DE L'EXACTITUDE A L'OBSERVANCE DES REGLES
CONSIDÉRATIONS
1. Souvenez-vous que vous vous deviez déjà vous-même entièrement à Dieu, quand il a eu la bonté de vous aller chercher au milieu du monde pour vous retirer de ses dangers, pour vous donner son secours et pour vous offrir un emploi dans sa maison. Cet emploi est votre état religieux, et les règles sont la tâche que sa grâce vous a donnée à accomplir en vous y attirant. Par là il vous a indiqué ce à quoi il vous destinait dans sa maison ; or, vous avez fait ensemble une convention, et il vous a reçue : n'est-il donc pas juste que vous vous appliquiez à exécuter votre tâche avec l'estime que mérite le choix qu'il a fait de vous, et à faire en sorte que votre Maître soit bien servi dans le ministère auquel il vous a destinée? Mais cela ne se peut, si vous n'êtes fort exacte à l'observance de vos règles. Ne serait-ce pas « faire affront à l'esprit de la grâce r », que de refuser le respect et la fidélité que mérite de nous celui qui ne nous la donne que pour lui montrer notre amour par notre fidélité? Pour petit que soit le refus, s'il est
1 Spiritui gratiae contumeliam fecerit. Hebr. x, 29.
MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 63 I
volontaire, c'est toujours une injure que le valet fait à son Maître.
2. Dieu en vous appelant s'est engagé à vous donner sa grâce par justice et par charité. Par charité d'abord, parce que c'est son pur amour qui l'a porté à vous appeler à son service. Par justice encore, parce que, vous ayant fait entreprendre une œuvre qui dépasse les forces de la nature, il s'est obligé en même temps à vous secourir. Vous voulez aussi vous engager à lui par les promesses de votre profession : soyez-en sûre, il ne manquera jamais à sa parole; mais si vous négligez de tenir vos promesses, n'avez-vous point à craindre qu'il ne se retire, et qu'il ne retire ses secours à mesure que vous vous éloignerez de vos promesses? Et alors qu'arriverait-il, s'il nous laissait à nousmêmes, puisque nous ne sortons des misères de nous-mêmes qu'à proportion que nous demeurons unis aux secours de Dieu ? La charge du fardeau demeurerait toujours, mais l'onction du secours divin se retirant à cause de notre infidélité, en quel état se trouverait notre pauvre âme? Assurément, prête à tomber.
3. Le joug de Jésus-Christ est suave par la grâce, et il le devient d'autant plus que son onction s'augmente davantage. C'est cette grâce qui donne les forces, qui met la proportion entre la volonté et les devoirs de l'état religieux, et qui donne la facilité pour les accomplir tous. Si cette proportion est bien gardée et augmentée par l'exactitude à l'observance, les peines, les faiblesses, les tentations de l'ennemi que la négligence d'une âme peu fidèle invite à la tenter, les chutes mêmes et les
chagrins ne sauraient prévaloir sur elle et ne lui servent qu'à remporter des victoires. Au contraire l'âme peu vigilante et peu exacte, qui suit les mouvements de sa nature, se trouve exposée à toutes ces misères. N'est-ce donc point exercer une grande charité envers vous-même que de conserver et d'attirer sur vous de plus en plus la force de la grâce par votre exactitude à bien faire l'ouvrage qu'elle vous a mis en main?
AFFECTIONS
Pesez devant Dieu ces paroles de S. Paul : « Ne vous trompez point, on ne se moque pas de Dieu ' ». Confessez-lui qu'il est juste qu'il ne le souffre pas, et admirez sa bonté qui néanmoins ne laisse point de supporter si longtemps tant de négligences. O Seigneur ! où se trouverait-il sur la terre un maître qui pût endurer de son valet ce que vous supportez de nous?
Ressouvenez-vous encore de ces mots de Jésus- Christ : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai choisis 2 ». Appliquezvous ces paroles et rendez au Sauveur vos actions de grâces pour la miséricorde qu'il vous a faite, en vous montrant qu'il vous aimait et qu'il voulait être aimé de vous, puisqu'il vous a appelée par pure charité aux exercices de son amour.
Priez-le instamment, vu que de sa main il a bien voulu vous conduire en religion, de si bien s'assurer de vous-même que vous ne puissiez jamais
1 Nolite errare : Deus non irridetur. Galat. vi, 7.
a Non vos me elegistis; sed ego elegi vos. Joann. xv, 16.
« faire affront à sa grâce», et pour cela abandonnezvous entièrement à tout ce qu'il voudra.
Dites-lui avec confiance que sa charité s'est engagée à vous secourir, et dans cette vue jetez-vous dans son sein, en lui remontrant que le voilà encore chargé de vous d'une manière spéciale. Répétez avec joie dans le sein de votre Père céleste ces paroles de David : « Mon père et ma mère m'ont quitté; mais le Seigneur m'a pris entre ses bras1 »; et en lui renouvelant les promesses de votre engagement, dites-lui que c'est de sa grâce que vous attendez votre fidélité.
Reconnaissez les grandes obligations que vous avez d'être exacte en ce qui regarde le service qu'il attend de vous, et demandez-lui pardon de toutes vos négligences passées.
Confessez-lui que vous avez bien sujet de travailler à la destruction de ce misérable vous-même, non seulement parce que vous devez être toute à Dieu, mais aussi parce qu'il est la cause de toutes vos souffrances et de beaucoup de dangers auxquels il vous expose. O Seigneur ! ce misérable nous-même n'est qu'un simple « roseau qui se brise quand on s'appuie sur lui, et qui pénétrant dans la main l'ensanglante par l'inégalité de ses pointes 2 ». Reconnaissez qu'il n'y a que ce vousmême qui puisse vous faire trouver dur et pénible le joug si suave de Jésus-Christ.
1 Pater meus et mater mea dereliquerunt me ; Dominus autem assumpsit me. Ps. xxvi, 10.
2 Ecce confidis super baculum arundineum confractum... cui si innixus fuerit homo, intrabit in manum ejus, et perforabit eam. Is. xxxvi, 6.
RESOLUTIONS
Proposez-vous de détruire en l'honneur de Dieu ce vous-même, pour le faire servir à votre état et en toutes ses circonstances, non seulement parce que le Seigneur i'exige de vous, mais encore parce que dans les moindres choses il ne peut y avoir rien que de grand, puisque tout se rapporte à la sainte volonté de Dieu.
EXAMEN
i° Voyez si vous estimez tous les points de vos règles, comme des ordres qui vous sont donnés de la part de Dieu.
2° Si vous n'en omettez rien devant les séculiers, soit par honte, soit par respect humain.
3° Si vous les observez toujours, à moins que l'obéissance, la nécessité ou la charité ne vous en dispensent.
4° Si dans les infirmités vous observez celles qui ne peuvent point empêcher le rétablissement de votre santé.
BOUQUET SPIRITUEL
i°« Qui timet Deum, nihil negligit. » Eccle. vu, 19. — Celui qui craint Dieu ne néglige rien.
20 « Conserva, fili mi, praecepta patris tui, et ne dimittas legem matris tuae. Liga ea in corde tuo jugiter, et circumda gutturi tuo. » Prov. vi, 20, 21. — Conservez, mon fils, les préceptes de votre
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père, et n'abandonnez point la loi de votre mère. Tenez-les liés sans cesse à votre cœur et attachés autour de votre cou.
3° « Iota unum, aut unus apex, non praeteribit a lege, donec omnia fiant. » Matth. v, 18. — Tout ce qui est dans la loi sera accompli parfaitement jusqu'à un point et un iota.