DE LA CONFIANCE EN DIEU
CONSIDÉRATIONS
1. La confiance est un fruit naturel de l'amour qui veut la faire naître tout d'abord dans l'objet
aimé : aussi c'est s'opposer à l'amour que de ne pas lui donner la confiance. L'amour veut être reconnu pour ce qu'il est, et il ne désire rien plus sinon que l'on s'accorde avec ses sentiments et que l'on y réponde ; or cela ne peut se faire que par une amoureuse confiance qui s'unit à lui et lui est d'autant plus agréable qu'elle est plus grande et plus sincère.
2. C'est la principale chose que demande l'amour, et sans laquelle rien ne lui plaît ni ne peut lui agréer : car étant noble et généreux, et ne tendant qu'à faire du bien et à unir tous les cœurs à luimême, il ne peut prendre sa complaisance dans ceux qui ne s'approchent point de lui par la confiance, mais qui s'éloignent de l'estime qu'il mérite, ainsi que fait la défiance. L'expérience apprend assez que l'amour est blessé, contristé, rebuté par la défiance, et que la confiance est son attrait et sa nourriture. Aussi bien, si l'amour de Dieu est noble, parfait et relevé par-dessus tout autre amour, jusqu'à quel point notre confiance ne doit-elle pas s'approcher de lui pour s'unir à ses intentions, à ses désirs et à ses desseins, et pour correspondre à l'estime qu'il mérite?
3. Le Seigneur nous a créés surtout pour que nous ayons confiance en lui, puisqu'il nous a mis en état d'avoir besoin incessamment des effets de son amour. Nous ne pouvons donc rien faire de plus conforme à ses intentions et à son amour que de nous confier en lui. Voyez la complaisance qu'il prend en la confiance de la Chananéenne, et comment il prend plaisir à l'irriter, afin qu'elle se produise davantage. Il montre assez par là combien il aime la confiance.
4. Cela se prouve aussi par l'efficacité de la confiance : car elle a tiré de son amour tout ce qu'il peut donner et communiquer. L'amour du Sauveur avait précédé et surpassé notre confiance ; il a pris plaisir à nous faire connaître par ses œuvres, qui ont changé l'ordre de la nature, aussi bien que par ses paroles, ce que peut sur lui la confiance. Il fait tout pour elle, et il l'a en si haute estime qu'il veut bien lui attribuer les effets de sa puissance. Pouvons-nous donc rien chercher de plus avantageux pour nous?
5. Rien n'est plus doux à l'âme raisonnable que la confiance en Dieu, puisque seule elle peut tempérer ses sollicitudes et ses craintes, et la ramener au repos en la rangeant sous la protection de celui qui, comme elle le sait, peut tout et veut faire tout le bien et répandre en elle les bienfaits de son amour. La confiance fait la meilleure part de la douceur de l'amour; elle l'attire, elle le nourrit et l'on peut dire qu'elle est à l'amour ce que le rayon est à la lumière. C'est elle qui met l'âme dans son centre naturel par son accord avec ses inclinations instinctives. L'amour de Dieu, en imprimant en celles-ci des caractères de son image, a mis des rapports de confiance envers lui, comme étant leur principe, leur bonheur et leur seul aide et soutien dans les nécessités. La confiance tend à reposer l'âme dans l'amour, et l'amour ouvre les bras pour la recevoir. Se peut-il donc rien souhaiter de plus doux et de plus utile en cette vie que la pratique d'une véritable confiance en Dieu?
AFFECTIONS
Formez-les selon votre dévotion sur les paroles suivantes de Jésus-Christ et de la sainte Ecriture, et pensez que c'est à vous-même qu'elles s'adressent.
A l'hémorrhoïsse qui disait en son cœur : « Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie », Jésus, s'étant retourné, dit ces paroles : « Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a sauvée l ».
« Tout est possible à celui qui croit2. »
« Vous aurez de la tribulation dans le monde ; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde 3. »
« N'est-il pas vrai que cinq passereaux ne valent que deux as ? néanmoins il n'y en a pas un seul qui soit en oubli devant Dieu ; mais encore les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés : ne craignez donc rien, car vous êtes plus précieux qu'une infinité de passereaux4. »
« Ne vous mettez point en peine de savoir où vous trouverez la nourriture pour l'entretien de votre vie, ou le vêtement pour couvrir votre corps... Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point et n'amassent rien dans
1 Si tetigero tantum vestimentum ejus, salva ero... Confide, fîlia, fides tua te salvam fecit. Matth. ix, 21, 22.
2 Omnia possibilia sunt credenti. Marc, ix, 22.
3 In mundo pressuram habebitis ; sed confidite, ego vici mundum. Joann. xvi, 33.
4 Nonne quinque passeres vœneunt dipondio, et unus ex illis non est in oblivione coram Deo ? Sed et capilli capitis vestri omnes numerati sunt. Nolite ergo timere : multis passeribus pluris estis vos. Luc. xn, 6, 7.
des greniers ; mais votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas d'un plus grand prix à ses yeux? Quel est celui d'entre vous qui par toutes ses pensées peut ajouter à sa taille la hauteur d'une coudée l ? »
« Ne vous mettez pas en peine, en disant : Où trouverons-nous de quoi manger, de quoi boire, de quoi nous vêtir?... Votre Père sait bien que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. C'est pourquoi n'ayez pas d'inquiétude pour le lendemain : car le lendemain se mettra en peine pour lui-même ; à chaque jour suffit son mal 2. »
« Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi? Et alors se levant, Jésus commanda à la mer et aux vents, et il se fit un grand calme 3. »
« Ayez confiance, mon fils, vos péchés vous sont remis4. »
S. Pierre enfonce dans l'eau tout aussitôt que sa
1 Ne solliciti sitis animae vestrae quid manducetis, neque corpori vestro quid induamini... Respicite volatilia cœli, quoniam non serunt, neque metunt, neque congregant in horrea : et Pater vester cœlestis pascit illa. Nonne vos magis pluris estis il lis ? Quis autem vestrum cogitans potest adjicere ad staturam suam cubitum unum ? Matth. vi, 25-27.
" Nolite solliciti esse, dicentes : Quid manducabimus, aut quid bibemus, aut quo operiemur ?... Scit enim Pater vester quia his omnibus indigetis. Quœrite ergo primum regnum Dei et justitiam ejus : et haec omnia adjicientur vobis. Nolite ergo solliciti esse in crastinum : crastinus enim dies sollicitus erit sibi ipsi. Sufficit diei malitia sua. Ibid., 3 1-34.
3 Quid timidi estis, modicœ rldei ? Tune surgens, imperavit ventis et mari, et facta est tranquillitas magna. Ibid. vin, 26.
4 Confide, fili, remittuntur tibi peccata tua. Ibid. \x, 2.
confiance diminue ; Jésus lui dit en lui tendant la main : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ' ? »
« Ceux qui se confient au Seigneur connaîtront la vérité 2. »
« Celui qui se confie en Dieu ne sera pas rebuté 3. »
RÉSOLUTIONS
Proposez-vous de poursuivre auprès de Dieu l'augmentation de votre confiance par vos désirs, par vos prières et par le renoncement à tout ce qui s'oppose à la confiance.
EXAMEN
i° Voyez si vous considérez les difficultés et les tentations comme des occasions de pratiquer la confiance.
20 Si vous vous humiliez dans vos défauts sans rien perdre de votre confiance.
3° Si vous mettez votre confiance en Dieu seul absolument, et si vous ne vous confiez aux hommes que par rapport à Dieu.
BOUQUET SPIRITUEL
i° « Qui confidunt in Domino, sicut mons Sion ; non commovebitur in seternum, qui habitat in Je-
1 Modicae fidei, quare dubitasti ? Matth. xiv, 3i.
2 Qui confidunt in illo, intelligent veritatem. Sap. in, 9.
3 Qui confidit in illo, non minorabitur. Eccli. xxxn, 28.
MÉDITATIONS SUR L'ÉTAT RELIGIEUX f)2 5
rusalem. » Ps. cxxiv, i, 2. — Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion ; celui qui habite en Jérusalem ne sera jamais ébranlé.
20 « Habe fiduciam in Domino ex toto corde tuo, et ne innitaris prudentiae tuae. » Prov. ni, 5. — Ayez confiance en Dieu de tout votre cœur, et ne vous appuyez point sur votre prudence.
SIXIEME MEDITATION