PREMIER POINT
I. Retenez bien, âme pieuse, ces paroles de Jésus- Christ, et croyez qu'il lésa dites pour vous en particulier, comme si elles n'étaient dites que pour vous seule :
«Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous '. »
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui2. »
« Comme mon Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par mon Père ; de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi 3. »
En méditant sur ces paroles qui sont de la Vérité même,
II. Reconnaissez : i°la nécessité qui vous presse de participer à la vie de Jésus-Christ, et le besoin
1 Nisi manducaveritis carnem Filii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. Joann. vi, 54.
2 Qui manducal meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. Ibid., 57.
3 Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem ; et qui manducat me, et ipse vivet propter me. Ibid.,58.
urgent que vous avez qu'il vous communique sa vie, puisque sans sa vie la vôtre ne serait que comme si elle n'était pas ;
20 Le désir dont il brûle de vous faire vivre de sa propre vie, puisqu'il vous la présente pour servir de nourriture à votre âme, comme le pain sert à nourrir votre corps.
III. Concevez dans votre raison et dans vos résolutions les sentiments suivants :
i° Un véritable désir de vivre par sa vie ; d'unir votre vie à la sienne, et en la recevant de faire un sacrifice de la vôtre ; de ne plus faire d'état et d'estime que de sa vie ; d'attendre tout d'elle, et de ne plus considérer la vôtre que pour suivre les mouvements et les pratiques de la sienne et pour vous offrir vous-même toute en sacrifice.
20 Une ferme croyance que ce pain céleste est la seule nourriture de votre âme, qui soutient sa vie et sans lequel elle retomberait dans la mort. Concevez aussi un vif désir de vous en approcher avec plus d'assurance d'y trouver le soutien de votre vie spirituelle que vous ne trouverez celui de votre corps dans l'usage du pain et des aliments.
3° Une ferme confiance en la force de ce pain, qui est bien capable de vous soutenir contre tous les dangers, les combats et les peines de la vie, puisqu'il contient Celui qui est le Maître de tout.
Je dis que vous devez concevoir ces sentiments dans votre raison et dans vos résolutions : car souvent les affections sensibles de notre cœur et toute la partie inférieure de l'âme n'y ont aucune part, et il n'est point en notre pouvoir de les leur procurer. Cette partie inférieure doit être considérée
comme étant de notre vie naturelle, et ses sentiments doivent être ici immolés par un acte de généreuse liberté à la vie et à la charité de Jésus- Christ, qui veut prendre la place de notre vie pour nous occuper et nous posséder. Aussi vouloir jouir de la satisfaction du sentiment naturel, c'est encore vouloir garder quelque chose de sa propre vie. Puis donc que Jésus nous donne toute la sienne, n'est-il pas juste de lui abandonner toute la nôtre, sans en vouloir rien réserver?