RAGE DU MANS
parés à l'engraissement dès leur jeune âge par des distributions copieuses de grains et de pâtées. La race de La Flèche s'est assurément affinée à ce régime; son format et la finesse de sa chair ont augmenté, mais elle ne s'accommode plus de conditions d'existence moins faciles dues à la rigueur du climat et à la pénurie relative des subsistances . Elle n'est pas anémiée, elle ne manque pas de vitalité comme certaines races élevées en parquets pendant de nombreuses générations, mais elle se montre délicate si, n'étant pas bien et fortement nourrie, elle doit supporter le froid et l'humidité.
Elle transforme bien les matériaux nutritifs qu'elle absorbe, ne devient adulte qu'assez tard et continue à s'accroître longtemps. Son squelette n'est pas très réduit par rapport à son format et elle ne peut être considérée comme une race très précoce.
Elle n'a pas non plus, comme nous l'avons vu, la forme idéale de la volaille spécialisée pour la production de la chair; sa poitrine pourrait être plus carénée et ses membres et son cou moins longs et moins forts. Nous n'hésitons pas cependant, malgré ces défectuosités, malgré son manque relatif de rusticité et de précocité, à la considérer comme la race ayant l'aptitude la plus prononcée à la production de la chair. Le coefficient à attribuer à la qualité doit être bien supérieur à celui de la quantité, car la plus-value- qui en résulte sur les marchés dépasse d« beaucoup celle qu'on retire d'une augmentation quelconque de poids. La race de La Flèche est d'ailleurs celle qui s'engraisse le mieux, qui produit la graisse la plus fine et la plus blanche et dont le formai permet de satisfaire à la fois l'œil des gourmands et le palais des gourmets.
Race du Mans.
Ce n'est qu'une variété de la race de La Flèche qui s'en différencie uniquement par une crête plate, volumineuse, analogue à celle de la race de Hambourg, et l'absence de toute réminiscence de huppe sur la tête. Elle est probablement due à quelque croisement dont on s'est efforcé, par une sélection bien comprise, de faire disparaître toute autre trace.
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. Elle a toutes les qualités de la race de La Flèche à un même degré et on ne perçoit pas bien Futilité de ce groupe, pas plus que celui des Coucous de Rennes à crête plate. Elle possède même une légère infériorité au point de vue de la rusticité parce que sa crête est plus facilement atteinte par la gelée.
Race de Crèvecœur.
Cette race, qui porte le nom d'une petite localité du Calvados, résulte d'une sélection faite en différents endroits de la Normandie depuis au moins le milieu du xix® siècle et qui a eu pour poiht de départ les volailles à huppe, entièrement noires, telles qu'on les trouve à profusion dans la plupart des villages de l'Orne, du Calvados et de l'Eure. La race de Crèvecœur, telle que l'exigent les amateurs, est peu répandue et diffère beaucoup de la population galline de la Normandie.
Dans le département de la Seine-Inférieure, le nord du département de l'Oise et le nord-ouest de la Somme, existe aussi une volaille d'un type à peu près semblable et dont on a obtenu, par sélection, la race de Caumont. •
La poule normande à huppe, à quatre doigts et à plumage entièrement noir (fig. 75), est à la Crèvecœur ce que la poule italienne est à la Leghorn, ce que la Caussade est à la Bresse, mais la sélection a été tout à fait conventionnelle, faite à un point de vue esthétique, avec peu de souci d'une amélioration utilitaire, voire même de la conservation des qualités foncières originelles. Aussi, les cultivateurs normands sont-ils restés indifférents et n'ont-ils pas admis la race de Crèvecœur au perfectionnement de leurs basses-cours.
L'augmentation du format, l'exagération des dimensions de la huppe et de la gorge, n'ont pu être obtenues que par des distributions abondantes de nourriture. L'herbager normand, qui préfère les poules se nourrissant d'elles-mêmes à travers les prairies et le long des haies, supportant sans être gênées la rosée, le brouillard et la pluie, s'est parfaitement rendu compte que, si elles pouvaient être de format moyen, elles n'en devaient pas moins être alertes et vives, qu'une huppe ayant
RAGE DE CRÈVEGŒUR.
des plumes de 8 à 10 centimètces de longueur, touffue, débordant sur les côtés de la tète, au-dessus des yeux, ne pouvait être qu'un embarras dans les champs. En admettant même qu'il y ait eu insouciance de sa part,
Fig. 75. — Poule normande à huppe, du type Grèvecœur.
la nature s'est chargée de combattre toutes les tentatives d'amélioration esthétique, et, toutes les fois que les plus beaux spécimens de Grèvecœur, lauréats des expositions, ont eu toute liberté dans les exploitations normandes, les maux d yeux et la diphtérie se sont chargés d'annihiler leur action ou de les décimer.
Quoi qu'il en soit, la race sélectionnée de Grèvecœur (fig. 76) est une des plus fortes parmi les races de format moyen ; elle est de hauteur moyenne et bien proportionnée ; son plumage est entièrement noir à reflets verts ; les pattes sont noires, à quatre doigts. La tète est forte ; la crête forme deux cornes divergentes, de 3 à 4 centimètres de longueur chez le coq, d'un centimètre chez la poule ; les barbillons sont petits chez le
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RACES GALLINES SÉLECTIONNÉES.
coq, plus réduits chez la poule et disparaissent presque dans les plumes de la gorge ; les joues sont couvertes par les favoris; les oreillons sont blancs et cachés en partie par les plumes; la huppe est grande, bien fournie, rejetée en arrière, et
Fig. 76. — Coq de Grèvecœur.
retombe un peu sur les côtés de la tête chez le coq ; elle est plus ronde, régulière chez la poule.
Le coq de Grèvecœur a un camail bien fourni, des lancettes et toutes les plumes de la queue longues et abondantes.
La race de Grèvecœur avait à l'origine une qualité de chair de premier ordre et était une pondeuse excellente, tant par le nombre que par la grosseur de ses œufs pesant de 65 à 70 grammes. Par la sélection dont elle a été l'objet, ces qualités n'ont pas augmenté et, comme son adaptation à tous les
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termins s'est trouvée limitée, que son élevage offre plus d'aléas, qu'elle est en résumé moins rustique et moins précoce, elle n'a qu'un mérite relatif au point de vue de la production de la chair ou de celle des œufs. Elle s'engraisse bien ; c'est une médiocre couveuse.
Race de Caumont ou de Pavilly.
Elle ne diffère de la Crèvecœur que par une huppe peu fournie dont les plumes ont de 3 à 5 centimètres de longueur, l'absence de gorge et de favoris, des barbillons plus longs et surtout une crête très caractéristique ayant la forme d'une petite coquille à bords dentelés, placée sur le devant de la tête.
Elle a toutes les qualités de la race de Crèvecœur et, si elle est moins jolie, si sa crête ne s'harmonise guère avec sa forme et son plumage et paraît un peu plantée comme par hasard, elle s'accommode mieux de la vie à travers champs, grâce à sa tête peu garnie de plumes.
Race de Houdan,
La race de Houdan paraît connue depuis moins longtemps que celles de La Flèche et de la Bresse; elle n'en est pas moins aujourd'hui une des races françaises les plus réputées, les plus propagées, et plus à cause d'un ensemble remarquable de qualités moyennes qu'à cause d'une spécialisation lui donnant une supériorité sur d'autres.
Sans nous attarder à réfuter une fois de plus toutes les hypothèses émises sur son origine, nous dirons simplement qu'elle est le résultat d'une sélection naturelle, d'une sélection inconsciente, serait-il plus juste de dire, faite par les cultivateurs du canton de Houdan en Seine-et-Oise. Plus tard, à partir du moment où quelques éleveurs s'occupèrent de propager cette race, elle fut, au contraire, l'objet d'une sélection constante, mais qui ne fut pas toujours dirigée dans le même sens, ni uniforme, ni judicieuse, prêtant à la critique autant que celle de la race de Crèvecœur.
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RACES GALLIiNES SÉLECTIONNÉES.
On a toujours cherché, avec raison puisque sa rusticité lui permet de s'adaptera des milieux très différents, à lui donner un format supérieur à celui qu'elle avait primitivement et
Fig. 77. — Coq de Houdan.
qui tenait le milieu entre celui de la C^rèvecœur et celui de la Bresse noire. En fait, l'augmentation a été peu sensible, la sélection dans ce sens ayant été contrariée par les divergences des éleveurs ou le caprice des juges dans les concours pour des particularités d'ordre secondaire.
On a cherche à lui conserver son plumage caillouté sans prédominance du noir sur le blanc et réciproquement, car c'est un caractère essentiel de la race ; mais le rigorisme qu'on a montré à ce propos, en préférant quelquefois à des