‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 115 sur 164 · DU RETRANCHEMENT DES OBJETS DE VANITE · texte numérisé non relu

DU RETRANCHEMENT DES OBJETS DE VANITE

CONSIDÉRATIONS

1. Pour bonne que soit la volonté de l'homme, ses sens et ses pensées seront toujours enclins au mal, et son cœur sera toujous prêt à recevoir les impressions des objets conformes à ses inclinations, comme la terre bien cultivée reçoit la semence qui germe tout aussitôt et qui croît si rien ne l'empêche. Il y a une certaine sympathie entre les objets et les affections du cceur, et elle peut bien à la vérité paraître comme assoupie ; mais on se tromperait fort si l'on croyait qu'elle fût morte entièrement : car elle ne mourra qu'avec le corps. Cette terre du cceur n'a-t-elle point déjà assez de

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mauvaises racines dans son fond et de mauvais restes des objets du passé, sans qu'il soit besoin de lui en présenter de nouveaux qui, en remplissant l'esprit de leurs images, disposeront ses pensées à ranimer les plantes desséchées et à leur faire repousser comme une espèce de verdure dangereuse, qui mettra l'âme dans de nouveaux dangers et l'engagera dans de nouvelles peines ?

2. Les âmes les plus pures ressentent la subtilité de cette sympathie : car quoiqu'elles aient un mépris absolu de toutes les vanités du monde, et qu'elles ne se rencontrent parmi ces objets futiles que dans des occasions fort raisonnables et quasi nécessaires, elles sentent néanmoins que leur cœur s'est comme réveillé, que le goût lui en revient et que l'appétit pour ces vanités serait bientôt excité en lui, s'il restait plus longtemps exposé à leurs attraits trompeurs. Or puisqu'il en est ainsi des âmes les plus pures, que sera-ce de celles qui ne font que commencer leur conversion ou dont les plaies sont encore tout nouvellement fermées, si elles n'apportent une grande circonspection pour les fuir ou pour ne les tolérer que par une raisonnable nécessité?

3. Il faut livrer beaucoup de combats, supporter beaucoup de peines et de mortifications, employer beaucoup de temps pour former les sens intérieurs aux règles de la piété autant qu'ils en sont capables. C'est donc une grande indiscrétion de s'exposer à perdre en peu de temps le travail de tant d'années, ce qui est si précieux et qui coûte si cher : car que savez-vous si en ne vous retranchant point quelque objet de vanité vous ne vous exposez pas à ce danger?

AFFECTIONS

Souvenez-vous de ces paroles de David : « Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur pesant? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le mensonge !? » Appliquez-vous ces paroles, et, reconnaissant devant Dieu la pesanteur de votre cœur, exposez-lui humblement le besoin que vous avez qu'il le soutienne. O Seigneur, direzvous, en aimant la vanité nous cherchons le mensonge : car elle ne nous peut rien donner de ce que nous prétendons, mais elle nous laisse vides et dépouillés de tout.

Remontrez à Dieu quelle est la faiblesse de votre esprit et combien il a de pente à s'occuper des choses vaines. O Seigneur! j'ai tant de fois expérimenté que les vains objets anéantissent les bons sentiments, qu'ils remuent les passions et qu'ils mettent l'âme tout en désordre. Pourquoi donc n'y renoncerais-je point?

Reconnaissez quel avantage vous avez d'être séparée de tous ces objets futiles, et que ce serait vous mettre en danger d'en ressentir au double les mauvais effets, si vous les cherchiez avec trop de curiosité. O Seigneur! n'ai-je point déjà employé une partie trop grande du temps précieux de ma vie à la vanité, à la puérilité et à la malice? quel fruit en ai-je retiré sinon des plaies, de la confusion et du regret? Pourquoi donc retourner à ces bagatelles?

1 Filii hominum usquequo gravi corde ? ut quid diligitis vanitatem, etquaeritis mendacium ? Ps. iv, 3.

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Souvenez-vous enfin de ces paroles de l'Apôtre : « Je crains que vos sens ne se corrompent ' », et dites à Dieu que vous entendez bien ce que son saint Apôtre nous veut dire, à savoir : que si nous ne veillons sur nos sens intérieurs, ils sortiront bientôt de leurs bonnes habitudes pour suivre de nouveau le vieil homme. O Seigneur ! gardez-moi de me jeter moi-même dans ces peines et dans ces dangers.

RÉSOLUTIONS

i° De ne point rechercher d'objets autres que ceux qui peuvent vous exciter à aimer Dieu et à mépriser le monde.

2° De vous tenir comme passive, quand par quelque disposition de la Providence vous vous trouverez en présence des vanités mondaines, sans néanmoins vous laisser aller à des craintes puériles : car vous devez être persuadée que tout ce qui arrive par l'ordre de la divine Providence, et qui est considéré selon cet ordre, ne peut nuire à une âme qui veut respecter Dieu partout.

EXAMEN

i° Voyez si vous n'êtes point trop curieuse d'apprendre les nouvelles et les intrigues du monde et de savoir ce qui s'y passe.

2° Si vous n'êtes point négligente à modérer vos regards.

3° Si vous n'êtes point trop empressée d'ob-

1 Timeo ne... corrumpamur sensus vestri. II Cor. xi, 3.

server et d'interpréter à votre façon les actions du prochain.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Averte oculos meos ne videant vanitatem : in via tua vivifica me. » Ps. cxvm, 3y. — Détournez mes yeux afin qu'ils ne regardent point la vanité, et faites-moi vivre en marchant dans votre voie.

2° « Beatus vir, cujus est nomen Domini spes ejus ; et non respexit in vanitates et insanias falsas. » Ps. xxxix, 5. — Heureux celui qui met son espérance au nom du Seigneur, et qui n'a pas regardé les vanités et les folies pleines de mensonge.

HUITIÈME MÉDITATION

DU RETRANCHEMENT DES CONSIDERATIONS INUTILES ET DES RÉFLEXIONS SUPERFLUES.

CONSIDÉRATIONS

i. Tout le secret de la bonne conduite de l'esprit consiste à le dégager et à réduire, le plus qu'on peut, sa multiplicité de vues et d'idées à la simplicité, et à y établir peu à peu le silence, en réprimant le tumulte des pensées, qui empêche l'âme de goûter le repos. Or pour arriver à ce but il y a surtout deux moyens excellents, à savoir, la mortification des affections sensibles, et le retranchement des réflexions superflues : car c'est là ce qui excite et entretient ce bruit tumultueux. Comment en

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effet espérer de la tranquillité d'esprit en exerçant toujours ses pensées par des considérations vaines et des retours inutiles qui renfoncent de plus en plus dans ses idées? Et puis à quoi bon tant d'imaginations et de pensées sur un même sujet, surtout quand on l'a connu autant qu'il nous a été donné de le connaître, ou bien quand la chose est passée et qu'il n'y a plus de remède, ou encore quand il est inutile de connaître cette chose plus qu'on ne la connaît ? Tout cela ne peut être qu'un travail superflu et une affliction d'esprit.

2. L'Apôtre nous a donné sur ce sujet un grand avis qu'il a lui-même mis en pratique : « Oubliant, dit-il, ce qui est derrière moi, et m'élançant vers ce qui est devant moi, je cours incessamment vers le but de la carrière, pour remporter le prix de la félicité du ciel à laquelle Dieu nous a appelés par le Christ Jésus ' ». Or les réflexions inutiles sont un grand obstacle à cette excellente pratique, puisqu'en occupant l'âme vainement, elles la retardent dans sa marche en avant. Elles la forcent à regarder souvent derrière elle ; elles l'amusent et l'arrêtent pendant qu'elle devrait avancer; elles ne lui permettent pas de s'appliquer à ce qu'elle doit faire, en entretenant trop le souvenir de ce qu'elle a fait, et elles l'empêchent de courir en la retenant trop sur une même chose.

Ne vaut-il pas mieux marcher et courir par les voies de Dieu que de s'occuper à de telles pensées?

1 Quae quidem rétro sunt obliviscens, ad ea vero quae sunt priora extendens meipsum, ad destinatum persequor, ad bravium supernas vocationis Dei in Christo Jesu. Philipp. ni, i3, 14.

Le chemin nous en est ouvert, notre guide marche devant nous, à quoi bon tant de réflexions et de discussions, puisqu'il n'est question que de suivre le divin Maître?

3. L'amour-propre se rencontre partout, et il ne mourra qu'avec notre corps; c'est lui qui est le promoteur de toutes ces réflexions et qui sollicite l'âme de les entretenir. Il se glisse dans les choses spirituelles plus subtilement que dans toutes les autres ; mais c'est aussi sur ce point qu'on peut le mortifier avec plus d'utilité. En retranchant les réflexions superflues, nous le mortifierons jusqu'au vif et nous arrêterons les suites mauvaises de ses intentions perverses et de ses pratiques secrètes : car le plus souvent c'est par nos réflexions qu'il les entretient. Ce sera aussi le moyen d'imiter la tranquillité de l'âme de Jésus-Christ.

AFFECTIONS

Reconnaissez devant Dieu que votre esprit, s'il n'est soutenu de sa grâce, n'est propre qu'à se créer des supplices pour lui-même. Hélas ! Seigneur, il s'embarrasse du passé, comme s'il était encore en son pouvoir; il est inquiet sur l'avenir, comme s'il en était le maître; quant au présent il se trouve faible et irrésolu, et néanmoins il veut toujours s'appuyer sur lui-même, comme s'il était quelque chose.

Prononcez de bon cœur la parole de Jésus-Christ: « O Père, je remets mon esprit entre vos mains f »,

1 Pater, in manus luas commendo spiritum meum. Luc. xxiii, 46.

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et reconnaissez le besoin que vous avez de vous en dépouiller entre ses mains pour ne point suivre vos vues, vos habitudes : car, hélas ! Seigneur, jusqu'où vous mèneraient-elles?

Souvenez-vous de cette autre parole de Jésus- Christ : « Qui d'entre vous peut par tous ses soins ajouter à sa taille la hauteur d'une coudée ' ? » De même avouez que toutes vos réflexions sont inutiles, et qu'elles ne serviront qu'à vous inquiéter, si vous ne les réduisez aux ordres de la Providence et aux règles de la droite raison. O Seigneur, en cela, il est vrai, se montre bien la blessure du péché qui a mis l'égarement dans mes pensées; mais dans toutes ces réflexions subtiles se montre surtout l'estime de moi-même et la mauvaise habitude de m'appuyer sur mon propre esprit.

Demandez à Jésus-Christ la simplicité de la colombe et la prudence du serpent. O Seigneur ! qui nous apprendra à bien unir ces deux vertus? Seul, vous le pouvez. Pour être simples dans notre prudence, il faut l'établir sur vous et attendre tout de vous sans faire fond sur nos réflexions, et pour être prudents dans notre simplicité, il ne faut point perdre de vue vos instructions et vos exemples.

Dites enfin ces mots du Psalmiste : « La pensée de l'homme confessera votre gloire, et la mémoire continuelle qui lui en restera, vous louera comme dans un jour de fête 2 »; et reconnaissez que ce doit être le principal exercice de votre esprit.

1 Quis vestrum cogitando potest adjicere ad staturam suam cubitum unum ? Luc. xn, 25.

2 Cogitaiio hominis confitebitur tibi; et reliquiœ cogitationis diem festum agent tibi. Ps. lxxv, i i.

RESOLUTIONS

i° De mortifier les réflexions de votre esprit sur les choses vaines et inutiles ou qui dépassent les bornes de la droite raison.

20 De ne vous en servir que pour connaître ce que Dieu veut de vous, selon les règles de l'Evangile et de votre état.

EXAMEN

i° Voyez si vous n'allez point trop remuer vos actions du passé pour vous en renouveler la mémoire.

3° Si vous n'êtes pas trop pointilleuse à relever les paroles qui se disent peut-être sans dessein, à les interpréter et à vous les appliquer.

3° Si vous ne troublez point le repos du prochain, en lui faisant remarquer des choses qu'il ne s'aviserait point de prendre en mauvaise part.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Sicut in percussura cribri remanebit pulvis, sicaporiahominis in cogitatu iWius. » Eccli. xxvn, 5. — De même que le blé, passé au crible, laisse de la poussière, ainsi l'agitation des pensées laisse à l'homme l'embarras et la tristesse.

20 « Domine pater, et dominator vitae mese, ne derelinquas me in consilio eorum, nec sinas me cadere in illis. Quis superponet in cogitatu meo flagella, et in corde meo doctrinam sapientise, ut

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ignorationibus eorum non parcant mihi. » Eccli. xxin, 1,2. — O Seigneur, qui êtes le Père et le Maître de ma vie, ne m'abandonnez point à leur conseil, et ne permettez point que je tombe en suivant leurs erreurs. Qui donnera des coups de fouet à mes pensées, et qui mettra dans mon cœur la doctrine de la sagesse, afin qu'on ne pardonne rien à leur ignorance?

NEUVIEME MEDITATION

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