‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 117 sur 164 · DE LA MODESTIE · texte numérisé non relu

DE LA MODESTIE

CONSIDÉRATIONS

1. Le péché ayant déréglé l'âme', il ne faut pas s'étonner si le corps s'en ressent : car l'âme est comme l'horloge et le corps comme le cadran, qui

ne peut pas bien indiquer l'heure si l'horloge n'est bien réglée au dedans. La modestie y fait l'office d'un excellent horloger, qui s'applique premièrement à régler les rouages intérieurs comme étant le principe du mouvement, pour ensuite faire marcher régulièrement les aiguilles du cadran, qui sont les paroles, les gestes et les actions paraissant aux yeux du prochain.

2. Il servirait de peu de régler l'aiguille, si le dedans n'était bien ordonné, et ce serait une grande peine s'il fallait tout le jour faire marcher à la main l'aiguille du cadran. De même la modestie, qui ne s'étudierait à régler que les dehors, serait encore plus inutile devant Dieu et ne causerait qu'une application chagrine et fatigante, qui tromperait les autres et serait elle-même souvent trompée par des surprises inattendues.

3. Jésus-Christ nous a enseigné la pratique de cette vertu par l'exercice continuel qu'il en a fait : car c'est elle qui le doit représenter sans interruption dans les pensées, les paroles et les actions ; c'est elle qui donne le bon exemple au prochain et qui l'attire à suivre en pratique l'ordre de la raison. L'Apôtre disait : « Je vous supplie par la modestie de Jésus-Christ1 »; c'est qu'il ne trouvait rien de plus charmant et de plus fort que l'idée de cette modestie du Sauveur pour obtenir ce qu'il désirait et pour convertir les cœurs : et de fait, la modestie est une prédication qui persuade et qui corrige efficacement sans parler, et à bon droit on peut l'appeler la fleur du bon exemple.

1 Obsecro vos per modestiam Ghristi. II Cor. x, 1.

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4. Mais de peur qu'on ne rendît cette belle et aimable vertu tout odieuse par l'indiscrétion d'une sévérité mélancolique, l'Apôtre nous en enseigne la pratique par cette parole : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous, et que votre modestie soit connue à tous les hommes ' ». En joignant ainsi la modestie avec la joie, il montre qu'elles s'accordent bien ensemble. La modestie règle la joie selon la raison, et la joie sert d'attrait à la modestie pour la rendre libre et forte, sans dérèglement ni affectation, joyeuse et d'un commerce facile sans excès, complaisante envers tous sans le moindre désordre, observant le temps, le lieu et les personnes pour s'accommoder à tout dans l'ordre de la raison selon les différences que la charité et la bienséance lui prescrivent.

5. Cette vertu n'est pas seulement l'ornement de la nature ; mais elle est comme la gouvernante qui met ordre à tout dans la maison de son maître, et qui sert devant Dieu à tous les convives les mets de toutes les vertus avec bonne grâce, avec ordre et avec une propreté exquise. Elle est toujours occupée, car Dieu ne lui est pas moins présent étant seule qu'en compagnie. Si la modestie garde bien les sens, « la mort ne pourra pas entrer chez nous par les fenêtres 2 » ; mais si elle s'endort, il y a tout à craindre.

1 Gaudete in Domino semper ; iterum dico, gaudete. Modest'ia vestra nota sit omnibus hominibus. Philipp. iv, 4, 5.

2 Ascendit mors per fenestras nostras. Jer. ix, 21.

5t8 avis spirituels suivis de

AFFECTIONS

Adorez Jésus-Christ dans son humanité et admirez la modestie qu'il a fait paraître partout en toutes ses actions ; figurez-vous tout ce qui se peut souhaiter de plus parfait dans une façon d'agir : la gravité, la douceur, l'affabilité, la charité, et voyez comme tout cela se rencontre en Jésus- Christ dans un souverain degré.

Confessez que lui étant redevable du corps aussi bien que de l'âme, vous lui devez les hommages de l'une et de l'autre et que vous devez les lui rendre par la modestie.

Priez-le qu'il grave bien avant dans votre âme le souvenir de sa présence, et dites-lui : O Seigneur, si j'étais bien pénétrée du sentiment de la foi, qui m'apprend que vous êtes partout et que vous m'êtes plus présent que moi-même, il ne faudrait que cela pour me rendre toujours modeste.

Demandez pardon de ce que vous avez perdu tant de fois en votre vie le respect que vous devez à sa sainte présence.

Avouez que l'égarement de vos sens vous a jetée dans l'oubli, l'oubli dans la négligence, et la négligence dans beaucoup de fautes, spécialement en vos paroles.

Reconnaissez que votre état vous fournit d'excellents moyens pour marcher en sa présence et pour pratiquer la modestie : car il retranche les amusements et les badineries du monde, et vous établit dans un continuel entretien avec Dieu, et cela seul suffit pour régler insensiblement votre

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intérieur et pour vous rendre la modestie toute familière, pourvu que vous n'y mettiez point d'obstacles. Demandez-lui la discrétion pour bien pratiquer cette vertu selon son exemple, sans vouloir vous composer un extérieur à votre fantaisie, mais en conformant tout ce qui est en vous à l'ordre et aux règles de la droite raison, dans la vue de plaire à Dieu, et non pour chercher votre propre satisfaction ou l'estime des hommes.

RESOLUTIONS

i° D'être attentive à régler votre langue, afin qu'elle ne parle qu'avec vérité, douceur, déférence et modération, et que toute immodestie en soit retranchée. Pour cela vous vous souviendrez de cette parole du Sage : « C'est à l'homme de préparer son esprit, mais c'est à Dieu de gouverner la langue l »; et cette préparation se fait par la prière et par l'humilité.

20 D'être modeste sans être à charge au prochain, et sans troubler l'ordre de la liberté chrétienne en ce qui ne sera ni péché, ni occasion de péché.

3° De veiller avec soin à la modération de vos sens, spécialement dans le temps et les lieux où votre âme doit être tout entière appliquée à Dieu.

EXAMEN

i° Examinez-vous sur ces résolutions et voyez en quoi vous y manquez.

1 Hominis est animam prœparare ; et Domini gubernare linguam. Prov. xvi, 1.

2° Si vous évitez dans votre modestie ce qui ressent l'austérité chagrine et l'affectation.

3° Si vous en fondez la pratique sur le respect de la présence de Dieu.

4° Si vous êtes complaisante envers le prochain en ce qui peut l'édifier.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Finis modestiae timor Domini, divitiae et gloria et vita. » Prov. xxn, 4. — Le fruit de la modestie est la crainte du Seigneur, les richesses, la gloire et la vie.

20 « Servum autem Domini non oportet litigare, sed mansuetum esse ad omnes, docibilem, patientem, cum modestia corripientem eos qui resistunt veritati. » II Tim. 11, 24, 25. — Il ne faut pas que le serviteur de Dieu se plaise à contester; mais il doit être modéré envers tous, capable d'instruire, patient, et il doit reprendre avec modestie ceux qui résistent à la vérité.

ONZIEME MEDITATION

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