu'à six ou sept mois.
L'engraissement des volailles peut être pratiqué toute l'année ; le profit qu'on en retire est cependant très variable suivant la saison, comme on le verra en étudiant la question des débouchés. Nous ferons remarquer seulement maintenant qu'au seul point de vue de la conduite de l'engraissement les fortes chaleurs et les grands froids sont défavorables. Aussi, les locaux où l'on engraisse constamment doivent-ils être peu influencés par les variations de la température extérieure. Plus on se rapproche de 17°C. et meilleurs sont les résultats obtenus.
Engraissement naturel.
On désigne ainsi l'engraissement qui se fait en toute liberté ainsi que celui qui se fait en réclusion plus ou moins étroite, mais sans inti^omission forcée d'aliments. On ne saurait mieux en comparer les différents modes qu'à ceux de l'engraissement des grands animaux domestiques. L'engraissement des dindons et des oies au pacage offre en effet beaucoup d'analogie avec celui des moutons dans les pays de culture extensive ; celui des poulets et des canards dans les cours de ferme avec celui
EiNGRAISSEMENT NATUREL.
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des bovidés dans les pâturages; enfin, celui de toutes les volailles en épineltes (fig. 53), sortes de cages où elles sont immobiles et privées de lumière, avec celui des bœufs à rétable.
L'engraissement en liberté ne résulte que de l'abondance
Fig. 53. — Épinette pour l'engraissement naturel.
de la nourriture; il ne permet d'atteindre tout au plus que l'état demi-gras, parce que les dépenses de forces que nécessite la marche augmentent au fur et à mesure que l'animal prend de l'embonpoint. 11 est rare que les conditions qui créent l'abondance de l'alimentation ne se modifient pas rapidement, et que, si le nombre des animaux reste le même, il n'y ait, tout d'un coup, insuffisance de nourriture. Sans ration supplémentaire donnée au retour des champs, il n'y a pas, le plus souvent, d'engraissement possible.
La réclusion permet Une iïieilleui*e utilisation des aliments et assure une accumulation plus rapide de la graisse. On se contente quelquefois de metti^e dix^ vingt ou trente volailles dans un local étroit, de telle façon qu'elles soient serrées les unes contre les autres, mais on préfère généralement avoir recours aux épinettes.
Les épinettes, qu'on appelle encore des séminaires, sont des boîtes divisées en un nombre variable de cases dont la dimension est exactement celle des animaux. Leur façade est à clairevoie, et avec interstices suffisamment grands pour que les oiseaux passent Ja tête et prennent leur nourriture ainsi que leur boisson dans les augeltes fixées à proximité. Leur plancher est également à claire -voie dans sa moitié postérieure afin de donner passage à la fiente ; enfin le plafond forme couvercle soit au moyen de charnières, soit au moyen de coulisseaux pourpermetti^e l'introduction des volailles à engraisser. J^es épinettes doivent être placées dans un local faiblement éclairé, pour que les animaux ne soient pas troublés dans leur quiétude, mais suffisamment cependant pour qu'ils voient et prennent leur nourriture.
11 paraît qu'autrefois on leur crevait les yeux, et qu'on leur clouait les pattes sur le plancher pour obtenir une plus grande immobilité. Nous n avons jamais vu pratiquer semblables tortures, et il est probable qu'elles sont tout au moins tombées en désuétude, en raison des mauvais résultats qu'elles procuraient.
L'engraissement naturel en épinettes comporte la distribulion d'une nourriture substantielle et variée, deux ou trois fois par vingt-quatre heures. Ces trois repas doivent être le mieux répartis possible, et, quelles que soient les circonstances, môme en hiver, lorsque la durée du jour ne dépasse pas dix heui^es, deux repas successifs ne doivent jamais être éloignés de plus de douze heures. Pour que les volailles aient toujours de l'appétit, il est bon de leur retirer les mangeoires une demi-heure après les leur avoir remplies, la ration entière ne fût-elle pas prise. La régularité dans les heures de distribution des repas est aussi très importante.
On peut avoir recours pour l'alimentation aux grains et aux
ENGRAISSEMENT NATUREL. lâS
farines ; un repas de grain pour deux dé pâtée est ce qui convient le mieux pour un bon fonctionnement de l'appareil digestif. Le petit blé, l'avoine, le sarrasin sont leâ aliments de prédilection, surtout s'ils sont donnés alternativement. La farine d'orge et la farine de maïs mises en pâtées avec du petit-lait peuvent être données en mélange par parties égales, pendant la plus grande partie de l'engraissement.
Comme, par l'engraissement naturel, on n'obtient le plus souvent que des poulets demi-gras, la farine de maïs peut servir dès le début. Il suffit d'employer la farine d'orge pendant les six derniers jours pour donner plus de blancheur à lapeao et à la graisse.
Le riZj cuit à l'eau, peut être donné de temps à autre. Les pommes de terre cuites ne conviennent guère, en raison de leur trop grande proportion d'eau.
Les tourteaux, principalement ceux de lin et de graines de coton décortiquées, réduits en farine, sont particulièrement recommandés depuis quelques années ; leur richesse en matières nutritives oblige, comme dans Tengraissement des bœufs et des moutons, à assigner à leur emploi une limite au-dessus de laquelle les indigestions sont trop à craindre. Bien que des expériences très précises sur cette question fassent complètement défaut, on agira prudemment en n'incorporant les tourteaux aux farines d'orge ou de maïs qu'à raison de 10 p. 100 au plus.
De l'eau fraîche doit toujours être laissée après chaque repas à la disposition des volailles en épinettes.
On a rhabitude de ne faire durer l'engraissement ainsi pratiqué que trois semaines environ, aussi bien pour les poulets que pour les canards, les oies et les dindons. S'il était bien compris, il y aurait certainement avantage à le prolonger: c'est le plus souvent parce que le résultat paraît médiocre qu'on met iin à l'opération.
L'épinette est, il faut le reconnaître, entre les mains de beaucoup de ménagères, un appareil où les oiseaux maigrissent plutôt qu'ils n'engraissent. Les principales causes de ce mauvais résultat sont l'envahissement des oiseaux par la vermine : poux et acariens de toutes sortes; un défaut de
variété dans la nourriture, un manque général de propreté. On doit considérer comme un principe, que dans toute opération 'd'engraissement, quelque soit le procédé suivi, les oiseaux et les locaux qui les contiennent doivent être préalablement débarrassés de toute vermine (Voy. Désinfections),
Engraissement artificiel.
Sous cette dénomination, on désigne les procédés de gavage forcé, à la main ou par entonnage, et les procédés mécaniques.
Le gavage forcé est connu et pratiqué depuis la plus haute antiquité. M. La Perre de Roo, dans une élude présentée à la Société d'acclimatation en 1877, rapporte la description qu'en donnaient Caton, 234 ans avant J.-C., Pline, Varron et Columelle. Comme il le fait remarquer, les engraisseurs renommés de nos jours n'ont guère innové ; et leur système comporte, au contraire, bien souvent, l'infection des lieux où ils enferment leurs victimes.
Caton écrivait en effet : « On enferme les jeunes poules qui commencent à pondre et on leur prépare une pâtée de folle farine ou de farine d'orge. On en fera des pâtons qu'on trempera dans l'eau avant de les leur glisser dans le gosier. Tous les jours on en augmentera la dose et leur ration n'aura d'autre limite que leur appétit. On les nourrira deux fois par jour, et, à midi, on leur donnera à boire en ne laissant l'eau à leur disposition que pendant une heure. On engraissera les oies de la inéme façon, si ce n'est qu'avant tout on les fera boire, et que, tous les jours, on leur servira deux fois de là boisson et de la nourriture. »
Varron, mort 26 ans avant J.-C. , disait : « Pour engraisser les volailles, on leur arrache les plumes des ailes et de la queue, et on leur donne en abondance des pâtons faits avec de la farine, à laquelle on peut ajouter aussi de la farine d'ivraie, ou de la graine de lin pétrie dans de l'eau tiède. On leur donne à manger deux fois par jour, mais il faut s'assurer, avant le second repas, si le premier est digéré. Quand elles ont mangé, on leur purge la tête de vermine et on les ren-
ENGRAISSEMENT ARTIFICIEL
ferme de nouveau ; ce régime se continue durant vingt-cinq jours, et, au bout de ce temps, les poules sont engraissées.
Fig. 54. — Gavage à la main (méthode de Strasbourg).
Quelques-uns, dans le même but, leur donnent du pain de froment émietté dans de l'eau, et y mêlent du vin généreux
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qui a du bouquet. On prétend, par ce moyen, rendre les poules grasses et tendres en vingt jours. »
De nos jours, le gavage forcé est pratiqué d'une façon analogue, et ne présente que quelques variantes suivant les pays.
A Strasbourg (fig. 54) et à Toulouse, où on s'occupe surtout de Tengraissement des oies et des canards, l'intromission forcée du maïs se fait au moyen d'un entonnoir en fer-blanc et d'un petit bâton. L'entonnoir, étant introduit par le bec jusque dans l'œsophage, est rempli de grains de maïs qu'on chasse par petites quantités à la fois avec le bâton.
Dans la Sarlhe {Vig. 55) et dans la Bresse, où on engraisse surtout des poulets, le gavage est pratiqué simultanément sur trois bêtes. Liées ensemble par les pattes au moyen d'une grosse ficelle ou d'un cordon, elles sont placées sur les genoux de l'opérateur qui leur introduit dans le bec, et à tour de rôle, un pâton long de 3 à 4 centimètres et épais de 1 centimètre.
Ces pâtons, préparés à l'avance, sont obtenus avec de la farine d'orge, de maïs ou de sarrasin, malaxée avec du lait ou du petit-lait. Avant l'introduction dans le bec, ils sont encore trempés dans du lait pour faciliter la déglutition. Si celle-ci ne se fait pas naturellement, l'opérateur presse doucement, et de haut en bas, la partie antérieure du cou.
Au fur et à mesure que l'engraissement s'avance, on augmente la quantité de pàtons donnée à chaque repas, si toutefois on constate que le jabot ne contient plus rien de la ration précédente.
En Normandie, en Beauce, et notamment sur les confins des départements de Seine-et-Oise, de l'Eure-et-Loir et de l'Eure, aux environs de Houdan, le gavage à la main (fig. 54) est pratiqué assez couramment.
Chaque poulet reçoit tout son repas d'un seul coup, et la pâtée, au lieu d'être mise en pâton, est rendue fluide avec une proportion plus grande de lait ou de petit-lait.
Celui qui est chargé de l'engraissement ayant pris la volaille avec sa main gauche, par le cou, et la maintenant, pour l'empêcher de se débattre, soit entre ses jambes, soit en lui
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appuyant sur les deux ailes repliées ou sur les pattes avec le pied gauche mis à nu (fig. 56), lui introduit un entonnoir
Fig. 55. —Gavage à la main (méthode de La Flèche).
en fer-blanc dans le bec. La partie de cet entonnoir qui forme tube a 10 centimètres environ de longueur, et le calibre en est sensiblement le même d'un bout à l'autre, pour
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permetlre de l'engager jusque dans l'œsophage. La ration y est versée en trois ou quatre fois.
Fig. 5G. — Gavage à la main (méthode de Houdan).
Enfin, le procédé de gavage employé à Paris pour les pigeons consiste à prendre du grain dans la bouche (fig. 57) et à le faire passer doucement avec les lèvres dans le bec de l'oiseau. Ce sont généralement des graines de vesces qu'on a
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laissées se gonfler dans Teau pendant plusieurs heures. Quelle que soit la façon d'exécuter le gavage, les volailles
Fig. 57. -— Gavage à la bouche.
sont placées dans un local obscur, sans perchoirs ni mangeoires, sur une litière de paille et serrées le plus possible les unes contre les autres au moyen de claies rétrécissant la
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surface de là pièce. On les place aussi parfois dans des cageots plats en bois et en osier, où ils ne peuvent se tenir debout sur leurs pattes, dans le but de les réduire à une immobilité encore plus complète.
Un préjugé absurde veut que la litière soit peu renouvelée et que Tair reste confiné. Certes, les volailles s'anémient ainsi facilement, se tourmentent peu et paraissent bientôt arriver au terme final de leur engraissement ! Elles ont en réalité augmenté fort peu. De ce que les rolailles commencent à haleter, et que Ton sait que l'embonpoint provoque toujours une gène de la respiration, on ne peut dire logiquement que, mises dans des conditions plus hygiéniques, elles n'eussent pas acquis un poids supérieur, dû à une meilleure assimilalion de la ration journafière, à un plus grand appétit ou enfin à une prolongation de la période d'engraissement.
L'anémie n'est pas nécessaire, ni même utile à l'engraissement; elle ne permet pas d'obtenir une grande qualité de la chair. L'envahissement par la vermine est d'ailleurs généralement la conséquence de l'état de malpropreté.
On a prétendu, pour justifier cette coutume, qu'il n'y avait là qu'une analogie avec l'engraissement des veaux blancs, 11 y en a certainement beaucoup, parmi ceux-ci, qui sont obtenus dans des conditions hygiéniques aussi défectueuses et qui sont anémiés dès le début de leur engraissement ; mais ils n'atteignent qu'un poids peu élevé et ne fournissent qu'une chair fade. Ceux qui atteignent les poids les plus élevés et ne manquent pas de vigueur à la fin de leur engraissement ne sont arrivés à ce point que parce qu'ils ont absorbé d'abondantes quantités de lait, tout en étant placés dans des conditions parfaites de bien-être. La blancheur de la chair n'est pas le corollaire forcé d'un état anémique, c'est-à-dire d'un appauvrissement du sang en globules rouges. La pâleur des vaisseaux sanguins de l'œil, que l'on ne manque pas d'examiner chez les veaux pour voir, dit-on, s'ils n'ont plus que peu de sang, ne doit eti'e que relative.
Pour obvier aux inconvénients résultant de la malpropreté, quelques engraisseurs ont tout d'abord séquestré leurs volailles dans des épinettes où chacune d'elles avait sa place.
ENGRAISSEMENT ARTIFICIEL. 165
Le gavage n'en était pas moins long et difficile, les bêtes de-
te
vant être sorties de leur demeure et opposant toujours de la résistance pour se laisser prendre et gaver. Vers 1870, Odile Martin réalisa d'une façon très heureuse
le gavage mécanique des volailles, en même temps qu'il obtenait leur isolement et leur immobilité. Une concession de terrain au Jardin d'Acclimatation de Paris lui fut accordée pour l'application de son nouveau procédé, et pendant dix ans le public put voir fonctionner des appareils au moyen desquels il engraissait constamment 1200 volailles, soit 300 environ par semaine (fig. 58).
L'établissement comprenait six groupes d'épinettes disposées sur cinq étages et pouvant tourner à la façon d'un manège de chevaux de bois. Sur un arbre vertical faisant office de pivot, étaient encastrés, en cinq points différents, les bras supportant les cases de chaque étage. Chacun de ceux-ci renfermait 42 cases réunies trois par trois pour former un polygone à 14 côtés. Un appareil à cinq étages pouvait donc contenir 210 poulets ou canards. Quelques établissements montés avec des appareils de ce genre existent encore. On y procède au gavage de la façon suivante :
L'ouvrier, se plaçant dans l'ascenseur à contrepoids et crémaillère dont chaque appareil est muni, se présente successivement par une simple traction à chaque étage. Lorsqu'il y est parvenu, il fait tourner le manège devant lui avec la main et saisit les volailles à leur passage. Comme chacune a les pattes attachées aux deux côtés de sa case, au moyen de petites entraves en cuir, la main gauche lui suffit. 11 prend la tête de l'oiseau en arrière et par en dessus, entre l'index et le troisième doigt de la main ; il peut alors, avec le pouce de cette même main, ouvrir le bec et le maintenir ouvert. Avec la droite, il tient une sorte de lance à robinet, coudée presque à angle droit, dont l'extrémité libre est en tous points analogue à celle de l'entonnoir employé par les engraisseurs de Houdan et dont l'autre bout est en communication avec le réservoir à pâtée par un tube de caoutchouc. 11 lui suffit alors, après avoir introduit complètement l'extrémité de la lance dans le bec de la volaille, d'appuyer sur le robinet pour que la ration passe d'elle-même.
Le réservoir à pâtée renferme en effet un piston qui a pour office de forcer la pâtée à sortir avec une vitesse modérée par le tube de caoutchouc et la lance. Ce piston est mis en mou-
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vement au moyen d'un poids que l'on remonte de temps à autre, et qui l'oblige à descendre; dans sa chute, il fait mouvoir une aiguille placée sur un cadran marqué de telle façon qu'elle indique exactement en centilitres la ration donnée.
Depuis que ces appareils ont été présentés au public, on a construit différents autres systèmes de gaveuses mécaniques et d'épinettes spéciales. Les excellents résultats qu'on obtenait de ceux-là n'ont pas été surpassés ; on a obtenu surtout une réduction importante des frais d'installation. Il importe, en effet, que les gaveuses mécaniques soient d un fonclionne-
Fig. 59. — Gaveuse avec opinettes pour douze volailles (1).
ment simple, peu encombrantes, et que leur prix ne grève pas trop les opérations d'engraissement. On a renoncé généralement à la disposition des épinettes sur plus de deux étages (fig. 59), comme trop coûteuse. On a eu aussi pour objectif de
(1) Les appareils Odile Martin sont construits par les Établissements Voitellier à Mantes (Thomas et Normand, successeurs).
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laisser les volailles sans entraves, tout en leur imposant cependant rimmobilité. Enfin, pour éviter Tenvahissement parla vermine et faciliter les désinfections, on a rendu mobiles les «loisons et planchers.
Les perfectionnements apportés aux pompes envoyant la ration dans le bec des volailles n'ont pas toujours été aussi heureux. Il est nécessaire, en effet, que la compression ne soit
pas violente au point de pouvoir anrener des déchirures de l'œsophage. Il faut aussi qu'on puisse limiter la ration qu'on s'était proposé de donner, après avoir examiné l'état général de l'animal, et en particulier celui de son jabot.
Un des meilleurs dispositifs est celui où la ration est donnée par pression de la main, et où le remplissage de la pompe se fait par simple gravitation. Le réservoir à pâtée repose, au moyen de galets, sur un rail au-dessus des épinettes ; la pompe, de dimensions très réduites, est soutenue par une chaîne à la hauteur voulue, et fait corps avec la lance ; elle est reliée au réservoir par un tube de caoutchouc (fîg. 60).
La pompe fonctionne à la façon d'un soufflet, et s'emplit de pâtée au moment où^elle n'en envoie plus dans le bec de l'animal. Au moyen d'un écrou, on peut restreindre la course du piston, et diminuer, en conséquence, le volume de la ration.
Dans le gavage forcé, il ne faut employer que des aliments parfaitement digestibles et assimilables, ne communiquant ni
Fig. 60. — Pompe de gaveuse avec seau à pâtée (système Voitellier).
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goût ni couleur à la chair. La farine d'orge forme, avec le petit-lait, la meilleure pâtée; on donne à celle-ci la consistance de la pâte à beignets. Les tourteaux de lin et de coton, ainsi que la farine de maïs, peuvent être aussi employés toutes les fois que l'on ne vise pas à obtenir des pièces de tout premier choix ; en tout cas, les tourteaux ne doivent pas entrer dans le mélange à raison de plus de 10 p. 100.
Par Tentonnement et par le gavage mécanique, avec les pâtées fluides, en un mot, il n'est pas utile de donner à boire aux poulets et aux dindonneaux. Par contre, il est nécessaire pour Tes canards et les oies de leur laisser, pendant une demi* heure après chaque repas, une auget te remplie d'eau. Si on a leur laissait d'une façon permanente, il y aurait à craindre que, barbotant constamment, ils ne prissent plus autant de repos.
La ration journalière doit augmenter du début à la fin de l'engraissement. Les indigestions sont davantage à craindre pendant les premiers jours ; il est prudent de ne jamais commencer le gavage sans s'être assuré que le jabot ne contenait plus rien.
Lorsqu'on engraisse un grand nombre de volailles à la fois, on les groupe par lots de même grosseur, afin de leur donner une ration proportionnelle à leur poids et à leur état d'engraissement. Deux repas par vingt-quatre heures peuvent suffire ; trois sont préférables.
Par le gavage, la ration journalière qui aurait été prise, soit en liberté, soit au cours de l'engraissement naturel en épinettes, est augmentée en moyenne d'un tiers. Ainsi, un poulet prenant de lui-même 80 grammes de matière sèche (grains ou farine) peut parvenir progressivement à absorber, au bout de vingt jours, 160 grammes environ. Les différences individuelles sont, à ce point de vue, très grandes.
Si la progression est bien observée dès le début, et si les digestions sont toujours terminées d'un repas à l'autre, la durée de l'engraissement peut être réduite à trois semaines. L'animal le supporterait encore longtemps, mais les augmentations de poids qui se produisent dans la suite exigent une quantité relativement plus grande d'aliments : l'engraisse-
ment devient plus coûteux. Il est au contraire indiqué de le poursuivre une quatrième semaine, si les animaux souffrent un peu, au début, du changement de régime, s'ils ont à supporter une indigestion, ou de très fortes chaleurs.
La race, l'âge, le sexe, la saison, la température sont des facteurs importants dans les opérations d'engraissement. A l'âge que nous avons vu précédemment être le plus propice, nous avons constaté souvent, au bout de vingt et un jours, des augmentations de 60 p. 400 du poids initial ; dans les plus mauvaises conditions, des augmentations atteignant encore 30 p. 100.
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