‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 125 sur 164 · DU DÉPOUILLEMENT DES DESIRS · texte numérisé non relu

DU DÉPOUILLEMENT DES DESIRS

CONSIDÉRATIONS

1. Si Dieu est le centre naturel de nos âmes, le souverain bien, la cause de toutes choses, notre principe et notre fin, nous ne devons avoir qu'un seul désir qui est celui d'être à lui librement dans le temps de notre liberté, comme nous sommes à lui nécessairement dans celui de l'éternité. A quoi bon nourrir d'autres désirs, puisque celui-là contient tout et qu'il est la fin de nos aspirations comme il en est la cause?

2. A quoi donc sert la variété des désirs? A dissiper l'esprit et à détourner l'âme de sa paix, puisqu'elle l'éloigné du centre de ses désirs qui renferme tout, qui suffit tout seul, et hors duquel il n'y a point de repos. Mais de plus cette variété rend l'âme irrésolue, et il ne faut point s'en étonner, puisque, en dehors du repos cherché en Dieu seul, l'âme n'en trouve point où elle puisse s'arrêter avec

pleine satisfaction. Cette variété ne sert encore qu'à rendre l'âme infidèle et négligente : car en l'amusant à plusieurs choses, elle l'empêche de s'appliquer à son unique nécessaire. N'est-ce donc pas une perte de temps superflue et un amusement vain et nuisible?

3. On ne peut aimer entièrement qu'une seule chose. L'amour et le désir ont une relation nécessaire. Dieu nous a créés pour l'aimer seul, puisque nous devons l'aimer de toute notre âme et de toutes nos forces. Hors de cet amour il n'y a que de l'inquiétude. Si le désir doit avoir de la proportion avec l'amour, puisqu'il y a une relation nécessaire entre l'un et l'autre, comment établir cette proportion si nous désirons encore autre chose avec lui? Il est bien inutile de chercher ailleurs ce qui se trouve réuni en un seul ; mais c'est jouer à tout perdre que de permettre à ses désirs de s'échapper hors de Dieu, et quand même nous y trouverions quelque chose, cela est-il comparable à Dieu?

4. C'est donc avec justice que les désirs, qui ne se rapportent pas à Dieu, servent de supplice à l'âme, en la faisant s'embarrasser dans des choses qui ne dépendent pas d'elle et qui souvent s'envolent loin d'elle, comme l'oiseau s'envole devant le chien qui se fatigue à courir pour le poursuivre, mais c'est en vain. Cette comparaison et la fable d'Icare, dont les ailes de cire furent fondues par le soleil, vous représentent naïvement le tourment et la vanité des désirs.

5. Dieu est le maître de tout, et les désirs ne peuvent être accomplis qu'il ne le veuille ; de quoi donc sert à l'âme ce feu brûlant de désirs variés,

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sinon à lui faire ressentir la misère de la privation a\ oc d'autant plus de douleur qu'elle voit que toute sa peine, ses soins et son travail sont insuffisants et même souvent inutiles pour parvenir à les réaliser? Suivre ses propres désirs c'est vouloir mettre le délire dans la raison et la nourrir elle-même en cette folie. Aussi le proverbe dit à bon droit : à beaucoup de désirs, beaucoup de peines; à peu de désirs, peu de peines; à point de désirs, point de peines, mais le repos et la paix.

Répandez votre cœur devant Dieu avec ces paroles de David : « Seigneur, vous connaissez tous mes désirs, et les gémissements de mon cœur ne vous sont pas cachés ' ». Faites-en l'application à la variété des désirs de votre cœur, desquels vous voulez plutôt gémir que vous réjouir. O Seigneur! je mets ce cœur devant vous, afin que vous en bannissiez tous les désirs autres que de vous.

Confessez que le Seigneur doit être votre unique désir dans le temps et l'éternité, et entrez dans les sentiments de David, qui disait : « Que désireraije dans le ciel sinon vous? et qu'ai-je souhaité de vous sur la terre ? Ma chair et mon cœur ont langui d'amour. Seigneur, vous êtes le Dieu de mon cœur, soyez mon partage pour jamais2. »

1 Domine, ante te omne desiderium meum ; et gemitus meus a te non e^t absconditus. Ps. xxxvn, 10.

2 Quid mini est in cœlo ? et a te quid volui super terram ? Defecit caro mea, et cor meum : Deus cordis mei, et pars mea Deus in asternum. Ps. lxxii, 25, 26.

Considérez la vanité de vos désirs et la peine qu'ils vous ont donnée, et reconnaissez devant Dieu qu'il ne faut pas s'étonner s'ils sont tant opposés au repos d'une âme religieuse, puisqu'elle s'est mise volontairement hors d'*état d'avoir besoin de tant de désirs et hors des moyens de les accomplir. O Seigneur! l'expérience n'apprend que trop que ces désirs ne peuvent pas s'entretenir, sans fatiguer l'âme et sans corrompre la volonté, en produisant peu à peu une folie semblable à celle de ceux qui veulent l'impossible. J'avoue donc, ô mon Dieu, que si ces désirs ne sont étouffés, ils ressemblent à ce vermisseau qui fit sécher en une nuit le lierre bienfaisant sous lequel Jonas se reposait avec plaisir (Jonas, iv, 6, 7).

Confessez que le Sage a bien dit : « Les désirs tuent les âmes paresseuses ' » ; car leur variété, même dans les choses spirituelles, jette facilement celles-ci dans la lâcheté. Elles ne savent en effet, ô mon Dieu, quel désir il faut suivre, elles s'éloignent de l'humilité et de la confiance en vous, qui êtes leur unique appui et en qui tous les désirs se doivent fondre pour être réduits au seul désir de faire votre sainte volonté. Faut-il s'étonner si ces âmes deviennent faibles et déréglées?

Priez Dieu de toute votre âme que vous ne soyez pas de ceux qu'il menace « d'abandonner aux désirs de leurs cœurs2 ». O Seigneur! qu'en seraitil de moi ! et dites cela du plus intime de votre être, en considérant où ces désirs seraient capables de vous entraîner.

1 Desideria occidunt pigrurn. Prov. xxi, 25.

3 Tradidit illos Deus in desideria cordis eorum. Ro??i. 1,24.

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Pesez devant Dieu cette parole de S. Paul : il ne faut pas vivre « selon la passion des désirs ' », car ces désirs soulèvent les passions pour y exciter des tempêtes et des naufrages. Ainsi donc, ô Seigneur ! si nous ne voulons périr, il faut veiller sur nos désirs.

RESOLUTIONS

i° De retrancher et mépriser les désirs des choses superflues.

20 De réduire tous ceux qui semblent être bons à l'indifférence, pour ne nourrir en nous que celui de la très sainte volonté de Dieu.

EXAMEN

Faites-le sur ces mêmes résolutions, et voyez dans vos désirs ce qui s'éloigne de l'unique nécessaire.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Extollentiam oculorum meorum ne dederis mihi, et omne desiderium averte a me. » Eccli. xxin, 5. — Ne permettez point que la superbe me fasse regarder les autres comme au-dessous de moi, et détournez de moi tous les désirs.

20 « Nomen tuum, et memoriale tuum in desiderio animae. » Is. xxvi, 8. — Votre nom et votre souvenir sont le désir et les délices de l'âme.

3° « Concupivit anima mea desiderare justifî-

1 Non in passione desiderii. I Thess. iv, 5.

cationes tuas, in omni tempore. » Ps. cxvm, 20. — Mon âme a souhaité d'être occupée sans cesse du désir de votre loi.

SEPTIEME MEDITATION

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