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CAUSES DE LA MULTIPLICITÉ DES RACES

Les oiseaux de basse-cour au xx« siècle.

Causes de la multiplicité des races,

La facilité avec laquelle on transporte les œufs et les volailles a été, de tout temps, une des principales causes du défaut d'homogénéité dans la population des basses-cours. Nous venons de voir qu'avant même l'ère chrétienne on y trouvait des types très différents vivant en commun. Actuellement, contrairement à ce que l'on peut observer pour les animaux des espèces bovine et ovine, il n'y a pas de région ^ si petite soit-elle, de commune peut-être, où les individus de chaque espèce soient de la même race.

On donne fréquemment à une de ces populations, où il y a des sujets de toutes tailles, d'aspects différents et de qualités variables, le nom de race commune.

Bien que cette dénomination soit en contradiction formelle avec la définition de la race, il n'y a là qu'une fâcheuse façon de s'exprimer, tant que l'on ne veut désigner par ce terme qu'une population restreinte se reproduisant en variation désordonnée, il est vrai, mais inter se (entre soi) depuis longtemps, et dont tous les membres ont, en conséquence, quelques mêmes caractères et qualités. Gela devient néfaste lorsqu'on veut désigner l'ensemble des oiseaux d'une immense région, n'ayant d'autre caractère général que de ne pas appartenir à une race définie, et dont les différents membres, considérés à quelque distance lëfe uns des autres, n'ont aucune ressemblance. Le terme de races communes convient tout au plus dans ce cas.

Toutes les /*aces communes, en raison même de leurs conditions d'existence, sont rustiques, alertes, vives, aiment à vagabonder, et trouvent facilement leur nourriture. Elles possèdent rarement à un haut degré la précocité, l'aptitude à la ponte et à l'engraissement, la qualité de la chair, la taille^ toutes qualités, en un mot, qui font rechercher, suivant les circonstances, telle ou telle race sélectionnée. Elles ont tout au plus une moyenne de qualités acceptable, et ne peuvent

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il6 LES OISEAUX DE BASSE-COUR.

être exploitées aussi avantageusement parce que la spécialisation est la condition primordiale de toute exploitation et de toute industrie de transformation ; sans elle, il ne peut y avoir réellement de bénéfices.

Malgré la diffusion de tous les types, certaines régions ont encore des basses-cours où les poules, par exemple, présentent une certaine homogénéité. Cela tient souvent à la proximité d'élevages se livrant à la sélection d'une même race, et aux croisements fréquents avec des oiseaux qui en proviennent. Tel est le cas de nombreuses basses-cours aux environs de La Flèche, Houdan, Bourg, etc., où coqs et poules de toutes les petites exploitations agricoles ont un aspect et des qualités qui témoignent d'une proche parenté avec des sujets sélectionnés des races de la Flèche, de Houdan, de Bresse.

D'autres fois, l'homogénéité résulte de ce qu'il n'y a pas eu introduction d'éléments étrangers pendant un grand nombre d'années et que la diversité habituelle à la race commune s'y est amoindrie, s'est fondue, en donnant, à travers des générations successives, la prédominance à un type moyen, sans que l'éleveur ait jamais cherché à le créer, à l'améliorer, et qui est bien le résultat d'une sélection naturelle toute locale. Bien que rare, cette élévation de la race commune au rang de race à caractères nettement définissables n'en existe pas moins encore de temps à autre, de nos jours. Les races du Gâtinais, de Caussade, de Gournay sont dans ce cas.

Elles restent races communes y parce qu'aucun éleveur ne s'attache à les améliorer, qu'on en perpétue tout au plus le type par une sélection conservatrice, ou encore parce que l'on estime qu'elles ne peuvent entrer en concurrence avec d'autres races. On les reconnaît, on les admet, mais on ne cherche pas à les propager ; ceux qui les possèdent, à moins,d'en essayer le perfectionnement par voie de sélection, feraient mieux de les remplacer par d'autres races plus spéciahsées. Les sociétés d'aviculture se croient obligées aussi de tenir compte de l'existence de ces races, et les inscrivent à leurs catalogues, soit par désir d'encourager quelques éleveurs à les perfectionner, soit par mode, soit simplement encore pour satisfaire à la manie des collectionneurs.

CARACTÈRES DISTINCTIFS DES RACES ET VARIÉTÉS, ill

Caractères distinctifs des races et variétés.

Autant nous sommes persuadé que la recherche du nouveau, qu'on la qualifie de mode, de Jashion ou de snobisme, peut être un puissant auxiliaire pour l'amélioration des races au point de vue utilitaire, autant nous déplorons cette orientation de l'esprit qui consiste à n'attacher une grande importance qu'à la multiplicité des races et de leurs variétés.

Nous aurons souvent, au cours des descriptions qui vont suivre, à faire la part de ce qui n'est que conventionnel, et qui constitue la mode, de ce qui est amélioration réelle, utile, bon à propager.

On fait beaucoup de cas en aviculture, trop, à notre avis, de détails insignifiants, et on a une tendance trop fréquente à exagérer, à amplifier certains caractères, sous prétexte qu'ils constituent la beauté de la race. Telle, par exemple, qui a une huppe, doit l'avoir aussi grande que possible; telle autre, qui a une taille élevée, ne satisfait son auteur qu'autant qu'elle devient la géante de V espèce ! Dans toutes les études zootechniques, on attribue avec raison une grande importance au moindre signe extérieur qui se retrouve chez tous les sujets issus de reproducteurs remarquables par leurs qualités.

Ceux qui croient, avec raison, ajouterons-nous, que l'exploitation de la basse-cour laisse beaucoup à désirer, et est perfectible, ne peuvent évidemment que regretter leur petit nombre, en face de la cohorte qui croit avoir fait œuvre utile, en obtenant, par exemple, un liséré noir sur une plume blanche moins grand que précédemment, parce qu'il est établi conventionnellement que plus il est petit et plus l'oiseau a de valeur.

Ces amateurs de détails sont dignes d'être encouragés dans cette voie, car, si les expériences comparatives étaient plus fréquentes, si la méthode expérimentale envahissait le domaine avicole, comme elle a envahi la culture proprement dite et la zootechnie, ils propageraient avec autant de passion le caractère, si minime fût-il, qui serait le partage des individus reconnus les meilleurs producteurs d'utilités. En général, on ne peut tout au plus reprocher à la mode

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que d'être absorbante et inutile ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle est nuisible lorsque, après avoir lancé une particularité difficile à obtenir,, elle entreprend pour se justifier, pour faire valoir son nîérite, d'établir que cette beauté toute conventionnelle correspond ^ une qualité réelle, comme, par exemple, une plus grande aptitude à la ponte, une plus grande précocité, alors qu'aucun essai comparatif n'a été loyalement fait.

Pour toutes ces raisons, nous chercherons, dans la description de chaque race, à différencier nettement les caractères essentiels de ceux qui ne sont que conventionnels. Aux premiers correspondra toujoui*s, dans notre idée, une qualité ou uii' défaut au point de vue utilitaire ; les seconds seront ceux dont la suppression n'empêcherait pas le groupe, considéré avec un objectif un peu moins grossissant, d'être aussi homogène, n'y ferait rentrer aucun individu de plus, de même qu'il n'en exclurait aucun, et les ferait se ressembler plus entre eux qu'à d'autres, en un mot n'altérerait en rien la race.

Pour rester sur le terrain pratique, la multiplicité des races et variétés, chez nos oiseaux de basse-cour, commande d'élaguer le plus possible dans leur description et de ne donner que des caractères distinctifs et positifs. Nous avons déjà appelé l'attention sur l'inutilité de termes, aussi variés que peu précis, servant à désigner quelques régions du corps, ceux de poitrine large, ouverte, saillante, par exemple, ainsi que sur les confusions existant entre plusieurs d'entre elles, le bord antérieur des ailes pris pour les épaules, notamment.

Nous éviterons, en outre, de reconnaître, à propos de chaque race, que les coqs en sont fiers et ont de la prestance, car ce sont là des qualités qui nous semblent être l'apanage de tous les co<|s sans exception, des nains comme des colosses de l'espèce, et qui sont susceptibles d'appréciations aussi diverses qu'il y aurait de personnes appelées à en juger.

Affinités des races entre elles.

La diftîculté de suivre les races actuelles dans leur formalion et d'établir entre elles des groupements naturels a donné

naissance à de nombreux classements, tout à fait conventionnels, destinés à en faciliter l'étude.

La plupart ont un caractère géographique et résultent du nom même donné aux races. C'est assurément une méthode détestable que celle qui consiste à donner le nom d'une localité ou d'une contrée à une race nouvelle, encore plus détestable lorsque l'on se propose une classification. « L'inconvénient ne serait pas très grand si toutes les races portaient le nom des contrées, provinces et localités où elles se sont formées naturellement, où elles ont été l'objet d'une sélection suivie, où elles ont été obtenues fût-ce même par voie de croisements. Mais leâ éleveure qui créent une race sont le plus souvent intéressés à ne pas indiquer le procédé qu'ils ont employé et à lui donner un nom des antipodes parce qu'un nom exotique a plus facilement la faveur du public (1). »

De là à substituer au nom usuel, comme Fa fait Gomevin (2), un nom latin se rapportant à l'un des caractères distinctifs de la race, il y a loin. Nous ne voyons pas en quoi le nom de luteipedatus est plus avantageux que celui de Leghorn, puisqu'il y a plusieurs races à pattes juunes, pourquoi celui de malayensis est préférable à celui de malais, de superbus à celui de Minorque l

Tout en désirant qu'à l'avenir les races nouvelles soient désignées d'une autre façon, plutôt par le nom de leur auteur que par celui de la localité qu'il habite, nous continuerons à n'employer que les noms usuels, en avertissant toutefois que ce n'est pas toujours dans^ les localités dont elles portent le nom que les races se rencontrent dans toute leur perfection, et qu'elles n'y existent même pas ou plus du tout.

Parmi les classements conventionnels, nous ne ferons que citer ceux génércdement adoptés. Dans l'espèce galline, la seule division en races françaises et races étrangères est fréquente; il en est de même de la suivante : 1° races françaises ; 2<» races européennes ou étrangères ; 3° races asiatiques ; 4° races de combat ; 5* races naines,

(i) RÉMY Saint-Loup, Les oiseaux de basse-cour, Lib. J.-B. Baillière- (2) GôRNEViN, Oiseaux de basse-cour.

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On a quelquefois envisagé seulement l'utilité et formé des groupes de races pondeuses, de table, de combat, de luxe. Pour les pigeons, on a employé fréquemment les termes de races comestibles, grosses et petites, de races voyageuses et de races de volière.

Toutes ces divisions arbitraires n'ont guère d'inconvénients pour ceux qui connaissent l'aviculture, mais elles contribuent souvent à induire en erreur ceux qui étudient ou qui débutent dans la pratique.

M. Rémy Saint-Loup a, un des premiers, tenté de réagir contre la tendance des aviculteurs à élever de simples variétés au rang de races et il a notamment cherché à établir la filiation des races gallines entre elles. 11 leur a attribué comme ancêtres le Gallus Bankiva et le Gallus fervuginem. Sa classification eût beaucoup gagné, à notre avis, s'il eût laissé de côté cette hypothèse. Bien que nous croyions ne pas devoir l'adopter sans lui faire subir plusieurs modifications, elle n'en est pas moins fort remarquable.

Cornevin, dans son Traité de zootechnie spéciale, publié en 1893, a suivi, d'autre part, pour la diagnose des races, le système adopté depuis longtemps par les botanistes pour savoir à quelle famille appartiennent les plantes qu'ils trouvent au coui^ de leurs excursions. Malgré l'excellence de la méthode, les synopsis qu'il a établis pour chaque espèce d'oiseaux de basse-cour prêtent fort à la critique.

Pour les races gallines, sa première division en races à vertèbres coccygiennes (uropygidées) et races qui en sont privées (anuropygidées) est plutôt regrettable. Comme le dit fort bien M. Dechambre, professeur de zootechnie, dans un travail ultérieur publié en 1895, l'absence de ces vertèbres est la conséquence d'une variation extrême dans le sens négatif et cette modification portant sur une région aussi malléable ne peut servir de caractère primordial. On pourrait, ajoute-t-il, avec les chiens sans queue, qui sont nombreux (braques du Bourbonnais, chiens de berger, spitz, etc.), faire le groupe des chiens « anoures » opposé au groupe des chiens « urodèles » ; pourtant cette séparation n'a jamais été instituée parce qu'on en a vu l'inutilité; les chiens sans queue

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se rapportent, chacun selon ses autres caractères, à des groupes dont ils ne diffèrent que par la privation de l'appendice caudal. Il doit en être de même pour les races de volailles.

Les trois divisions établies ensuite par Corne vin sont meilleures et font que plusieurs races ayant beaucoup

Fig. 62. — Patte à cinq doigts (côté droit).

d'affinité entre elles sont bien groupées ; elles ont pour bases : i^ le nombre de doigts (tétradactyles et pentadactyles) (fig. 62) ; 2<> la présence d'une crête ou d'une huppe ; 3<* la forme de la crête. Les subdivisions qui suivent éloignent, par contre, bien souvent des formes qui eussent dû être plus rapprochées. M. Dechambre a tenté aussi d'accommoder à l'espèce galline les principes de M. le professeur Baron sur la classification et la description des races. Cinq éléments, dit-il, Gh. Voitellier. — Aviculture, i\

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devraient être examinés dans Tordre suivant : i^ poids ou format; 2*> profil ou silhouette; S° prolongements ou extrémités; 4<» proportions générales ; 5<» plumages et leurs particularités.

A l'exception du deuxième, les aviculteurs font généralement état de tous les autres. C'est qu'en effet la silhouette des oiseaux ne rend pas compte, comme chez la plupart des grands animaux, de la forme et des rapports des rayons osseux qui sont, parmi les caractères ethniques, ceux qui se transmettent avec le plus de fixité. Elle manque toujours de précision par suite de l'abondance du plumage qui masque des mouvements importants du corps, les rapprochements et les éloignements des différentes parties du squelette. Le bec et une partie de la tète, ainsi que les pattes, ont seuls une silhouette toujours conforme à la réalité, parce que les lignes qui la constituent sont, quelles que soient les positions prises, celles des parties osseuses. Pour les autres régions du corps, les plumes glissant les unes sur les autres, la silhouette ne fournit qu'une appréciation insuffisante ou inexacte sur la forme réelle.

M. Dechambre indique en outre qu'il y a pour certaines races, comme la Padoue, les canards sauvages et les canards Polonais, des différences de profil dans le bec et la tête qui sont très grandes et permettent presque à elles seules de dire à quelles races appartiennent les sujets qui les présentent. Certes, les extrémités, pattes, huppe, crête, queue, sont des éléments dont il est facile de tenir compte dans la classification, mais la crête, la huppe et la queue notamment se modifient trop facilement, comme on le constate chez des individus de la même race, pour en faire des caractères distinctifs de premier ordre.

L'extrême malléabilité des oiseaux domestiques rend leur classificjition ethnique encore plus difficile que celle des animaux des espèces bovine et ovine entre autres. Ce n'est pas une raison pour renoncer à tout classement méthodique •et ne pas faire état des affinités certaines, aussi bien que de celles qui sont fort probables. Le classement artificiel ne doit apparaître pour la facilité des études qu'au moment même où la filiation entre les groupes n'est plus apparente.

Dans les races gallines, que nous examinerons seulement

Fig. 63. — Grand Combattant anglalî^, type actuel. pour rinslant, on passe, en effet, ?aiis brusque transition de

la poule italienne, dont la Leghorn est le type amélioré en Amérique et en Angleterre, à l'Andalou et au Minorque d'une part, à la race de Bresse noire d'autre part.

L'Elberfeld, le Dorking à crête simple, l'ancien Combattant anglais, le Combattant du Nord, le Coucou de Rennes et le Coucou d'Ecosse, sont des types qui accusent une parenté certaine, bien qu'éloignée, non seulement entre eux, mais encore avec le groupe précédent : crête simple dentée, présence du noir à reflets verdàtres, du blanc, du jaune et du rouge dans le plumage, rapports fréquents entre leurs pays d'origine.

On sait comment on a pu, par sélection, obtenir avec l'ancien Combattant, qui est bien proche parent du Combattant du Nord, le Grand Combattant anglais. De nombreuses gravures témoignent de cette transformation (fig. 64);^ On, est frappé, d'autre part, de la similitude de coloris que présentent la poule Dorking argenté et la poule du Grand Combattant anglais argenté.

La race de Bresse, cousine de la Leghorn, n'en diffère réellement que par la coloration de ses.pattes, le plumage noir, blanc ou gris ne renfermant en définitive que deux éléments, le blanc et le noir, enfin par la qualité de sa chair.

De la Bresse noire à la Caussade et à la Courtes Pattes, on ne perçoit guère que des modifications dans la taille; il en est de même de la Bresse à la Barbezieux dans le sens de l'exagération du format, à l'Espagnole, peut-on ajouter, si l'on met de côté laffection héréditaire qui détermine sa face blanche. Entre la Bresse blanche et la poule du Gâtinais il n'y a guère de différence que dans le format.

La présence d'un épi de plumes formant une petite huppe sur la tête et la crête en forme de cornes éloignent un peu le type La Flèche du groupe précédent, du Barbezieux, aussi bien que de l'Espagnol, mais on retrouve d'autre part des points communs entre le La Flèche, le Crèvecœur et le Houdan : crête trilobée et huppe plus ou moins réduite, plumage où ne figurent que le blanc et le noir, qualité de chair remarquable.

La rareté de la crête plate ou frisée et du coloris comportant une répartition très régulière du noir sur un fond blanc, jaune ou rouge (type Hambourg), semble indiquer que toutes

les races précédentes dérivent des formes que connaissaient les Romains. On ne trouve que très exceplionneliement cette forme de crête dans les basses-cours derilalie, de la FVance,

iPg. 64. — Grand Combattant anglais, type ancien.

de l'Espagne et des deux Amériques, où le coq n'a été introduit que par les Européens au xvi« siècle. On est porté à en conclure que la forme ancestrale du Hambourg est d'introduction relativement récente en Europe, et il semble que celle-ci con-

i86 LES OISEAUX DE BASSE-COUR.

corde avec la puissance coloniale des Hollandais et l'importance de leurs comptoirs aux Indes, ainsi que dans les îles de la Sonde. On s'explique alors la propagation de ce type dans la région avoisinant la mer du Nord et les noms de Hambourg et de Campine qui furent donnés à la race sélectionnée.

Cette hypothèse se trouve renforcée par ce fait que l'on a ajouté le nom de Java à celui de Bantam noir, dont le type a une similitude fort grande avec le Hambourg noir, et aussi par la ressemblance qui existe entre les coqs et poules Hambourg pailletés ou crayonnés de toutes nuances et les diverses variétés de Bantams sélectionnées vers 1800 par John Sebright.

11 semble qu'il y ait plus d'affinité entre le type Padoue et le type Hambourg qu'entre celui-ci et le Houdan ou le Crèvecœur. Taille, coloris du plumage, qualité de chair médiocre sont des caractères à peu près identiques chez les Hambourg et les Padoue, et si la conformation de la tête est dissemblable, s'il y a d'autre part analogie entre celle des Houdan et celle des Padoue, il faut concevoir à ces deux dernières races tout au plus un ancêtre commun dont la descendance aurait été divisée, chaque i'gnée n'ayant jamais eu dans la suite aucun point de contact avec sa collatérale.

Bien que nous n'hésitions pas à avoir recours à certaines hypothèses, nous ne voyons aucune utilité à adopter cette dernière, car nous estimons que des caractères semblables peuvent avoir des origines différentes et que notre désir de découvrir le plus d'affinités possible ne doit pas nous mener à la conception d'un ou de plusieurs couples, ancêtres de toutes les races existantes, toutes les recherches scientifiques prouvant le contraire. Nous ne rapprocherons donc les Padoue que des Hambourg, sans voir entre ces deux types une parenté très accusée.

La race du Mans paraît au contraire presque sûrement le résultat d'un croisement alternatif Hambourg-La Flèche, dans lequel la forme de la tête du premier aurait seule subsisté, le produit ayant toutes les autres qualités du La Flèche.

La Dorking à crête plate est vraisemblablement le résultat de croisements Hambourg-Dorking, dans lesquels, après avoir

obtenu la tète du premier, on chercha à conserver toutes les qualités de la Dorking et les caractères propres à cette race.

Les races d'origine asiatique, caractérisées par leurs tarses emplumés, leur forte corpulence, leur chair médiocre, sont d'importation moderne en Europe. Les premiers spécimens de Cochinchinois, originaires, dit-on, de Shang-Haï, furent introduits en Angleterre en 1843. Depuis cette époque, la race Cochinchinoise aété transformée, peut-on dire, par les amateurs et elle n'a plus qu'une vague ressemblance avec ses ancêtres.

Les Brahma, très voisins des Cochinchinois au point de vue ethnique, auraient été introduits en 1872 en Angleterre, après un court passage en Amérique. Les Langshan l'ont été en 1872.

Les races Nègre, Walikiki, Bantam de Pékin et Nangasaki, bien que fort différentes entre elles, semblent avoir quelques points de contact avec la Cochinchinoise et la race de Brahma. A défaut de parenté, l'origine à peu près certaine des unes et des autres autorise tout au moins à les rapprocher.

Les races Malaise et Indienne, telles que nous les connaissons aujourd'hui, n'ont pas d'origine connue. Les descriptions des auteurs romains peuvent faire supposer qu'il y ait eu à cette époque introduction d'une de leurs formes ancestrales. En tout cas, nous inclinerion svolontiei^à croire qu'elle n'a pas contribué à la constitution du groupe des Grands Combattants du Nord, belges et anglais, et qu'elle a été noyée parmi les populations gallines de l'époque.

Les races dites de Yokohama et Phénix offrent des points communs assez nombreux avec les deux précédentes et leur parenté est relativement peu éloignée.

Toutes les autres racesgallines dont il nous reste à examiner les affinités sont de formation récente. On peut dire, à deux ou trois ans près, où et quand elles ont été fixées. On n'a cependant de certitude absolue sur l'origine d'aucune, mais leurs caractères, les conditions dans lesquelles elles ont été obtenues permettent cependant d'indiquer avec assez d'exactitude jusqu'aux différentes phases de leur formation. Les coqs et poules Wyandotte sont considérés comme résultant d'une série de croisements alternatifs irréguliers, faits en

Amérique vers 1885, entre les Brahma et les Hambourg; et d'une sélection ayant pour but de conserver la crête et le coloris des différentes variétés de Hambourg, ainsi que le format de la race Brahma.

Les Plymouth Rock ont été obtenus en Amérique vers la même époque par une sélection portant sur des métis à différents degrés de Cochinchinois et de Dominique. Cette dernière race, qui s'est peu propagée, était elle-même le résultat de croisements de la Dorking à crête plate, répétés assez fréquemment dans des basses-cours de Leghom. Comme nous l'avons dit plus haut, cette variété de Dorking est vraisemblablement le résultat d'unions entre Hambourg crayonnés et Dorking à crête simple. Le type Plymouth Rock n'a guère hérité du Dominique et de son ancêtre le Hambourg que du plumage régulier de ce dernier. La variété blanche a été obtenue un peu plus tard, lorsque la variété crayonnée, barrée, disent les Américains, était bien fixée par sélection.

Les Orpington, créés en Angleterre vers 1887, peuvent être considérés comme le résultat de croisements de Langshan et de Plymouth Rock. La variété fauve a été sans doute obtenue en croisant la variété noire à des poules Cochin fauves et en éliminant ensuite par sélection tout autre caractère appartenant à cette dernière race.

Différentes races ont été formées aussi en Europe dans ces trente dernières années. Parmi les principales, nous citerons la Braekel, la Coucou de Malines, et celles de Mantes et de Faverolies.

Ces deux dernières ont été obtenues simultanément de 1875 à 1885 à la suite d'introductions nombreuses de coqs Brahma, et parfois de Cochinchinois fauves pour la première, dans des basses-cours composées de sujets de race plus ou moins pure de Houdan. Leur pays d'origine est le même; la race de Faverolies s'est cependant plutôt formée dans les cantons de Houdan et de Dreux, et celle de Mantes dans les cantons de Mantes, Houdan et Bonnières, du département de Seine-et-Oise.

La sélection de la Faverolies n'a pas tout d'abord été faite avec un idéal aussi précis que celle de la Mantes. M. Roullier,

qui est l'aviculteur Tayant le plus propagée aux débuts de sa formation, admettait et disait avec beaucoup de raison (1) que le poulet de FaveroUes, c'est-à-dire celui qu'on produisait autour du village de ce nom, pouvait revêtir différents aspects et que ce n'était, en un mot, qu'un métis participant à des degrés variables de la Brahma et de la Houdan. Une dizaine d'années plus tard, les éleveurs, reconnaissant que le type décrit plus loin sous le nom de FaveroUes saumoné était un des meilleurs parmi tous ceux qui résultaient de la reproduction des métis entre eux, le soumirent à une sélection rigoureuse et n'en admirent plus d'autres à porter le nom de FaveroUes, En peu de temps la race fut alors bien fixée et la transmission des caractères se fit régulièrement.

Le type qui devait devenir en 1878 la race de Mantes fut au contraire soumis à une reproduction en consanguinité assez étroite et à une sélection rigoureuse dès 1875. Quelques années plus tard, la race avait été si bien fixée par les Voitellier qu'il ne se produisait plus jamais aucun retour en arrière, aucune manifestation héréditaire rappelant un ancêtre peu éloigné.

Dans les débuts, le principe de la sélection fut d'éfiminer les sujets n'ayant pas une grande ampleur et ceux dans le plumage desquels apparaissaient de rares plumes jaunes ou ayant des plumes aux pattes. La fixation du type actuel de la race de Mantes fut si rapide que ses auteurs se sont souvent demandé s'ils n'avaient pas tout simplement conservé une race locale sur le point de disparaître.

A la suite de diverses observations, les unes très anciennes, les autres ne remontant qu'à 1902 ou 1903, nous croyons pouvoir affirmer que les races de FaveroUes et de Mantes ont une origine commune, et résultent de croisements fortuits à peu près identiques, mais d'une sélection portant sur deux types de métis diamétralement opposés.

Dans la FaveroUes, le plumage : lancettes du camail, queue réduite, bouffants aux cuisses ; la couleur saumonée, la

(1) RouLLiBR, UAvicuUeur, 3 nov. 1894. — Delmas, La Revue avicole, U cet. 1894.

présence des plumes aux pattes, la crête simple, la peau iin peu grossière, la coloration des œufs, Fampleur générale, Taptitude à couver rappellent sans conteste les ancêtres Brahma et Cochinchinois ; la gorge, les cinq doigts aux pattes, la couleur de celles-ci, la qualité de la chair témoignent au contraire de la proche parenté avec la race de Houdan.

Dans la Mantes, le plumage, à l'exception des plumes qui couvrent le ventre en arrière et sont aussi molles et aussi nombreuses que celles de la Faverolles et des Brahma, le coloris, la gorge, la blancheur des œufs, la finesse de la chair, rappellent le Houdan ; la crête simple, le port diffèrent chez le coq et la poule; la forme générale du corps et celle de la tête en particulier sont si identiques à ce que l'on observe chez la Faverolles que, sans ajouter l'ampleur du corps et la présence de quatre doigts aux pattes, on ne peut logiquement attribuer la paternité de ces caractères qu'au Brahma.

La race Coucou de Malines et la Braekel se sont formées en Belgique dans des conditions à peu près identiques. L'importation de coqs Brahma et Cochinchinois de nuances diverses dans des basses-cours composées de poules du type Campine à plumage crayonné a donné des métis très différents de forme et d'aspect. Par sélection, on a pu, en prenant la forme la plus rapprochée du type asiatique et n'en différant que par le plumage, obtenir la Malines, et en prenant la forme la plus proche du type Campine, et n'en différant que par une taille plus grande et quelques particularités du plumage, la race de Braekel.

Comme on a pu le voir dans ce chapitre, on ne réalise jamais par le croisement de deux races pures et sélectionnées une fusion ou une juxtaposition de leurs caractères dans une proportion qui soit la même pour tous les sujets obtenus. Le point de départ de la sélection dans la constitution d'une race nouvelle est toujours iin métis, et on ne parvient guère à lixer le type qu'on se propose d'obtenir qu'autant que l'opération du métissage s'est prolongée, c'est-à-dire que les métis se sont reproduits en variation désordonnée pendant un temps assez long.

Notre exposé des affinités étant terminé, et n'ayant plus à

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