‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 109 sur 164 · Il a fait aux anges une fête de votre con · texte numérisé non relu

Il a fait aux anges une fête de votre con

1 Abiitvagus in via cordis sui. Is. lvii, 17.

version, et il veut recevoir les congratulations de ses amis et de ses voisins, qu'il appelle exprès pour se procurer à lui-même l'applaudissement de vous avoir retrouvée. Or qu'y a-t-il en vous qui puisse mériter un si grand honneur, et qui puisse être le sujet d'une si grande joie ? Rien sans doute; mais c'est le seul amour du bon Pasteur, qui vous estime plus que vous ne méritez, et qui vous fait valoir ce que vous ne valez pas ; c'est cet amour qui en est la seule cause. Si donc c'est l'amour du Sauveur qui vous donne ainsi de la considération, ne devez-vous pas volontiers désirer d'avoir tout l'amour de ses bienheureux Esprits, qui se réjouissent de votre conversion, pour pouvoir le joindre au vôtre, afin de mieux reconnaître l'amour par l'amour, puisque ce n'est que par ce moyen qu'il se peut reconnaître? Et si vous aimez moins que vous ne le voulez, aimez au moins autant que vous le pouvez, et vous aurez accompli tout ce que vous devez. De plus, ne l'oubliez pas, la pénitence est le vin des anges qui leur réjouit le cœur. Or ils ont toujours soif de votre salut. Excitezvous donc à leur servir toujours de ce vin, afin que leur joie continue. Le meilleur vin sera celui qui aura le plus d'esprit d'amour, et ce sera aussi celui qui sera le plus digne de la bouche de l'Epoux, comme il sera le plus propre pour vous enivrer d'une ivresse qui est sainte et désirable, puisqu'elle fait perdre l'esprit du monde et qu'elle remplit l'âme de l'esprit de Dieu. « Mangez, mes amis, buvez et enivrez-vous, mes bien-aimés1. »

1 Comedite, amici, et bibite, et inebriamini, charissimi. Cant. v, i.

C'est à cette sainte ivresse que vous invite cette parole du Cantique des cantiques.

AFFECTIONS

Souvenez-vous de ces paroles d'Isaïe : « Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes; chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie, et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous ' ». Confessez à Jésus-Christ que sans lui nous étions perdus, et que votre cœur s'écrie : O Seigneur ! il y paraît bien que vous êtes le seul qui êtes chargé de nos iniquités, puisque vos souffrances vous ont rendu méconnaissable et que le Prophète a pu dire de vous : « Nous l'avons regardé comme un lépreux, comme un homme frappé de la main de Dieu 2 ».

Entretenez Jésus de ce qu'il a souffert pour vous.

Reconnaissez que vos égarements lui ont coûté bien cher, et du plus intime de l'âme demandezlui pardon des fautes que vous avez faites par votre malice. O mon Sauveur, direz-vous, je méritais certes d'être abandonnée, et il n'y a qu'un amour infini, comme est le vôtre, qui aurait pu se résoudre à me rechercher, etc.

Pensez qu'il vous dit ces paroles : « En passant auprès de vous, je vous ai vue foulée aux pieds dans votre sang, et lorsque vous étiez ainsi plongée

1 Omnes nos quasi oves erravimus, unusquisque in vîam suam declinavit ; et posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrum. Is. lui, 6.

2 Putavimus eum quasi leprosum et percussum a Deo. Ibid., 4.

dans votre sang, je vous ai dit : vivez ' ». Oh ! oui, Seigneur, il est vrai, vous m'avez trouvée chargée de plaies, toute la substance de ma vie dépérissait, mes jours s'écoulaient, et j'aurais succombé à une mort funeste, si votre charité n'avait eu pitié de moi et si elle ne m'avait retirée de cet état misérable, en prononçant sur moi cette parole de vie : « Je vous le répète : vivez en votre sang 2 ».

Souvenez-vous encore de ce texte de l'Evangile : Le bon Maître « convoque ses amis et ses voisins, et il leur dit de le congratuler, parce qu'il a retrouvé sa brebis égarée 3 » ; et alors vous admirerez sa bonté qui change si facilement en joie sa juste colère. O Seigneur! direz-vous, de quoi pouvez-vous témoigner tant de joie, si ce n'est d'avoir une occasion d'exercer votre miséricorde? A quels extrêmes votre charité vous fait-elle passer? D'une juste colère à la joie de pardonner ! Vraiment tout cela se ressent de l'infini.

Pensez aussi qu'il ne dit pas à ses amis de congratuler la brebis, mais bien de lui témoigner à lui-même le bonheur qu'ils éprouvent de ce qu'il l'a retrouvée. Et devant ce bon Pasteur reconnaissez avec action de grâces combien votre vie est d'un grand prix, puisqu'il fait de votre salut son propre intérêt, qu'il en fait sa joie, et que ramenée par lui-même au ciel vous êtes le sujet de

1 Transiens autem per te, vidi te conculcari in sanguine tuo. Et dixi tibi cum esses in sanguine tuo : vive. E^ech. xvi, 6.

2 Dixi, mquam, tibi, in sanguine tuo vive. Ibidem.

3 Convocat amicos et vicinos, dicens illis : congratulamini mini, quia inveni ovem meam, quae perierat. Luc. xv, 6.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 5 I 7

son allégresse triomphante. O Seigneur! non, ce n'est pas à moi qu'il faut faire des congratulations pour mon salut, puisque ce ne sont pas mes mérites qui en sont la cause, mais votre seule bonté, à vous.

Remerciez les saints anges de la part joyeuse qu'ils prennent à votre conversion. Entretenezvous avec eux des miséricordes de Dieu envers vous. Invitez-les à le remercier pour vous. O Esprits bienheureux ! si mes égarements vous ont contristés jusques à faire « pleurer amèrement les anges de la paix ' », il est juste que je fasse pénitence d'une manière qui puisse vous consoler autant que je vous ai contristés.

Adressez-vous spécialement à votre bon ange gardien, et demandez-leur à tous le secours de leur intercession pour accomplir vos résolutions.

RÉSOLUTIONS

i° Proposez-vous d'être entièrement soumise aux volontés de Dieu, pour réparer les injures que vous lui avez faites par vos égarements.

20 De considérer la Religion comme la bergerie où il vous a apportée, et qui vous est nécessaire pour être en sûreté contre les loups et pour ne plus vous égarer.

EXAMEN

i° Voyez si vous traitez votre profession avec le respect que vous lui devez.

1 Angeli pacis amare flebunt. Is. xxxm, 7.

2° Si vous montrez partout dans vos actions que vous avez l'esprit de pénitence.

3° Si vous ne laissez pas égarer vos désirs et votre cœur hors de votre cloître.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Erravi sicut ovis quae periit; quaere servum tuum, quia mandata tua non sum oblitus. » Ps. cxvin, 176. — J'ai erré comme une brebis perdue; cherchez votre serviteur, puisque je n'ai point oublié vos commandements.

20 « Eratis sicut oves errantes, sed conversi estis nunc ad pastorem et episcopum animarum vestrarum. » I Petr. 11, 25. — Vous étiez comme des brebis égarées; mais maintenant vous êtes retournés au Pasteur et au Gardien de vos âmes.

DEUXIÈME MÉDITATION

LA GRACE DE LA VOCATION A L ETAT RELIGIEUX EST UN SUJET DE GRANDE CONSOLATION.

CONSIDÉRATIONS

1. L'homme n'a rien de plus précieux que son salut éternel, et rien ne peut lui donner plus de consolation que ce qui le met en sûreté. Il peut bien, il est vrai, se dérégler et le négliger dans ses actions ; mais il ne peut pas détruire entièrement en son âme l'inclination indispensable qu'elle a d'assurer son salut, ni éviter l'inquiétude qu'elle

MÉDITATIONS SUR L'ÉTAT RELIGIEUX 5 I g

éprouve lorsqu'il est en danger. Les plus méchants vous avoueront môme que rien ne les console plus que ce qui leur adoucit la crainte d'être damnés. Votre vocation doit donc bien vous consoler, puisqu'elle contient tout ce qui peut vous donner le plus d'assurance de votre salut.

2. Dieu vous choisit au milieu d'une infinité d'âmes pour vous retirer dans un lieu qu'il vous a destiné. N'est-ce pas une marque que vous n'êtes pas du commun, et que sa charité a sur vous quelque dessein singulier, dont les effets ne vous peuvent être que très honorables et très avantageux, quoique les raisons en soient cachées dans les trésors de sa sagesse? Il vous aime puisqu'il vous choisit; il veut vous sauver puisqu'il vous aime ; le lieu où il vous place est aussi choisi et préparé de sa main. Quelles marques plus grandes pouvez-vous avoir du dessein qu'il a de vous sauver?

3. Il vous retire de la voie large et spacieuse pour vous en faire prendre une autre qui paraît plus étroite ; mais les secours des grâces singulières qu'il veut vous y donner, vous la rendront plus agréable que tout autre, en vous dilatant le cœur pour le remplir de paix et de charité. Il vous retire, dîs-je, des chemins qui sont les plus larges, parce qu'on s'y perd plus facilement. Il vous met dans un autre plus étroit, mais qui est plus uni, où on marche plus droit, et où on est plus éloigné du danger de s'égarer.

Il se charge de vous à un nouveau titre, celui de la vie religieuse, puisqu'il vous choisit pour des exercices particuliers, qu'il vous présente dans

cet état où il vous appelle; il vous retire dans sa maison pour vous y garder et pour éloigner de vos yeux la vanité du monde. Enfin il vous reçoit dans son école pour vous apprendre les règles et les pratiques de son amour, dans lesquelles vous ne pouvez pas douter qu'il ne veuille vous rendre savante et parfaite, puisqu'il est un Maître accompli. Pouvez-vous rien souhaiter de plus fort dans l'état de foi où nous sommes sur la terre pour vous persuader de la bonté toute spéciale qu'il a pour vous? Pourquoi ferait-il tout cela, s'il ne voulait vous sauver?

4. Il vous aime, vous n'en sauriez douter; mais s'il vous prépare un lieu d'où il bannit ce qui est le plus dangereux au salut, et où se rencontre tout ce qui peut contribuer à le bien faire, et s'il vous arrache des mains du monde pour vous placer en ce lieu privilégié, il vous montre par là qu'il veut être aimé de vous et qu'il veut s'assurer de vous, de peur que vous ne le quittiez et qu'il ne vous perde. Que pouvez-vous désirer de plus propre pour vous donner de fortes espérances de votre salut?

5. C'est le Sauveur qui vous recherche luimême et qui veut comme vous obliger à vous sauver en vous obligeant à l'aimer; vous ne sauriez donc vous perdre, tant que vous vous tiendrez liée par cette heureuse obligation, et vous serez toujours fidèle à votre engagement à moins que vous ne vouliez renoncer à son amour. Mais assurément, étant, comme vous l'êtes, environnée des secours de sa grâce, exacte dans la pratique de la vertu, éloignée des objets et des occasions dangereuses,

MEDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 52 1

il faudrait que votre volonté tombât dans une grande extrémité de malice pour en venir à ce renoncement. Auriez-vous jamais le triste courage de le faire? — S. Bernard nous offre cette belle pensée : « La Religion est un lieu où l'on vit plus purement, on tombe plus rarement, on se relève plus promptement, on s'avance plus prudemment, on se repose plus sûrement, on reçoit la rosée du ciel plus fréquemment, on se purifie plus rapidement, on meurt plus tranquillement, et l'on est récompensé plus abondamment l ». L'expérience vous fera connaître cette vérité. Il n'est donc pas d'état plus propre pour faire son salut; et en y travaillant vous verrez qu'il n'y a rien qui puisse donner plus de consolation que la fidélité dans les pratiques de cet état qui engage à se sauver.

AFFECTIONS

Pesez devant Dieu cette parole de Jésus-Christ : « Que servirait à l'homme s'il gagnait tout le monde et se perdait, se faisant tort à lui-même2?» Déplorez, sous le regard divin, l'aveuglement des hommes qui s'oublient eux-mêmes en négligeant leiir salut. Confessez à Jésus-Christ qu'il n'y a rien de plus vrai et de plus charitable que cette parole. Renoncez bien volontiers au monde et à tout ce qu'il pourrait vous donner, de même que vous

In Religione homo vivit purius, cadit rarius, surgit velocius, incedit cautius, quiescit securius, irroratur crebrius, purgatur citius, moritur confidentius,remuneratur copiosius. S. Bernardus.

Quid proficit homo, si Iucretur universum mundum, se autem ipsum perdat, et detrimentum sui faciat?L«c. ix, 25.

avez renoncé à Satan le jour de votre baptême, et dites de bon cœur ces paroles de David : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice. C'est vous, mon Dieu, qui me rétablissez dans mon héritage '. »

Reconnaissez la vérité de ces paroles de S. Paul : « Le Seigneur est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation 2 ».

0 Seigneur, direz-vous, je le reconnais par mon expérience, vous êtes pour moi un Père de miséricorde, puisque nonobstant tant d'infidélités et de désobéissances vous m'avez recherchée, reçue dans votre sein, secourue, assistée, comme si je ne vous avais jamais offensé.

J'ai été trompée en cherchant de la consolation hors de vous : car tout ce qui n'est pas vous est étranger à l'âme. Comparez la consolation qui vient de Dieu à la brillante lumière du jour, et celle qui vient des créatures aux pâles lueurs d'une chandelle de suif, qui ne laisse qu'une odeur fétide en s'éteignant, et avouez que cette lumière n'est propre qu'à brûler les ailes des moucherons qui sont trompés par son éclat.

Et considérant le choix que Dieu a fait de vous, dites avec admiration ces paroles de David : « O Seigneur ! qu'est-ce que l'homme pour vous être fait connaître à lui, ou le fils de l'homme pour en avoir tant d'estime3? » Comparez la grandeur de Dieu

1 Dominus pars haereditatis meae et calicis mei : tu es qui restitues haereditatem meam mihi. Ps. xv, 5.

2 Pater misericordiarum, et Deus totius consolationis. II Cor. i, 3.

3 Domine, quid est homo, quia innotuisti ei ? aut fîlius hominis, quia reputas eum ? Ps. cxliii, 3.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 523

avec la bassesse de votre néant, et de votre néant criminel par le péché, et demandez-lui ce qui peut l'avoir porté à vous choisir; car pour nous, Seigneur, nous ne saurions rien dire sur ce sujet sinon cette parole de David : « Que tous vos ouvrages vous glorifient, et que vos Saints vous bénissent. Qu'ils publient la gloire de votre règne et proclament votre puissance1. »

Appliquez-vous aussi ces paroles de Jésus-Christ : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisie 2 » ; et voyez ce que vous pouvez répondre à une parole si honorable et si glorieuse pour vous ; reconnaissez que c'est un effet de sa pure bonté.

Dites-lui encore la parole de l'aveugle de Jéricho : « Seigneur, faites que je voie3 », et ajoutez : O mon Dieu ! je crois que mon cœur défaillirait, oppressé par le sentiment de sa reconnaissance, s'il voyait bien l'excellence de la grâce que vous m'avez faite en me choisissant. Si je ne vois comme je voudrais voir, au moins, Seigneur, donnez-moi d'être fidèle. Regrettez enfin avec S. Augustin de l'avoir aimé si tard, et demandez-vous à vous-même si vous voudriez refuser d'appartenir à Dieu après avoir été choisie par lui ; et, concevant en sa présence une ferme espérance de votre salut, produisez des actes de confiance en sa divine charité et honorez-le par vos protestations d'amour.

1 Confiteantur tibi, Domine, omnia opéra tua, et sancti îui benedicant tibi. Gloriam regni tui dicent, et potentiam tuam ioquentur. Ps. cxi.iv, 10, 11.

2 Non vos me elegistis ;sed ego elegt vos. Joann. xv, 16.

3 Domine, ut videam. Luc. xvm, 41.

RÉSOLUTIONS

i° De considérer votre âme comme un vase d'élection que Dieu vous a donné à garder.

2° De regarder votre monastère comme un lieu qui le préserve de tout dégât et de toute souillure.

3° De ne le faire plus servir qu'à la volonté de celui qui l'a choisie et qui doit en être l'unique Maître.

EXAMEN

Vous formerez votre examen sur ces mêmes résolutions.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Vos autem genus electum, regale sacerdotium, gens sancta, populus acquisitionis. » I Petr. ii, 9. — Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, et le peuple conquis.

20 « Magis satagite, ut per bona opéra certam vestram vocationem et electionem faciatis.» II Petr.i, 10. — Efforcez-vous de plus en plus d'affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 525

Page 1